Les patrons déçus menacent d’une grève

L’ambiance est bien loin d’être au beau fixe chez les chefs d’entreprises. Ils n’ont jamais eu autant le sentiment d’être incompris, mal-aimés, voire même écartés des discussions et des concertations avec le gouvernement.

Les chefs d’entreprises sont inquiets parce que cela va mal et que les revendications de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), en matière d’augmentation des salaires ainsi que les orientations du gouvernement, sont anxiogènes.

Ainsi, Khalil Ghariani, président de la commission des affaires sociales au sein de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), lors d’une réunion générale des chefs d’entreprises, tenue jeudi 11 octobre 2012 , a déclaré que « l’union des patronats, convaincue de l’importance de l’augmentation des salaires, a proposé une augmentation salariale de 5,5% au profit des employés du secteur privé, alors que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a proposé une augmentation de 7% ».

En effet, la majorité des entreprises dans divers secteurs se trouvent incapables de supporter cette hausse du coût du travail vu leurs situations difficiles, à savoir l’augmentation du coût de production, la hausse des carburants et l’augmentation des tarifs de consommation d’eau et d’électricité.

Ainsi, la rigidité de la réglementation sociale consterne les patrons en cette conjoncture économiquement difficile, où la crise s’intensifie.

Hichem Elloumi, président de la commission économique relevant de la centrale patronale a affirmé que « presque tous les secteurs ont connu une baisse notable, durant les huit premiers mois de l’année en cours, notamment, les exportations du secteur textile qui ont régressé de 11%.

Et les déclarations du gouvernement se rapportant à une hausse de l’investissement de l’ordre de 24%, ne concernent que la hausse des intentions d’investissement.

Selon Elloumi, la valeur réelle des investissements au cours du premier semestre 2012 n’a pas dépassé les 300 millions de dinars. « Pis encore, l’investissement en Tunisie est menacé par l’investissement parallèle, qui dépasse 50% de chaque secteur d’activité, et qui laisse entrer au pays des quantités énormes d’essence, de produits alimentaires et de construction, à travers des réseaux de contrebande ».

Pour Khalil Ghariani « promouvoir l’investissement est essentiellement tributaire de la garantie d’un climat sécuritaire, social et politique favorables, en plus d’une infrastructure adéquate » .

On l’aura compris, les chefs d’entreprise attendent de la considération et des mesures à la hauteur des enjeux de la crise, sinon eux aussi, pourraient recourir à un lock out (fermeture provisoire) de leurs entreprises.

En effet, l’UTICA, dont le rôle est de garantir l’équilibre économique, « pourrait  recourir à une grève patronale des entreprises comme ultime recours si le gouvernement continue à faire la sourde oreille aux questions que se posent les entrepreneurs, alors que la crise s’intensifie. Les réponses ne sont pas à la hauteur des problèmes», a ajouté Khalil Ghariani.

Pour l’heure, l’incertitude continue à planer et rien n’a été fait pour apaiser le malaise. Dans ce sens, Mme Wided Bouchamoui, la présidente de l’UTICA, a dénoncé les campagnes servant à porter préjudice au patriotisme de l’UTICA, au moment où la centrale patronale s’attelle à persuader un grand nombre d’investisseurs étrangers à ne pas fermer leurs entreprises et à ne pas plier bagage.

De l’avis général des hommes d’affaires tunisiens, la crise est plus profonde qu’en 2008 et l’issue est incertaine.

Tous les chefs d’entreprise sont convaincus de la nécessité de bannir le discours anti-patrons et du rôle de toutes les parties prenantes (gouvernement, patronat, syndicats, ouvriers..) à œuvrer sérieusement à la relance de l’économie nationale, vers une meilleure gestion de l’entreprise au quotidien et son essor.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here