L’Etat ne doit pas céder

Etonné de la docilité de l’Etat à toutes les revendications sociales et syndicales, l’ancien ministre tunisien des Finances, Houcine Dimassi, considère que « l’Etat doit agir avec fermeté et être fort». Une vision qu’il a réaffirmé lors de son intervention à la 7ème conférence internationale sur la liberté économique dans le monde arabe, tenue à Tunis les 22 et 23 novembre, et intitulée « Nouvelles opportunités pour la liberté économique et les implications économiques du printemps arabe« .

M. Dimassi a indiqué que l’absence de l’Etat, sous le règne du gouvernement actuel, ne dupe pas. « L’Etat n’a pas joué le jeu », dit-il. Et d’ajouter qu’il est temps d’inverser la tendance sans faire renaître une nouvelle dictature. « Les objectifs électoraux sont clairs. Les gouvernements post-révolution avaient pour seul objectif de gagner les élections », a-t-il affirmé.

M. Dimassi veut assurer une forte présence de l’Etat. Si l’on suit l’ancien ministre des Finances, l’Etat doit être plus égalitaire, assurer une meilleure régulation, une concurrence loyale et être le catalyseur du dialogue social. Il y a, en effet, une nécessité de la présence de l’Etat.

Selon lui, la banalisation du rôle de l’Etat est un vrai danger. Lors de la crise économique et financière internationale de 2007, il s’est avéré que l’Etat a du jouer un nouveau rôle, autre que celui qui lui était dévolu auparavant, et ce, par le biais de ses différents organes de régulation et de contrôle.

Ainsi, dans un contexte de révolution, le rôle de l’Etat est une question plus cruciale que jamais et l’enjeu semble de plus en plus important. Il s’agit de définir les choix, les orientations et les règles du jeu. Si l’Etat y parvient, il se redonnera les moyens pour créer un climat social qui remettra tout le pays dans le sens de la marche.

Toutefois, pour l’ancien ministre des Finances, on n’a rien vu venir qui puisse mettre fin à l’absence de l’Etat, qui, si l’on peut dire, inquiète. Elle est étonnante et a beaucoup pesé sur le climat social et sur les équilibres macroéconomiques du pays. Ce qui est redoutable, c’est l’effondrement total de l’Etat. Celui-ci pourrait conduire à une sorte de tragédie nationale.

Les grèves sauvages n’en finissent plus depuis janvier 2011 et l’Etat – représenté par les différents gouvernements post-révolution – n’a pas convenablement su résister à la forte poussée syndicaliste. Même s’il a essayé, il n’a pas pu tenir pour longtemps. Dans les faits, l’Etat n’a pas pu faire face à la pression des revendications sociales (légitimes ou sauvages) et aux abus liés au droit de grève, l’une des libertés sociales fondamentales.

L’Etat, à travers ses différentes institutions, doit être ferme et solide

M. Dimassi estime que si l’Etat continue à céder et obéir, ça sera un coup dur et il en sera la première victime. L’Etat, soumis depuis presque deux ans aux surenchères syndicalistes, a peut être joué l’apaisement social et tenté de garantir une certaine liberté d’expression. Celle-ci est, en apparence, une bonne affaire, mais elle pourrait avoir des effets très négatifs. La liberté totale n’est pas toujours la bonne solution et pourrait être un pas dans la mauvaise direction. La situation pourrait devenir plus complexe. C’est pourquoi l’Etat doit être, à travers ses différentes institutions (justice, administration…), ferme et solide.

En Tunisie, l’Etat se trouve depuis la révolution face à une épreuve difficile: préserver la paix sociale, être un régulateur et assurer une distribution équitable des richesses. Cela ne veut pas dire que l’Etat doit être dominateur et trop interventionniste.

Autrement dit, ni trop, ni pas assez, mais un juste équilibre, avec plus d’efficacité.

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