L’Education pour tous : enjeu du XXIe siècle

Le Rapport mondial de suivi 2012 sur « l’Education pour tous » (EPT) a été présenté mardi dernier au siège de l’UNESCO, à Paris. Il porte cette année sur un objectif particulier : faire en sorte que tous les jeunes aient la possibilité d’acquérir des compétences (d’où l’intitulé du Rapport : « Jeunes et compétences : l’éducation au travail»). Une telle ambition mérite une attention particulière au regard des enjeux attachés à la matière.

Le Rapport part d’abord d’un constat accablant. Il révèle l’existence d’une génération perdue de 200 millions de jeunes à travers le monde qui quittent l’école sans avoir acquis ce précieux bagage. Beaucoup d’urbains pauvres ou de ruraux isolés, notamment des jeunes femmes, sont au chômage ou employés contre un maigre salaire. Il faut leur donner une deuxième chance de réaliser leur potentiel,  selon les auteurs du Rapport. En plus de contrarier les espoirs des jeunes, cet échec des systèmes d’enseignement compromet l’équité de la croissance économique et la cohésion sociale et empêche de nombreux pays de tirer parti des avantages potentiels que peut leur apporter la population croissante des jeunes.

Ce Rapport mondial souligne ensuite que l’éducation ne se limite pas à faire en sorte que tous les enfants puissent aller à l’école : elle doit aussi préparer les jeunes à la vie, en leur donnant la possibilité de trouver un emploi décent, de gagner leur vie et de contribuer à celle de la communauté et de la société auxquelles ils appartiennent. Plus largement, elle doit aider les pays à se doter de la main-d’œuvre qualifiée dont ils ont besoin pour assurer leur croissance dans l’économie mondiale. La relation entre éducation et développement économique est incontestable.

Le Rapport montre toutefois les carences encore prégnantes au regard des six objectifs du programme d’action en vue de l’EPT. Cette analyse mérite d’être ici retranscrite. Pour l’ « Objectif 1 », les améliorations de l’éducation et de la protection de la petite enfance ont tendance à être lentes. En 2010, environ 28 % des enfants de moins de 5 ans souffraient de retard de croissance et moins de la moitié des enfants du monde recevaient un enseignement préprimaire. Pour l’ « Objectif 2 », les progrès en direction de l’enseignement primaire universel sont en perte de vitesse. À l’échelle mondiale, le nombre d’enfants non scolarisés stagnait à 61 millions en 2010. Sur 100 enfants non scolarisés, 47 ne devraient jamais entrer à l’école. Pour l’ « Objectif 3 », de nombreux jeunes ne possèdent pas les compétences élémentaires. Dans 123 pays à revenu faible ou moyen inférieur, près de 200 millions de jeunes de 15 à 24 ans, soit un jeune sur cinq, n’ont même pas achevé une scolarité primaire. Pour l’ « Objectif 4 », l’alphabétisation des adultes reste un objectif dif?cile à atteindre.  Le nombre d’adultes analphabètes n’a diminué que de 12 % entre 1990 et 2010.  En 2010, environ 775 millions d’adultes étaient analphabètes, dont deux tiers étaient des femmes. Pour l’ « Objectif 5 », les disparités entre les sexes prennent des formes variées. En 2010, il y avait encore 17 pays comptant moins de dix ?lles pour neuf garçons à l’école primaire. Dans plus de la moitié des 96 pays n’étant pas encore parvenus à la parité entre les sexes dans l’enseignement secondaire, les garçons sont désavantagés. Pour l’ « Objectif 6 », à l’échelle mondiale, l’inégalité des résultats d’apprentissage reste forte. Le nombre d’enfants ne parvenant pas à lire ou à écrire avant d’atteindre la quatrième année de scolarité pourrait atteindre 250 millions.

Si ce Rapport mondial est un outil non négligeable pour les politiques et actions menées au niveau national par les Etats. Dans cette perspective, il est possible d’ajouter un point pas assez souligné : l’enjeu de l’apprentissage des langues étrangères. Le multilinguisme est un atout non négligeable dans la vie personnelle et professionnelle. Dans un monde globalisé caractérisé par l’émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil, Turquie), la maîtrise de plusieurs langues – et pas seulement l’anglais – est un outil de communication pour développer diverses formes d’interactions : culturelles, économiques et commerciales… Le monolinguisme ne doit plus être la norme des sociétés du XXIe siècle.  Le ministère de l’Education nationale en Tunisie a-t-il pris acte de cet enjeu ?

Chaque élève doit être capable de communiquer dans au moins deux langues vivantes à la fin de l’enseignement secondaire. Pour atteindre cet objectif, l’enseignement des langues doit être  profondément changé. Trois grands axes méritent réflexion : assurer une véritable continuité dans l’apprentissage des langues vivantes tout au long de la scolarité ; prendre en compte les différents rythmes d’apprentissage et permettre des modes d’enseignement innovants ; évaluer les compétences de communication écrite et orale des élèves.

Investir dans l’éducation, c’est investir pour les générations futures et l’avenir de la nation. A quand un débat digne de ce nom en Tunisie et ailleurs?

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Béligh Nabli
Béligh Nabli est directeur de recherche à l’Institut de Recherche International et Stratégie (IRIS, Paris). Il a suivi des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, avant d'obtenir son doctorat à l’Institut Universitaire Européen (IUE, Florence). Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles portant sur la France, l’Europe et la Méditerranée. Son dernier ouvrage s’intitule L’Etat. Droit et politique (Armand Colin, Coll. U, 2017).

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