Dernière ligne droite pour la campagne présidentielle américaine

Au terme de la campagne présidentielle américaine mettant aux prises le président démocrate Barack Obama et son adversaire, le républicain Mitt Romney, la course à la Maison Blanche s’avère serrée. Le résultat de l’élection du 6 novembre prochain demeure incertain. Dans un contexte interne pesant et morose, les débats télévisés et l’épisode de l’ouragan « Sandy » ont constitué les temps forts de la campagne 2012.                  

La priorité à l’économie

 Selon le sondage publié le 22 octobre 2012 par l’institut Gallup, les thèmes privilégiés par les électeurs américains sont l’économie (37%), le chômage (26%) et le budget fédéral (12%). Les candidats ont pris acte de l’état du pays et des attentes de la population en focalisant leur propre campagne sur des questions économiques et sociales (l’emploi en particulier) et en visant ainsi les classes moyennes « victimes collatérales » de la crise qui dure depuis 2008. Sur ce point, les programmes respectifs des deux candidats renvoient au clivage traditionnel entre Républicains et Démocrates, qui s’articule autour de la question du Big Government.

Les Républicains emmenés par Mitt Romney ont focalisé leur campagne sur la lutte contre le déficit du budget et la baisse des taux d’imposition des ménages les plus aisés, considérés comme les meilleurs moyens de relancer la croissance économique et l’emploi. Cette posture idéologique explique également la fronde républicaine contre la loi sur la protection des patients et les soins abordables, qui organise une réforme du système de santé financé par le gouvernement fédéral. Sans précédent en un demi-siècle, le « Medicare » est considéré comme la principale réalisation sur le plan intérieur de Barack Obama et fait l’objet d’attaques continues de la part du camp républicain. Le ticket « Mitt Romney-Paul Ryan » est en effet favorable à de larges coupes budgétaires dans le programme d’assurance maladie des 65 ans et plus.

 La politique étrangère : sujet secondaire

Traditionnellement, la politique étrangère ne représente pas un thème de campagne déterminant aux yeux de l’opinion politique américaine. Cette élection ne fait pas exception. En atteste le même sondage de l’institut Gallup et suivant lequel les questions liées à la politique étrangère sont loin d’être prioritaires pour les Américains. Du reste, le troisième duel télévisé sur la politique étrangère a réuni moins de téléspectateurs (59,2 millions) que les précédents. Il existe cependant quelques exceptions notables. Ce fut par exemple le cas en 1980, lorsque le président démocrate sortant Jimmy Carter a été battu par le républicain Ronald Reagan en partie à cause de son incapacité à gérer la crise des otages américains en Iran. De même, en 2004, George W. Bush a su profiter de la « guerre contre le terrorisme » et de l’atmosphère patriotique ayant suivi les attentats terroristes du 11 septembre.

Décisive ou non, la politique étrangère est un passage obligé pour tout candidat à la présidence de la première puissance mondiale. Face à un Obama sûr de son bilan en Irak, en Afghanistan et en matière de lutte contre le terrorisme (assassinat de Ben Laden, l’ennemi public n°1 des E-U), Mitt Romney s’est révélé moins convaincant et cohérent durant la campagne. Ainsi, il a d’abord prôné un retour à la doctrine/stratégie des néo-conservateurs (qui sont notamment à l’origine de la décision de G. W. Bush de lancer l’invasion de l’Irak), avant de se montrer beaucoup plus modéré, comme en témoigne les positions qu’il a défendues lors du dernier débat présidentiel consacré aux questions internationales. Barak Obama s’est inscrit quant à lui dans la lignée de la politique étrangère menée sous son mandat, à savoir réaliste et pragmatique, ne cherchant pas d’emblée à invoquer la logique des  rapports de forces. Outre les différences d’ordre doctrinal et rhétorique, les deux candidats s’opposent sur trois dossiers clefs: les dépenses de défense (Obama souhaite les diminuer à la différence de Romney); les rapports avec des puissances comme la Russie et la Chine (Romney place ces relations sous le signe de la fermeté et de la réaffirmation du leadership américain); même si le principe même du soutien des Etats-Unis à Israël n’est pas négociable (et demeure donc inconditionnel) pour les deux candidats, il ne revêt pas pour autant la même intensité pour Mitt Romney et Barak Obama, le premier ayant affiché des positions alignées sur celles de Benjamin Netanyahou.

L’impact décisif l’ouragan « Sandy »?

Après le passage de l’ouragan « Sandy », qui s’est abattu sur la Côte-Est des Etats-Unis et sur la ville de New-York en particulier, les thèmes relatifs à l’environnement comme le « changement climatique » et le « réchauffement planétaire » ont (enfin) surgi dans la campagne. Plus à l’aise avec ces problématiques, Barak Obama ne peut pas pour autant se targuer d’un quelconque bilan en la matière, tant il a donné l’impression durant son mandat d’avoir reculé face aux lobbies de l’industrie et de l’énergie.

Surtout, les conséquences humaines et matérielles de l’ouragan ont permis au candidat Obama d’imposer son statut présidentiel de protecteur de la Nation et de Commander in Chief. Un avantage peut être décisif dans cette dernière ligne droite de la campagne. Ainsi, le premier sondage post « Sandy » publié par le Washington Post montre que le président Obama a convaincu les Américains; 80 % d’entre eux estiment qu’il a fait un « excellent travail ». Et ce score est même de deux tiers chez les partisans républicains. L’ouragan « Sandy »: un coup de pouce du destin pour Barak Obama?

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