Palestine : l’onde de choc du vote onusien

Soixante-cinq ans, jour pour jour, après avoir adopté le plan de partage de la Palestine en deux États, l’Assemblée générale de l’ONU a procédé à un nouveau vote historique. Alors qu’une majorité simple était suffisante, la résolution a rallié plus des deux tiers des Etats membres des Nations Unies, représentants 95% de la population mondiale. Il s’agit là d’un succès, pour le peuple palestinien. Son droit à l’autodétermination est reconnu au même titre que celui exercé par le peuple israélien en 1948.

La démarche diplomatique et pacifique de l’Autorité palestinienne contraste avec le caractère coercitif et punitif de la réaction israélienne, qui considère cet acte de reconnaissance comme un véritable acte de violence symbolique. Sûr de son droit et de sa force, l’État d’Israël a décidé de confisquer le produit des taxes des importations palestiniennes qu’il perçoit et transfère en principe à l’Autorité palestinienne. Pis, le Premier ministre Benjamin Netanyahou invoque les « intérêts stratégiques » du pays pour (re)lancer un projet de construction de 3 000 nouveaux logements dans des colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, des territoires occupés palestiniens. Si cette sur-réaction israélienne n’est pas la première du genre, elle ne saurait pour autant banaliser la violation intempestive du droit international de la part d’un État qui se targue rituellement d’être « la seule démocratie de la région ».

Un tel projet, s’il était mené à bien, couperait en deux la Cisjordanie et l’isolerait de Jérusalem-Est occupée et annexée. L’acte est grave: ces nouvelles constructions, si elles étaient effectivement réalisées, violeraient à nouveau le droit international et affaiblirait un peu plus la perspective de la création d’un Etat palestinien viable. C’est pourquoi l’initiative du gouvernement israélien fait l’objet d’une condamnation unanime. Chose assez rare pour être soulignée. Dans un même élan, les dirigeants palestiniens, européens et américains ont dénoncé ce projet de colonisation. Ainsi, après Paris, Londres, Berlin et Moscou, Washington a exhorté Israël à revoir sa décision de construire de nouveaux logements dans des colonies. Les Etats-Unis ont sommé le gouvernement israélien « de réexaminer ces décisions unilatérales et de faire preuve de retenue, car ces actes sont contre-productifs et rendent plus difficile la reprise des négociations directes entre Israël et Palestiniens », selon le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney. Les ambassadeurs israéliens à Paris, Londres, Stockholm, Copenhague et Madrid ont été convoqués lundi par les ministères des Affaires étrangères de leurs pays hôtes qui entendaient leur signifier leur « préoccupation » et leur « désapprobation ».

Malgré cette levée de bouclier diplomatique, le gouvernement hébreu a confirmé son intention d’aller au bout de ses projets. Le bureau du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a fait savoir, le 3 décembre, que, « même sous les pressions internationales, il n’y aura pas de changement à la décision qui a été prise », Israël continuant de s’en tenir à la préservation de « ses intérêts vitaux ». Toutefois, au sein même de l’Etat hébreu la mesure fait débat. L’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert est allé jusqu’à estimer qu’Israël n’avait aucune raison de s’opposer à l’octroi à la Palestine du statut d’Etat observateur à l’ONU. Une manière de prendre ses distances avec l’adoption de ce projet de colonies en forme de mesure punitive.

Insensible aux prescriptions du droit international et aux condamnations diplomatiques, le gouvernement israélien fait prévaloir la logique de puissance et le rapport de forces sur tout esprit de justice. Un choix contre-productif, dont Israël risque de pâtir à terme. On assiste malgré tout  à un tournant éventuel dans la longue histoire du conflit israélo-palestinien. Alors que ce type de décision israélienne s’impose traditionnellement sans opposition réelle de la « communauté internationale » – renforçant en cela le sentiment d’impunité de l’Etat hébreu – cette fois-ci la question de l’adoption de sanctions politiques et commerciales est à l’ordre du jour de certaines chancelleries. Au niveau européen, il s’agirait d’imposer un étiquetage des produits issus des colonies israéliennes, alors qu’au niveau international, le Conseil de sécurité des Nations unies pourrait adopter des paramètres stricts pour encadrer une reprise des négociations israélo-palestiniennes, gelées depuis septembre 2010.

Incontestablement, l’initiative et le succès palestiniens à l’ONU a enclenché une dynamique politique, source de nouveaux espoirs animés par les valeurs de justice et de paix.

 

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