La dette publique est-elle soutenable à moyen terme?

Une préoccupation majeure des politiques discrétionnaires de relance est de concevoir des déficits budgétaires sans pour autant mettre en péril la viabilité budgétaire à moyen terme. Le risque étant d‘engager des politiques de relance qui ne garantissent pas la soutenabilité de la dette. Pour éviter ce genre de scénario catastrophique, la politique budgétaire en Tunisie est conçue comme une politique de type « go and stop » et non de type « go and go », qui respecte trois principes fondamentaux à savoir: une augmentation (go) temporaire (stop) des dépenses publiques, un ciblage des dépenses d’investissement et enfin le respect des conditions de la soutenabilité de la dette à moyen terme.

 L’analyse de la soutenabilité basée sur le scénario du gouvernement transitoire actuel montre que la dette est soutenable à moyen terme et se ramènerait à 41% en 2017. Cependant la fragilité de la conjoncture économique et le risque de dépréciation de la monnaie nationale ainsi que les exigences de la recapitalisation des banques commerciales ou les consolidations des caisses et entreprises publiques risquent de mettre en péril la soutenabilité de la dette d’où l’importance de prévoir des mécanismes d’ajustement budgétaire dans le cadre de la politique de « go and stop ». En effet, s‘il est évident que la composante « go » de cette politique est facile à mettre en œuvre, il n’en demeure pas moins que la composante « stop » nécessite une rationalisation des dépenses de fonctionnement, de compensation et d’investissement mais surtout des revendications salariales et sociales.

Le stock courant de la dette et son profil sont en réalité le reflet des déficits budgétaires antérieurs et futurs. Pour un stock de dettes donné, chaque déficit ou excédent budgétaire vient s’ajouter au remboursement du service de la dette antérieure comprenant l’amortissement du principal et les intérêts. C’est dans ce sens que le stock actuel reflète l’endettement public (externe ou interne) qui a servi à financer les déficits budgétaires antérieurs. Le profil de la dette publique dans un horizon futur traduit aussi le profil des besoins financiers qui seront aussi satisfaits par le recours à l’emprunt domestique ou externe. Dans ce sens, tout déficit crée un besoin financier à combler essentiellement par le biais de nouveaux emprunts. De même, toute stabilisation de la dette nécessite des surplus primaires dont l’ampleur dépend du niveau de l’endettement public.

Le Budget 2012 complémentaire a prévu donc une politique budgétaire de relance qui permet la reprise économique en Tunisie après une année caractérisée par une récession de l’ordre de -1.8%. La relance budgétaire en 2012 se fait par le biais des dépenses de développement en augmentant les dépenses globales de 13% et les dépenses d‘investissement de 25% par rapport à 2011.

La spécificité de cette relance est qu’elle soit de type « go and stop » autrement dit, l’augmentation des dépenses publiques en 2012 est de nature exceptionnelle, qui sera suivie par un retour progressif à la normale à partir de l’année 2013. L’objectif étant d’utiliser la relance à fin de permettre à l’économie de reprendre son trend historique de 4.7% observé durant la période 1990-2010 et d’atteindre plus tard son potentiel de croissance augmenté des dividendes de la bonne gouvernance de la Tunisie après la révolution. La part des dépenses publiques dans le Pib remonte à 32% en 2012 pour se ramener progressivement à 30% en 2013 et 25% en 2017.

Dans le scénario de référence, la politique budgétaire de type « go and stop » adoptée par le gouvernement est soutenable et conduirait à un taux d’endettement public de 41% en 2017. Cependant, si la conjoncture n’est pas favorable, le ratio d’endettement se maintiendrait à des niveaux élevés aux alentours de 47%. Il est certes en dessous de la barre de 50% et de la moyenne historique de 49% mais les risques liés à la conjoncture sont réels et pourraient conduire à un endettement excessif.

Le gouvernement pourrait ainsi poursuivre sa politique de « go and stop » tout en étant prêt à effectuer le cas échéant des ajustements budgétaires qui tiennent compte des besoins financiers générés par une mauvaise conjoncture, un glissement anormal du dinar ou des passifs conditionnels comme le financement de la réforme bancaire et la consolidation de certaines entreprises ou caisses publiques.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here