JCC : « Le professeur », quand le cinéma embrasse l’histoire

Réalisé par Mahmoud Ben Mahmoud, « Le professeur » est un film qui retrace un fait historique d’importance. Bien perçu par le public tunisien, il fait partie de la compétition officielle aux Journées cinématographiques de Carthage.   

Focalisation de la caméra sur un événement historique

Pour un spectateur non averti, l’intrigue du film se limite à une histoire passionnelle entre Khalil Khalsawi, un professeur universitaire de droit constitutionnel (Ahmed Hafiène)  et son étudiante Houda (Lobna Ben Mlika), ce qui constitue un cliché rhétorique que l’on retrouve dans plusieurs films. Cependant, par-delà la relation extraconjugale qui s’est greffée sur un contexte historique et politique, le moins qu’on puisse dire bouillonnant, on retrouve une focalisation sur une période historique oubliée par la plupart des réalisateurs tunisiens, à savoir le rude climat social et syndical qui a préparé aux évènements du 26 janvier 1978. Pourquoi les réalisateurs tunisiens négligent-ils les évènements marquants de l’histoire ? N’est-ce pas là une question qui mérite « réflexion » surtout que les thèmes du cinéma tunisien restent encore enfermés dans le giron de la femme, la pauvreté, la sexualité, à l’exception du réalisateur de renommée mondiale Naceur  Khémir ? L’apport du long-métrage est de creuser dans l’histoire non pour faire historien, mais plutôt associer l’aspect documentaire à l’aspect fictif.

Entre devoir et passion

Entre sa carrière politique de destourien, sa passion interdite pour son étudiante et sa vie familiale, le professeur oscille. S’ajoute à cela, et bien plus tard, le fait insolite que sa maîtresse sera arrêtée dans le sud du pays avec deux journalistes italiens venus enquêter sur les grèves dans les mines de phosphate et on voit bien que le scénariste a bel et bien mis le protagoniste dans une situation dramaturgiquement compliquée.

Nous pouvons parler à cet égard d’un drame shakespearien où le héros hésite entre l’appel de la raison et celui du cœur. Le parti est désormais pris : Khalil Khalsawi fera son possible pour sauver son étudiante et amante bien que cela aille à l’encontre des principes du parti au pouvoir auquel il appartient. C’est à partir de ce moment là que le personnage masculin subit une évolution de Destourien justifiant tous les actes du parti au pouvoir à un militant qui transgresse toutes les barrières posées par l’État.

Lobna Mlika : présence épisodique mais remarquable

Bien que Houda ne soit pas, souvent présente dans le film,  les moments de son apparition sont marquants. Lobna Ben Mlika nous confie, concernant le personnage qu’elle a interprété ainsi que bien d’autres aspects dans le film : « Je trouve bien, le fait de ne pas juger les personnages en montrant la complexité et les contradictions qui régissent leurs êtres. Donc à partir de ce moment, on ne parle plus, en termes de bien ou de mal, puisque les personnages du film sont capables du bien et même du pire. Par exemple le personnage de Houda, c’est une étudiante émancipée malgré son milieu social conservateur et modeste, ayant une certaine conscience politique, vu le contexte de l’époque, qui n’est pas forcément intellectuelle ou militante.  Il s’agit d’un personnage qui évolue et  qui se découvre à travers le film,  notamment à travers ce voyage dans le sud où elle se rend, compte tenu de la réalité blessante du pays, ce qui lui donne la possibilité d’acquérir une maturité et qui fait qu’elle s’engage à défendre la liberté ».

Le réalisateur du film Mahmoud Ben Mahmoud dit qu’il aurait pu faire de Houda la sœur ou l’épouse du professeur. Mais il a fait exprès d’en faire sa maîtresse pour compliquer la tâche à  Khalil Khalsawi.

 

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