La Palestine : nouvel Etat à l’ONU

138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions. C’est par un vote historique, que l’Assemblée générale des Nations unies a octroyé à la Palestine le statut d’Etat observateur non membre des Nations-unies. Soixante cinq-ans après avoir adoptée le plan de partage de la Palestine en deux Etats, l’Assemblée générale des Nations Unies s’est prononcée en faveur du rehaussement du statut de la Palestine, d’entité observatrice (obtenu par l’OLP en 1974) à la qualité d’« Etat observateur non membre » des Nations unies.

Certes, la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies ne crée pas un Etat souverain et indépendant palestinien, mais consacre une élévation du statut de l’entité palestinienne au sein du système onusien. La reconnaissance d’une qualité étatique qui revêt un impact de nature politique et symbolique certain, mais dont la portée juridique et institutionnelle n’est pas négligeable non plus.

Le 29 novembre 1947, la jeune Organisation des Nations unies adoptait le plan de partage de la Palestine en deux Etats. L’un, juif, fut proclamé quelques mois plus tard sous le nom d’Israël. L’autre, arabe, n’a toujours pas vu le jour. La perspective d’un Etat palestinien ne cesse de s’éloigner au regard du blocage structurel du « processus de paix » et d’un phénomène d’atomisation du peuple, du territoire et du pouvoir palestiniens. Israël campe quant à lui sur trois refus : le partage de Jérusalem, le retour aux frontières de 1967 aménagé par des échanges de territoires, et une solution acceptable sur la question des réfugiés de 1948.

 Il s’agit là d’un succès personnel pour le président de l’Autorité palestinienne qui a abandonné la voie/l’impasse de la lutte armée et a  fondé sa stratégie sur les armes de la diplomatie et du droit international se trouve confortée

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le vote historique à l’Assemblée générale de l’ONU. Alors qu’une majorité simple était suffisante, la résolution a rallié au-delà des deux tiers des pays représentés aux Nations unies. Il s’agit là d’un succès personnel pour le président de l’Autorité palestinienne qui a rappelé le sens de sa démarche à l’occasion d’un discours préalable au vote. Il a ainsi tenu à réaffirmer solennellement les droits « inaliénables » des Palestiniens à l’indépendance pour enfin « rectifier une injustice historique ». L’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Susan Rice, suivie par le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, ont vivement réagi aux propos de Mahmoud Abbas. Signe de l’impasse du « dialogue » israélo-palestinien, M. Nétanyahou a dénoncé « un discours diffamatoire et venimeux rempli de propagande fallacieuse contre l’armée israélienne et les citoyens d’Israël. Quelqu’un qui veut la paix ne parle pas comme cela».

Au lieu de marginaliser la question palestinienne, le réveil des peuples arabes la pose en de nouveaux termes et la régénère

Sur le plan stratégique, il s’agit pour Mahmoud Abbas de sortir de l’impasse des négociations bilatérales avec l’Etat israélien en imposant la question palestinienne dans l’agenda diplomatique et international. Les Palestiniens ne pouvaient plus se satisfaire de ce statu quo. Du reste, contrairement aux premiers commentaires sur le « printemps arabe », au lieu de marginaliser la question palestinienne, le réveil des peuples arabes la pose en de nouveaux termes et la régénère.

Ce vote du 29 novembre 2012 par l’Assemblée générale des Nations Unies est aussi une manière de responsabiliser la « communauté internationale » sur un dossier par trop synonyme d’impasse et d’aporie. Si une large majorité de la « communauté des Etats » a soutenu la reconnaissance de nouveau statut onusien à la Palestine, les chancelleries occidentales continuent à se réfugier derrière une ligne politique peu convaincante, selon laquelle la perspective d’un Etat palestinien souverain est souhaitable – voire inéluctable – mais prématurée… L’impératif d’une solution concertée avec Israël, idéal sur le papier, revenait en pratique à soumettre toute reconnaissance de l’Etat palestinien à l’accord préalable d’Israël, alors même que de dernier défend l’idée d’une négociation sans condition, c’est-à-dire sans arrêt de la colonisation…

La stratégie du président Abbas – qui a abandonné la voie/l’impasse de la lutte armée – fondée sur les armes de la diplomatie et du droit international se trouve confortée. Au-delà de ce succès personnel, il faut espérer que l’adoption de cette résolution historique ouvrira la voie vers la réalisation du projet onusien originel – de coexistence de deux Etats – sur la base d’un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien.

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