« Un homme d’honneur » étale le linge sale de la société jordanienne au public du JCC

« Pourquoi  mettez-vous l’honneur de vos hommes entre les jambes de vos femmes ?! » Si on avait à résumer le long-métrage « Un homme d’honneur » du réalisateur libanais Jean-Claude Codsi, produit en 2011,  nous ne pourrions trouver formule plus adaptée que cette parole audacieuse dite par Sarah, une jeune fille anglaise de 19 ans, issue d’un mariage mixte entre un homme anglais et une femme jordanienne. Bien sûr, l’interrogation a été applaudie lors de la projection à la salle du cinéma Mondial, dans le cadre de la 24ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage. La salle de cinéma, sise à rue Ibn Khaldoun, était archicomble contrairement à toute attente pour un réalisateur qui n’est pas assez connu en Tunisie.

Du sang pour laver la honte

Le film libanais évolue dans cette perspective qui trouve son origine dans la mentalité des tribus où la vengeance règne en maîtresse dans l’absence totale de toute institution juridique. Une seule règle y demeure inébranlable : « Pour laver la honte, il faut que le sang coule à flot ». Le cadre du film est du reste assez cruel puisqu’il s’agit de crime d’honneur en Jordanie, particulièrement connue pour  le nombre incalculable de ces actes sanguinaires. Et s’il y avait une critique à faire au réalisateur, ce serait d’avoir opté pour une histoire très locale, incapable de toucher un public international. Cependant, le scénario n’est pas typique, puisque le héros a violé la convention sociale de la vengeance.

Intrigue complexe

Le passé de Brahim vendeur de voiture au Liban renaît de ses cendres comme un hideux phénix quand il rencontre Leila pour laquelle il a commis un crime cela fait 20 ans en Jordanie, à la suite de quoi il a fui le pays, en se faisant passer pour mort. Aux yeux de tous, il est un héros qui a lavé de la honte l’honneur de la famille, en tuant Riadh, le frère de Leila, qui était  incapable de tuer sa sœur, quand il l’a surprise avec son amant Britannique.

Maintes questions se posent pour le spectateur au début du film, puisque le secret des relations entre le trio familial tarde à se dévoiler : Brahim, Leila et Riadh. Brahim décide de rentrer aux pays et d’affronter son passé, mais la décision n’est pas sans conséquences périlleuses… Contentons-nous de dire que le film est haletant jusqu’au dénouement.

 L’esthétique de l’allusion

Bien que le sujet soit un tabou, intouchable dans le monde arabo-musulman, la transgression des tabous est l’apanage de l’Art. Et Jean-Claude Codsi aborde le sujet avec une grande délicatesse et beaucoup de finesse. L’absence de toutes séquences érotiques ou de viol est frappante alors qu’il s’agit du sujet principal du film. De même, malgré le crime, aucune goutte de sang n’est montrée à travers le long métrage. Ainsi on peut parler de l’esthétique de l’allusion. Poésie, musique, narration s’entremêlent pour constituer l’échine dorsale d’un film agréable à voir.

Un homme d’honneur  est la dernière production de la boîte « Aflem Films ». Il participe à la compétition internationale des longs-métrages à la 24ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage.

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