Le président Morsi fait la sourde oreille

Malgré  les violents heurts qui ont eu lieu entre partisans et détracteurs, le président égyptien semble, dans son allocution adressée au peuple égyptien,  le  6 décembre 2012, camper sur sa position, faisant la sourde oreille aux demandes du Front du salut national, qui regroupe les forces de l’opposition et qui exige le report du référendum constitutionnel et l’abrogation du décret présidentiel  du 22 novembre  qui accorde au président de larges pouvoirs et empêche toute contestation de ses décisions.

Tout en appelant l’opposition à un dialogue le 8 décembre au palais présidentiel, Morsi  a fait savoir qu’il ne cèdera pas sur la tenue du référendum relatif au projet de la nouvelle Constitution le 15 décembre.

Il s’est dit cependant prêt à renoncer à l’article 6 du décret du 22 novembre, qui lui accorde la prérogative de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger le pays et les objectifs de la révolution, sans pour autant se prononcer sur l’article, le plus contesté par l’opposition, et qui interdit tout recours en justice contre ses décisions.

Le discours de Morsi a jeté de l’huile sur le feu des tensions entre ses sympathisants et ses opposants. Tout juste après son allocution, retransmise en direct, les affrontements ont éclaté de nouveau et le siège des Frères musulmans a été incendié.

Réactions

Sofiène Ben Hmida, journaliste et chercheur

« Les forces islamistes, en Tunisie comme en Egypte, tentent un passage en force »

En fait, le dernier discours du président égyptien est concordant avec l’idéologie des Frères musulmans qui répond à un concept très simple « la démocratie ne doit servir qu’une seule fois, celle où on va accéder au pouvoir. Une fois en place, on revient à notre nature despotique ». Ce qu’a fait Morsi hier est un passage en force. Il sait qu’il dispose aujourd’hui du soutien d’une partie de la population et il compte investir cette sympathie sachant qu’elle ne va pas durer longtemps. Il sait que pour mettre la main sur le pouvoir, c’est  maintenant  ou jamais.

Et dans ce sens, on ne peut que faire le parallèle avec la Tunisie. La comparaison est évidente lorsqu’on suit la confrontation actuelle entre Ennahdha et l’Ugtt. Ennahdha est aussi en train de tenter un passage en force  pour s’emparer du plein pouvoir.  Ce parti sait qu’il faut faire vite et il s’attaque dès maintenant  à tout ce qui peut l’entraver. Ce qui est le cas de l’Ugtt. Ennahdha  sait qu’avec son bilan économique, social et politique, il risque de ne pas être réélu lors des prochaines élections. Comme dans  le cas de l’Egypte ce sera donc maintenant ou jamais et après tout, dans les deux cas, les partis au pouvoir appartiennent à la même idéologie islamiste.

 Mohamed Haddad, président de l’Observatoire arabe des religions et des libertés

« En Tunisie comme en Egypte, on voit s’effondrer le rêve démocratique »

En Tunisie comme en Egypte, l’inquiétude quant à l’aboutissement du processus transitionnel est due à l’absence de confiance vis-à-vis de la mouvance islamiste au gouvernement et sa réelle intention d’instaurer un régime démocratique. On lui prête toujours l’intention de vouloir suivre l’idéologie islamiste qui fonde sa mouvance et de considérer la démocratie comme étant un simple moyen d’accéder au pouvoir et non comme étant une philosophie générale structurante de la chose politique. Une vision des choses qui pourrait mener à une confusion entre la majorité au sens politique du terme, et qui pourrait changer de camp d’une élection à une autre, et la majorité ethnique ou religieuse qui ne doit pas être politisée.

A en suivre les dernières évolutions de la situation en Egypte, où l’opposition risque d’être écartée de la scène suite aux dernières décisions du président Morsi, qui lors de son discours du 06 décembre, s’est montré ferme sur ses prérogatives et le projet de Constitution, mais également sur la tenue du référendum, on ne peut que s’inquiéter quant à l’avenir de ce pays, mais également quant à celui  du reste des pays arabes.

Les Egyptiens, lors du référendum prévu pour le 15 décembre, seront entre le marteau et l’enclume. Ils auront à choisir entre accepter la Constitution des Frères musulmans ou les larges prérogatives du président issu de ce mouvement. Et dans tous les cas, leur vote serait précipité et dû en partie à l’état de déception dans lequel plonge le peuple, fatigué de politique politicienne et inquiet pour son avenir.

En Tunisie, la situation n’est pas meilleure. L’objectif recherché par le pouvoir est bien de s’installer dans la durée. Aucun calendrier clair n’a été fixé. Le flou règne toujours sur la date butoir de la rédaction de la Constitution. Au final, on aura, comme dans le cas de l’Egypte, un peuple lassé de politique qui voit s’effondrer son rêve démocratique.

Khmaïs Kssila,  Nidda Tounes

« En Tunisie la porte du dialogue est toujours ouverte »

Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du dernier discours de Morsi. Je le pense parce que j’ai la certitude qu’il dit ce qu’il ne peut pas faire. Je crois, je suis pratiquement sûr, qu’il va revenir sur ses dires, ou du moins, qu’il ne va pas les appliquer. Cela pour la simple raison que l’Égypte est un cas particulier. On sait tous que l’Égypte dépend d’un emplacement géopolitique assez particulier et que personne, du moins les forces internationales, ne peut permettre que l’Egypte s’embrase. Or on sait désormais que l’opposition est déterminée à faire front au plein pouvoir que Morsi veut s’attribuer et qu’en cas d’entêtement du pouvoir l’Egypte  va aller tout droit vers une guerre civile.

Cela dit, ce qui se passe en Egypte ne peut que servir d’exemple aux forces démocratiques en Tunisie, qui devraient en tirer les conséquences. On devrait d’abord tirer les conséquences de la façon de faire du pouvoir « islamiste ». On devrait ensuite se dire que la détermination de l’opposition démocratique peut faire la différence.

Maintenant il faut relativiser. La crise politique en Egypte est plus complexe comparée à la Tunisie. La raison en est l’UGTT qui reste, malgré tout ce qu’on peut dire, une organisation responsable. Je suis dans ce sens certain que la porte des négociations reste ouverte et qu’on pourra retrouver une solution avant la grève du 13 décembre.

La différence entre la Tunisie et l’Egypte est que nous ne sommes pas sous pression. Morsi peut dire ce qu’il veut. Il ne décide pas tout seul. Nous, nous avons la chance de pouvoir discuter ensemble dans la sérénité, et c’est ce qui fait la différence.

Ahmed Khasskhoussi, député

« Le discours de Morsi ouvre la voie à une nouvelle dictature »

Le discours de Morsi est contre-productif. Pis encore, il est irresponsable et ouvre la porte à une nouvelle dictature dans le pays. C’est le cas surtout pour la loi qu’il veut faire passer qui est primo anticonstitutionnelle et secundo antirévolutionnaire, parce qu’elle fait fi de la volonté du peuple. Je refuse toutefois de faire le parallèle avec la Tunisie. A chaque pays sa spécificité.


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