« L’Open Sky », quel apport pour le transport aérien tunisien ?

Le lundi 19 novembre 2012 la Tunisie a accédé officiellement au statut de partenaire privilégié de l’Union Européenne. Une semaine avant ce rendez-vous, une délégation présidée par le ministre du Transport et composée des représentants de l’administration de l’aviation civile, de l’Office de l’aviation civile et des aéroports, du tourisme et des affaires étrangères est partie, le 13 novembre 2012, à Bruxelles, pour lancer les négociations sur la libéralisation du transport aérien, «  l’Open Sky », en dépit du fort scepticisme des experts nationaux.

Nous vous proposons un entretien avec le ministre du Transport, Abdelkarim Harouni, à propos des défis et des nouvelles opportunités dans le secteur du transport aérien.

Les syndicats de la compagnie nationale Tunisair affichent une opposition à toute forme de libéralisation de l’espace aérien tunisien. Ils avancent que le transporteur national souffre d’une situation plus que jamais détériorée et que l’ouverture du ciel tunisien aux compagnies low cost  serait un coup de grâce. Qu’en pensez-vous ?

Contrairement à ce que portent à croire certaines personnes, le lancement des négociations sur l’Open Sky ne se fera jamais au détriment de la compagnie nationale Tunisair, qui traverse une  période critique. Tunisair ne sera jamais mise en vente, mais elle sera rénovée pour faire face à la concurrence.

De toute évidence, plusieurs mesures structurelles seront prises pour que les compagnies tunisiennes de transport aérien soient assez équipées face à  la nouvelle donne de libéralisation.

Pour ce, avant même la fin de cette année 2012, un vaste plan de réformes internes sera mis en œuvre à  Tunisair et précédera l’étape suivante qui consistera à alléger les charges au niveau de l’OACA et de la CNSS.

A cet effet, un programme de réorganisation et de restructuration sera mis en oeuvre. Il vise essentiellement à l’amélioration de tous les facteurs de production (flotte, personnel…) et à l’instauration d’un système de réduction des coûts permanents. Cela passera par un plan de taille dans les effectifs – les 8400 employés n’ont fait qu’alourdir les dettes de Tunisair – puisque la main-d’œuvre qualifiée fait défaut dans cette compagnie. Il faudra également réviser en urgence les augmentations en surcharge sociale et financière.

Sans oublier que l’Open Sky sera mené de manière progressive afin de permettre aux compagnies tunisiennes de mieux s’adapter à la nouvelle donne du marché. Et donc, le choix de cette libéralisation ne constituera pas un risque, mais une chance inouïe pour la Tunisie de se renforcer et d’aller de l’avant.

Ceci étant, les négociations, entamées à Bruxelles par nombres d’experts tunisiens  intègres et qualifiés, porteront sur le cadre juridique, le positionnement stratégique des aéroports, toutes les compagnies aériennes et les lignes à créer…

Le ciel tunisien sera donc bien ouvert aux compagnies low cost qui vont affluer en Tunisie. Quelles en sont les conséquences ?

Effectivement, l’Open Sky s’impose comme une inévitable et incontournable nécessité permettant aux compagnies du pavillon national d’intensifier la croissance du nombre de passagers, renforcer les flottes, avec à la clé, un accroissement significatif du chiffre d’affaire et des bénéfices. Par ailleurs, certains créneaux juteux ont été fortement négligés par le passé et il serait temps de les reconsidérer dans un environnement plus libéral.

Les répercussions économiques ne pourraient être que favorables, notamment en matière de création d’emploi et de richesse à même de booster le développement national, régional et local. Il faut dire que la Tunisie a été de tout temps un pays ouvert au monde par son positionnement stratégique.

La signature d’un mémorandum d’entente sur l’Open Sky, au  mois d’octobre 2012, entre la Tunisie et le Qatar, qui accorde, dans son article 4 aux compagnies aériennes des deux pays le droit de bénéficier de la 5ème liberté, continue de soulever un tollé auprès des agents de Tunisair. En effet, la compagnie nationale et son homologue qatari sont incomparables principalement en matière de moyens.

Ces craintes n’ont aucun fondement,  puisque, la signature de ce mémorandum entre l’Office de l’aviation civile et des aéroports (OACA) et l’Instance générale qatarie de l’aviation civile a pour objectif  la mise en œuvre d’une convention déjà signée depuis 1984 entre la Tunisie et Qatar et d’un procès verbal, signé en 2002, lequel accordait au Qatar la 5ème liberté de l’air.

Par ailleurs, l’application effective de ce dernier mémorandum n’indique pas les destinations accordées au transporteur Qatari et doit bénéficier de l’accord du Ministère tunisien des Affaires étrangères. A préciser également que les experts tunisiens en matière  de transport aérien seront là pour défendre certainement les intérêts de Tunisair, au cours des éventuelles négociations consacrées à la détermination des destinations demandées.

Il ne s’agit pas d’une concurrence déloyale entre les deux pays frères, mais plutôt d’un moyen d’intensifier les échanges entre la Tunisie et Qatar et de profiter des nouvelles opportunités.

Dans ce sens, nous espérons même trouver une formule arabe commune qui sera présentée en position de force, lors des négociations à entreprendre avec l’Union Européenne, sur l’Open Sky.

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