Le charme discret d’une diplomatie de proximité

 Elle était l’invitée d’honneur pour prendre part à un dîner-débat organisé à Sfax à l’initiative de l’entreprenant Néji Baccouche. L’échange d’idées et d’analyses dans la capitale du Sud, qui a réuni des universitaires de renom, des politiques, des experts et des hommes d’affaires, a tenu toutes ses promesses. Ce débat venait, il est vrai, à point nommé. A l’heure où la Tunisie se voit accorder le statut de partenaire privilégié de l’UE.

Au menu de la soirée, le plan d’action politique conçu à cet effet pour les cinq années à venir. L’ambassadrice de l’UE Laura Baeza Giralt, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a esquissé la feuille de route, l’annonce en quelque sorte d’un chapelet de réformes structurelles approfondies. De quoi faire vaciller bien des intérêts établis et des situations de rente.

La déléguée générale de l’UE s’est employée, sans trop forcer le trait, à dissiper les inquiétudes des acteurs économiques et sociaux, peu au fait de la nature de l’accord. Elle a égrené les raisons d’espérer, en mettant en perspective les opportunités rendues possibles par le nouveau statut. Une chance pour la Tunisie, placée désormais en capacité d’intégrer pleinement l’espace européen et de profiter du plus grand bassin de consommation du monde.

Les Pme/Pmi de Sfax, dopées désormais par l’espoir  de grimper dans le wagon européen

Sfax respire et a moins de motifs de crainte pour sa myriade de Pme/Pmi, dopées désormais par l’espoir  de grimper dans le wagon européen. Ne serait-ce que  pour cela, la visite de Mme Laura Baeza Giralt aura clarifié la situation. L’ambassadrice s’est engagée, de surcroît, à apporter le soutien de l’Union à la restauration de la vieille ville voire à la promotion à l’international de la plus studieuse des villes tunisiennes.

Sfax a enfin le sourire. L’ambassadrice y passa la nuit avant de prendre le lendemain matin le ferry pour les îles Kerkennah. Une première ! C’est, de mémoire de Kerkennien, la première fois qu’un ambassadeur de l’UE se rend  dans cet archipel, berceau du syndicalisme tunisien. C’est ici, dans cette île perdue, au large des côtes tunisiennes,  que sont nés Hached, Achour, Jrad et bien d’autres préposés à la lutte syndicale.

L’ambassadrice s’est rendue à  Kerkennah et a mis du baume au cœur des habitants de cet archipel, berceau du syndicalisme tunisien. Une première !

L’ambassadrice s’y est rendue. Et cela a mis du baume au cœur des habitants qui ont du mal à se débarrasser de ce sentiment d’isolement. Elle s’est déplacée, l’espace d’une journée, elle a vu et constaté  l’état de délabrement et d’insalubrité d’un archipel à l’écosystème des plus fragiles. Ce bras de terre, autrefois à la faune terrestre et surtout maritime luxuriante, est livré au ravage des chalutiers et à l’érosion maritime. Son mode architectural et urbanistique  n’est qu’un vague souvenir. L’île est transfigurée par la prolifération d’habitats anarchiques et désordonnés, sans âme, sans schéma directeur ni architectural.

Kerkennah croule aujourd’hui sous les amas de détritus –  l’unique décharge est à l’arrêt à cause de l’irruption de contestataires de la 25ème heure. Il suffit pourtant de peu de choses pour que l’île retrouve les couleurs et les senteurs qui furent, des siècles durant, les siennes. Il ne faut pas trop tendre l’oreille pour deviner la pensée de l’ambassadrice, qui a l’expérience des îles méditerranéennes. Les habitants devraient prendre soin de leurs maisons, les responsables de la propreté des lieux et des voiries. Les résidents et les non-résidents, qui ont des attaches, dans l’île pourraient envisager un certain nombre d’initiatives citoyennes, à l’effet de faire bouger les lignes.

L’ambassadrice a, au fil de sa visite, rencontré quelques acteurs de la société civile, enthousiastes, volontaires et optimistes, en dépit des faibles moyens et des maigres perspectives qu’ils font valoir. Ils sont tiraillés, à la fois, par l’orgueil –  ils ne veulent pas de la charité  -,  par le poids écrasant des déficits en tous genres et par la montée des frustrations.

Elle a engagé un bref mais sérieux débat, responsable, sans complaisance du genre : « Faites le premier pas, nous vous aiderons à faire le reste du chemin ». Elle ne pouvait être plus explicite. Il appartient aux âmes de bonne volonté de définir un plan de développement durable et solidaire de l’île, qui fasse ressortir un certain nombre de projets adaptés à l’île et conformes aux aptitudes de la population. Il y a, pour ainsi dire, le temps des insulaires avant que ne se manifeste le temps de la solidarité européenne. En raclant, au besoin, les fonds de tiroirs ou en sollicitant les Ong financées par l’Union telle Enda.

Il régnait autour d’elle une incroyable sérénité alors même qu’elle s’est gardée de faire de grandes promesses. Elle a tenu, face à ces insulaires dont elle semble connaître le tempérament, un discours vrai, juste, honnête et mobilisateur. Des propos sans complaisance mais d’une grande sincérité. Qui ont plu. Qui ont redonné le moral à ces gens de la mer, façonnés par l’hostilité de l’environnement et de la nature. Ils voulaient cet échange, ils l’ont eu. Ils ont fait comprendre qu’ils sont peu sensibles aux promesses sans lendemain.

Rendez-vous est donc pris fin  janvier. Pour transformer l’essai ? HM

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