Perspectives économiques de la Tunisie

La récession qui a suivi les événements du 14 janvier 2011, conjuguée à la multiplicité de chocs exogènes ont mis en avant les vulnérabilités du modèle économique tunisien. En effet, les troubles sociaux internes et le conflit libyen ont contribué à creuser davantage la contraction de l’économie tunisienne (le PIB réel a enregistré une contraction estimée à 1,8 %, avec une forte chute du tourisme et d’autres secteurs touchés par les grèves et autres conflits sociaux), qui a hissé ipso facto le chômage à des niveaux sans précédent et affaibli davantage le secteur bancaire et financier. Dans sa riposte, le gouvernement post révolution a principalement veillé à apaiser les revendications sociales en cherchant à atténuer les effets de la récession sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les investissements en cours et futurs des entreprises, au moyen d’une politique budgétaire et monétaire expansionniste, de type keynésienne.

Cependant, on a pu observer malencontreusement que la relance budgétaire s’est extrêmement centrée sur les dépenses courantes et qu’il sera par conséquent assez difficile de les ramener à un niveau inférieur. Par ailleurs, l’expansion monétaire, communément appelé la politique du seigneuriage, a vraisemblablement contribué à un accroissement du taux d’inflation, qui a affaibli davantage le salaire réel des consommateurs.

Sur le plan structurel, force est de constater que des progrès ont été réalisés pour améliorer la gouvernance publique, cependant les experts économistes du Fonds monétaire international (FMI), dans un rapport récent datant d’août 2012, ont jugé que l’ensemble du modèle de développement sur lequel reposait jusqu’alors la Tunisie devrait être revu en profondeur.

Face aux signes naissants d’une reprise économique, le FMI a exhorté les autorités tunisiennes à regagner la confiance de la population et des investisseurs, de manière à ce qu’ils puissent porter un regard plus optimiste au-delà des difficultés constatées à court terme.

Pour cela, il faudra d’abord accompagner la reprise économique à court et moyen termes au travers d’une relance budgétaire axée prioritairement sur l’investissement, tout en préservant la stabilité des agrégats macroéconomiques dans une conjoncture internationale difficile et un contexte politique et social national qui demeure assez aléatoire.  La politique monétaire et la politique du secteur financier doivent viser obligatoirement la maîtrise de l’inflation, en la ramenant à des taux plus raisonnables (entre 2 à 3,5 %), mais aussi préserver les réserves extérieures et renforcer davantage le secteur bancaire, pivot du dynamisme économique d’un pays. Il importe en outre que les autorités doivent élaborer sans trop tarder une nouvelle vision pour l’économie tunisienne, afin de définir les réformes prioritaires à implémenter, pour répondre aux grands espoirs suscités par la révolution, notamment sur le plan social ainsi que sur celui de l’emploi. De manière plus précise, il sera essentiel de trouver des solutions concrètes au sous-développement des régions de l’interieur et au chômage élevé qui touche gravement les jeunes qu’ils soient qualifiés ou pas.

Les perspectives de croissance de la Tunisie pour 2012 seront partiellement tributaires de l’évolution de la conjoncture en Europe, et plus particulièrement des quatre principales économies de la zone euro (France, Allemagne, Italie et Espagne), mais aussi de la situation intérieure sur le plan économique et social et in fine de l’action du gouvernement Jebali.

Une récession en Europe ainsi que la frilosité des investisseurs, liées à une anticipation pessimiste de la demande effective, pèseront sur les perspectives économiques à court terme. Par ailleurs, l’écart de production continue de se creuser légèrement. Le chômage reste élevé et la création d’emplois ne pourrait absorber que partiellement les nouveaux arrivants sur le marché du travail. L’inflation avoisine toujours le taux de 5.5 %, conséquence directe des politiques discrétionnaires expansionnistes, implémentées tout au long de l’année 2011.

Les prévisions du FMI à court terme indiquent que le crédit à l’économie se replierait dans un contexte où les banques s’efforceraient de conforter leurs liquidités. La situation extérieure resterait faible, avec un déficit courant à 7 % du PIB d’ici fin 2012. Avec un appui budgétaire extérieur estimé à environ 3,2 milliards de dollars, les réserves augmenteraient légèrement à 8,2 milliards de dollars vers la fin de l’année, soit 4,1 mois d’importations (source : FMI, 2012).

Ainsi, les risques liés aux perspectives à court terme sont considérables et de nature baissière selon les experts du FMI. En effet, une récession plus grave que prévu en zone euro porterait atteinte aux perspectives de croissance à long terme en réduisant davantage les exportations et en compromettant le rebond du secteur touristique et des entrées d’IDE. Une amplification des pressions sociales au plan intérieur dans un contexte d’incertitude politique et d’évolution institutionnelle assez floue pourrait avoir un effet désincitatif sur l’investissement extérieur et intérieur. Les contraintes de capacité et les retards des financements identifiés pourraient freiner la relance budgétaire envisagée pour promouvoir la croissance. L’anticipation des investisseurs pourrait subir les effets des dégradations des notes souveraines de la Tunisie, telles que celles déjà annoncées par Standard & Poor’s en mai 2012. En outre, les tensions inflationnistes pourraient s’intensifier en cas de fortes augmentations salariales dans le secteur public, de la nette dépréciation du taux de change ou d’augmentation des injections monétaires. En revanche, une stabilisation rapide de la situation politique en Libye pourrait contrebalancer ces perspectives pessimistes, décrites ci-dessus, relancer le commerce bilatéral et doper la confiance des investisseurs.

Selon un scenario pessimiste, si la récession s’aggravait d’un ½ % en Europe et que la relance budgétaire se révélait être moins importante en raison d’une sous-exécution des investissements publics, la reprise serait plus faible et le taux de croissance réel avoisinerait 1 % d’ici la fin de l’année 2012.

Enfin, Les risques issus des faiblesses du secteur financier pourraient compromettre la stabilité macrofinancière. L’injection persistante de liquidités pour compenser la dévalorisation des actifs bancaires accentueraient les tensions sur les réserves de change et l’inflation. Dans cette hypothèse, et compte tenu des pertes récentes des réserves de change, une diminution plus prononcée des réserves pourrait à terme provoquer un important ajustement du taux de change voire un considérable durcissement de la politique monétaire, au risque d’accroître les tensions inflationnistes ou d’assécher le crédit. Ainsi, si les problèmes liés à la solvabilité du secteur bancaire ne sont pas corrigés de manière rapide et adéquate, la contribution de ce secteur à la croissance à moyen terme risquerait d’être compromise et les besoins de recapitalisation bancaire pourraient être d’autant plus importants à l’avenir, d’où des conséquences négatives sur la dette publique. Pour atténuer ces risques, le FMI suggère donc aux autorités monétaires tunisiennes de limiter leur refinancement aux banques commerciales et de s’atteler rapidement à la résolution du sous-provisionnement et aux insuffisances des fonds propres dans certaines parties du système bancaire.

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