« La moitié vide et la moitié pleine du verre »

Cela fait trente ans qu’il pratique le ministère de l’Equipement et de l’Habitat. Il a pour ainsi dire occupé tous les postes et il se trouve aujourd’hui à la tête de ce département qu’il dit connaître jusqu’au bout des ongles. C’est aussi le sentiment qu’on a eu lors de l’interview qu’il nous a accordée. Un homme qui maîtrise ses dossiers.  Pas vraiment un homme politique. Plutôt un technicien qui aligne les chiffres comme pour signifier qu’il les connaît par cœur.

Dans l’interview qu’il nous accorde, il fait état des programmes engagés  par le ministère. Il ne cache pas certains ratés. Mais pour lui s’il est légitime de voir la moitié vide du verre, on ne peut pas en occulter la moitié pleine. Interview*.

On dit que lorsque le bâtiment va, tout va. On s’attendait à ce que le secteur de l’Equipement soit le moteur de la reprise économique après la révolution. Il semble que cela n’est pas vraiment le cas.

Oui, c’est vrai qu’on dit que lorsque le bâtiment va, tout va. On dit aussi que la route du développement passe par le développement des routes. Cela dit, les programmes de notre  ministère enregistrent l’un des taux d’avancement les plus importants et nous avons veillé, dès le début de l’année, à ce qu’ils soient réalisés. Nous sommes aussi parmi ceux dont le taux de crédit consommé est le plus avancé.

Plus concrètement, qu’avez-vous fait en termes d’infrastructure pour désenclaver le pays et encourager l’investissement dans les régions ?

Nous agissons selon deux axes primordiaux. Il y a l’axe social qui comporte l’habitat social, les pistes agricoles,… et il y a l’axe économique, qui comporte les grands projets tels que les autoroutes. Deux axes que nous traitons sur un pied d’égalité et avec le même intérêt.

Sur le plan social, comme on le sait, le gouvernement a programmé la construction de 30 mille logements sociaux. Sur le plan socioéconomique et concernant les pistes agricoles,  nous venons  de programmer, pour la première fois, 5400 km entre aménagement et revêtement, dont 1500 sont en cours d’étude. Près de 250 chantiers sont actuellement en cours, soit 3400 km. Cela permet, sur le plan social, de désenclaver les régions.

Lors des dernières inondations, nous avons constaté que beaucoup de régions, notamment dans le Nord-Ouest, étaient totalement enclavées.

Ces pistes agricoles permettront aussi, sur le plan économique, de faciliter l’écoulement des produits agricoles. Il y avait là un retard et il fallait le rattraper. Cela ne pouvait être fait au cours d’un seul exercice, mais nous avons défini une stratégie sur trois ans qui pourra être appliquée par le prochain gouvernement.

Concernant le côté économique, notre programme est axé sur les moyennes et les grandes routes et dans ce cadre, il est utile de rappeler qu’au ministère de l’Equipement, on gère le 1/6 du budget global consacré au développement régional et ce en tant que maître d’ouvrage dans l’aménagement des routes en général.

Plus concrètement, nous avons aujourd’hui 19 mille km de routes classées dont 14 mille revêtues et nous ne pensons pas augmenter ce chiffre, le réseau tunisien étant suffisamment maillé. Notre objectif est de revêtir les 5 mille qui restent et de normaliser les routes. Un bon nombre de nos routes ne répondent pas aux normes internationales et sont d’une largeur inférieure à 7m 30. C’est en ce sens que nous parlons aujourd’hui de réaménagement et de réhabilitation des routes et non de prolongement de notre réseau routier.

Vous dites que le réseau routier tunisien est suffisamment maillé. On manque toutefois d’autoroutes.

C’est tout à fait vrai. Pour donner un chiffre : les autoroutes ne représentent que 2% de l’ensemble du réseau routier. Sur les 19 000 km de route, 356 km seulement sont des autoroutes. Il y a donc du travail à faire.

Nous travaillons actuellement sur deux projets, celui de l’autoroute trans-maghrébine qui doit relier la Libye à l’Algérie et qui doit être prête d’ici 2018 et sur le tronçon Sfax-Gabès. D’ailleurs, le tronçon Gabès-Medenine- Ras Jdir va démarrer bientôt. C’est un tronçon de près de 180 km, d’un coût estimé à près de mille millions de dinars. L’appel d’offres est lancé et nous procédons actuellement au dépouillement des dossiers.

Le Sud, comme vous en convenez, est bien servi. Du côté Nord-ouest,  nous sommes actuellement en train de réaliser le tronçon Oued Zarga-Boussalem. C’est un tronçon de 60 km qui a démarré, le 25 mai dernier, avec un délai de 3 ans. Nous allons enchainer automatiquement avec le tronçon Boussalem-Frontière algérienne qui est le tronçon le plus dur et le plus difficile, vu la nature du relief dans la région. L’étude a été réalisée et bientôt un appel d’offre sera lancé.

Le deuxième projet sur lequel nous travaillons est le projet de l’autoroute Sud-ouest, une autoroute qui va  relier Tunis-Kairouan-Sidi Bouzid-Gafsa. C’est un projet colossal puisqu’il représente près de 350 km. Je souhaite personnellement le prolonger jusqu’à Tozeur et jusqu’aux frontières algériennes du côté Sud-ouest. Les estimations du coût de ce projet sont de  l’ordre de 2400 millions de dinars. Tout en assurant des liaisons transversales entre ces deux axes autoroutiers, il y aura aussi une route rapide de deux voies qui reliera Kairouan à Ennfidha…

Les logements sociaux. Tout le monde en parle. Où en sommes-nous de ce programme ? Quel est le taux d’avancement ?

Pour les 30 mille logements, il y a 10 mille logements pour remplacer les habitations rudimentaires. Pour les 15 régions concernées par ces 10 mille logements, le projet a été approuvé par la Commission nationale et dans certaines régions, les travaux ont déjà commencé. Ce seront des constructions très simples pour assurer une vie décente à ceux qui vivent aujourd’hui dans des  « gourbis ». La liste des bénéficiaires a été établie et affichée dans les délégations.

Maintenant, pour les 20 mille restants, nous avons lancé un appel d’offres international pour la construction de 12 mille logements. Nous avons, par ailleurs, et pour faire la part entre le public et le privé, charger les promoteurs publics qui sont la Snit, l’Arru et la Sprols de la construction de 1200 logements entre Tebourba,  Kasserine et la cité Omar el Mokhtar. Un peu partout dans les régions.

Dans tous les cas, nous allons travailler pour que le coût de ces constructions soit à la portée des bénéficiaires dont le revenu, par famille, ne dépasse pas trois fois le Smig. La participation de l’Etat se fera sous forme de don qui varie de 5 mille dinars à 40% du taux de logement, suivant le revenu de la famille. Tout cela est bien détaillé dans le décret 12-24 qui a été publié  le 12 aout 2012. Nous avons préféré cette formule de don à la démarche  adoptée au Maroc, celle de donner des avantages fiscaux aux promoteurs. Nous avons pensé que ce sera moins compliqué sur le plan comptable.

 

* Propos receuillis et synthétisés

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