Compétitivité de l’économie tunisienne : Etat des lieux et relativité

Les travaux du « World Economic Forum » publiés en 2012, montrent que la Tunisie offre aux entreprises, en dépit d’un marché intérieur très étroit, un environnement d’une qualité au moins équivalente à celui qu’elle pourrait trouver dans les principaux pays concurrents, en particulier le Maroc et la Turquie.

Ces derniers pays sont en particulier favorables à la compétitivité des entreprises, le niveau d’éducation de la population active, la rigueur de la gestion macroéconomique et la qualité des institutions publiques. Ils sont considérés comme des handicaps relatifs, un certain retard par rapport aux pays concurrents dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC), un marché du travail jugé trop rigide et des insuffisances de l’offre de financement. Pourtant l’examen des indicateurs macroéconomiques de la compétitivité révèlent que les performances de la Tunisie à cet égard sont inférieures à celles notamment des pays émergents de la région Asie-Pacifique, mais aussi à celles du groupe des pays à revenu intermédiaire auquel elle appartient.

Au cours des années 2000, la croissance économique de la Tunisie a été inférieure à la moyenne de celle des pays similaires à revenu intermédiaire, particulièrement la croissance du PIB marchand, hors contribution des administrations publiques (source : Banque mondiale et IFC, 2012). Les gains de productivité du travail ont été plus faibles en Tunisie que dans les principaux pays concurrents. La balance commerciale affiche quant à elle un lourd déficit que le solde des recettes touristiques ne suffit pas à compenser.

Les « on » & les « off » de la compétitivité des entreprises tunisiennes

Force est de constater que les entreprises tunisiennes restent peu compétitives, en effet, l’économie tunisienne apparaît comme une économie duale au sein de laquelle coexistent :

– un secteur « off-shore », très compétitif, qui dégage d’importants excédents commerciaux, qui fait preuve d’une grande capacité d’adaptation aux évolutions des marchés et de la concurrence internationale et exerce une forte attraction sur les investisseurs étrangers ;

– un secteur « on-shore », faiblement compétitif, facteur de déséquilibre des échanges extérieurs et dont les faibles performances pèsent sur la croissance économique globale du pays et sur la productivité du travail.

Les chiffres du commerce extérieur distinguant les entreprises « off-shore » et entreprises du régime général illustrent cette dichotomie entre les deux secteurs très inégalement compétitifs. Le secteur « off-shore » est un élément déterminant du dynamisme de l’économie tunisienne, en effet, il regroupe près de la moitié des entreprises de plus de dix salariés du secteur manufacturier et  fournit les deux tiers de l’emploi total des entreprises manufacturières de dix salariés et plus. Etant par vocation destiné à servir les marchés étrangers, il dégage un large excédent commercial. Les larges variations de la composition des exportations observées au cours des années 2000 témoignent de sa capacité d’adaptation aux évolutions des marchés et de la concurrence internationale.

Le secteur « off-shore » a exercé ainsi une forte attraction sur les investisseurs étrangers : sur la période 2005-2009, les IDE ont financé plus de 40% de l’investissement total de l’industrie manufacturière. Outre leur contribution au développement de la capacité de production, ces IDE ont permis à la Tunisie de financer le déficit de ses comptes courants sans devoir recourir massivement à des emprunts à l’étranger. Cependant, les bénéfices que la Tunisie retire de son secteur « off-shore » ne dissimulent pas pour autant les facteurs de fragilité qui lui sont liés à savoir :

– Si un mouvement de diversification est en cours, les entreprises « off-shore » restent encore fortement concentrées sur un petit nombre de secteurs : le textile-habillement, le travail du cuir et les industries électriques et électroniques qui  regroupent plus de 80% de l’emploi total de ces entreprises ;

– Leurs exportations sont très majoritairement dirigées vers le seul marché européen et en particulier vers la France et l’Italie ;

– Les entreprises off-shore sont presque exclusivement localisées dans les gouvernorats du littoral ;

– Etant filiales d’entreprises européennes ou dépendantes d’un très petit nombre de donneurs d’ordre européens, leur autonomie de décision reste assez contrainte.

Les activités touristiques et agricoles génèrent une productivité relative et limitée

Le tourisme balnéaire, qui reste la forme dominante de l’offre touristique en Tunisie, génère quant à lui peu de recettes hors le forfait hôtelier : lorsqu’un touriste dépense en moyenne 900 dollars US au cours de son séjour au Maroc ou en Egypte, il n’en dépense que 360 dollars en Tunisie et l’écart avec le Maroc tend à s’accentuer au fil du temps. Ainsi, le secteur touristique tunisien, demeure étroitement dépendant des tours operators européens, et est soumis ipso facto à une très forte pression sur les prix qui obère sa rentabilité.

Quant au secteur agricole, l’extension de l’irrigation, qui a été jusqu’à présent le principal facteur d’intensification de la production, se heurte désormais à l’épuisement des ressources en eau. De plus, dans un contexte de fort chômage structurel, la mécanisation des travaux agricoles ne s’est pas accompagnée d’une diminution de l’emploi agricole. En conséquence les gains de productivité du travail ont été limités et les revenus des actifs agricoles sont restés faibles.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here