Le « sarkozysme » n’est pas mort

La réélection de Barak Obama est cruelle pour Nicolas Sarkozy. Ce dernier continue de justifier sa défaite à l’élection présidentielle de mai dernier par la crise. Or celle-ci n’a pas empêchée le président américain de sortir vainqueur de son face-à-face avec Mitt Romney, son adversaire républicain et néo-conservateur. Pourtant, l’ex-président français a au moins un motif de satisfaction. L’arrivée de la gauche au pouvoir en France n’a pas mis fin au « sarkozysme ». Loin s’en faut.

La parenthèse ouverte par son mandat (2007-2012) ne s’est pas refermée. Si Nicolas Sarkozy a quitté l’Elysée, le « sarkozysme » continue d’imprégner la vie publique (ie politique et médiatique). Au-delà de l’attitude transgressive attachée à la personne même de l’ex-président, son principal héritage politique consiste dans l’affirmation d’un néo-conservatisme à la française.

En attendant un hypothétique retour sur la scène politique de l’ancien chef de l’Etat, les principales figures de la droite assument son héritage et se réclament de son projet de « société sécuritaire » fondé sur deux piliers qui mettent en péril la cohésion sociale et l’unité nationale: la hiérarchisation des individus en fonction de leur « apparence » et de leur revenu; la stigmatisation des (enfants d’) immigrés et des musulmans, vecteurs supposés de la dilution de « la civilisation française ». En cela, le « sarkozysme » incarne un malaise civilisationnel et se manifeste par une dérive rhétorique et idéologique se traduit par une hystérisation permanente du débat public et par une lecture ethnique de la société française. En attestent les tristes affaires du «racisme anti-blancs» et du «pain au chocolat».

Le droit d’inventaire des années Sarkozy est tabou

Alors que l’aïdos (le scrupule, la retenue, la vergogne) est une vertu liée à l’art du politique selon Platon, la stratégie et le discours en vogue au sein de l’UMP – le principal parti d’opposition de droite – semblent dépourvus de cette vertu républicaine qui devrait s’imposer à elle, au regard du bilan de ces années d’exercice du pouvoir. Le droit d’inventaire des années Sarkozy est tabou. Cet interdit politique a laissé place à une autosatisfaction béate et à une arrogance pour le moins troublantes compte tenu des chiffres du chômage (à deux chiffres), de la croissance (nulle) et du déficit public (abyssal) qui font office de bilan de ce « quinquennat de crise » sanctionné par une série historique de défaites électorales (locales, nationales et européennes) pour cette « droite forte ». La droite n’en démord pas: malgré ce bilan calamiteux et ces revers électoraux, elle demeure convaincue de l’illégitimité de la gauche au pouvoir. D’où le procès en amateurisme qui est mené contre le couple « Hollande-Ayrault » et qui n’a en réalité rien de nouveau sous la VRépublique.

Une droite sexiste et misogyne qui en appelle au respect de la femme dès lors que le mot islam est prononcé

Cette droite « décomplexée » qui aime à donner des leçons de morale à certaines catégories de la société, se laisse aller à un comportement ou langage outrancier et caricatural qui s’exprime jusqu’au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale. L’attitude sexiste et misogyne – exprimée par des hués et sifflets – de députés de droite à la vue de la robe d’été de la ministre du Logement, Cécile Duflot, reste dans toutes les mémoires. Ces mêmes députés qui en appellent  – la main sur le cœur et la larme à l’oeil – au respect de la femme dès lors que le mot islam est prononcé… Plus récemment, Gérard Longuet, sénateur UMP et ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy a réagi à la demande de l’Algérie d’une « reconnaissance franche des crimes perpétrés par le colonialisme français » par un bras d’honneur, geste vulgaire par définition, mais qui en dit long sur l’état d’esprit de beaucoup de responsables politiques en France, qui n’ont pas terminé leur guerre d’Algérie. Il suffit ici de revenir sur la réaction de la droite française, suite à la déclaration du président François Hollande suivant laquelle « la République reconnaît avec lucidité » la répression « sanglante » de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961. « Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes » a-t-il ajouté, à l’occasion du 51ème anniversaire de ces évènements. La droite a vivement réagit à la reconnaissance officielle et salutaire de ce fait historique.

La vie politique devrait s’attacher à une forme d’exemplarité formelle, intellectuelle et morale

Sans céder au moralisme indigné ou manichéen, les citoyens – y compris de droite – sont en droit d’exiger de l’opposition d’exercer pleinement et dignement sa fonction. La vie politique devrait s’attacher à une forme d’exemplarité formelle, intellectuelle et morale. Un principe qui ne s’aurait s’appliquer aux seuls acteurs de la classe politique française. Les protagonistes de la transition politique en Tunisie sont à leur tour confrontés aux exigences de la dignité de la vie démocratique, notamment à travers la recherche de l’équilibre entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, chère à Max Weber.

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