Comment améliorer le produit balnéaire tunisien?

La Tunisie, comme beaucoup d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée, comptent essentiellement sur les revenus du secteur touristique pour stimuler le développement de leur économie. Considéré comme un outil aidant à la croissance, le tourisme mondial est aujourd’hui davantage considéré comme un fait majeur, irréversible et en expansion. Pour pouvoir profiter d’un tel créneau de croissance et de rehausser la création d’emploi, il revient à la Tunisie de s’adapter, d’offrir un certain nombre de conditions de base, en termes d’attractivité et de diversification des produits ainsi que le renforcement de la qualité de prestations de services associés.

 Ainsi le challenge consiste à renforcer la capacité collective des professionnels et des institutionnels, de faire en sorte qu’elle soit une véritable destination touristique et non une destination balnéaire à bas prix tout en diversifiant son marché. Le tourisme tunisien doit revoir sa philosophie d’aménagement, ses modes de production, ses méthodes de commercialisation et sa politique de communication pour une meilleure insertion dans l’économie nationale.

 Il est important également de considérer l’expansion de l’offre vers des régions intérieures qui recèlent de vrais potentiels touristiques et qui de plus répondent aux standards de nouveaux marchés à la recherche de tourisme authentique et durable. Signalons par ailleurs, que le dernier rapport du Centre du commerce international (ITC) a privilégié ainsi une catégorisation de certains défis de l’industrie hôtelière tunisienne.

 Ainsi, au niveau du parc: une diversification du parc hôtelier pour améliorer l’insertion de jeunes promoteurs, comprimer les coûts et améliorer la rentabilité, une meilleure application des critères de classification des hôtels. De plus, l’Etat se doit d’accroître son soutien pour développer une véritable stratégie du concept du tourisme durable et l’accompagner par une politique de traitement des déchets.

Au niveau des méthodes de commercialisation: renforcer l’intégration et le partenariat des tours opérateurs (TO) avec des prestataires touristiques régionaux et des maisons d’hôtes. Les TO représentent un partenaire incontournable pour la commercialisation.

Cependant, malgré le développement de l’e-tourisme, force est de constater que le comptoir des agences de voyages, intermédiaire entre les TO et le touriste joue un grand rôle dans la vente de la destination. Ainsi, le développement d’un réseau électronique propre dans chaque pays émetteur cible pourra constituer une source permanente de demande. De plus, il faut réfléchir à revoir en profondeur les actions de promotion, réaliser les études et stratégies d’impact orientées vers le marché cible et accompagner les professionnels du tourisme vers une certification et des labels distinctifs pour certains produits propres à la Tunisie, (Thalasso, saharien, santé, etc.) répondant aux normes internationales et au respect environnemental.

 Actuellement, le positionnement de l’offre tunisienne accentue les effets négatifs du déséquilibre des forces amont/aval. Le produit balnéaire bas de gamme attire une clientèle caractérisée par une faible propension à dépenser et fait l’objet d’une concurrence internationale très forte entre les différents tours opérateurs, majoritairement originaires des pays émetteurs de touristes. Cette concurrence impose donc la pratique de prix très bas. Ainsi, bousculés par cette concurrence féroce, les tours opérateurs sont obligés d’user au maximum de leur pouvoir de négociation vis-à-vis des partenaires locaux pour leur arracher des concessions tarifaires et rester donc assez compétitifs.

La concurrence sur ce segment de marché, à savoir un produit balnéaire bas de gamme, a de facto pour effet d’exacerber les rapports conflictuels entre l’amont et l’aval de la filière. En effet, on peut constater que les concessions tarifaires obtenues des partenaires locaux permettent à peine de rémunérer leurs efforts pour améliorer la qualité du produit, notamment à travers des dépenses de rénovations des infrastructures, amélioration du service, animations, etc.

Cette situation a conduit graduellement à une dégradation de l’image globale de la Tunisie. En effet, la dégradation de l’image des hôtels en Tunisie a eu plusieurs conséquences, dont une baisse globale des tarifs hôteliers, quelle que soit leur gamme.

Comment remédier à cette situation?

L’expérience d’autres régions du monde, à titre d’exemples les îles grecques ou encore certaines zones côtières égyptiennes (notamment Charm el Cheikh), bénéficiant aujourd’hui d’une reconnaissance internationale, incite à penser que les rapports amont/aval deviennent moins conflictuels à mesure que l’on améliore le produit balnéaire.

Selon un document rédigé, il y a déjà quelques années, par des experts de l’Agence française de développement (source: ‘‘La Lettre des Economistes’’, N° 20, 2008), la différenciation peut être obtenue en agissant sur la qualité de l’hébergement, du personnel, du transport, de l’animation, d’activités annexes, etc. Ainsi, quand le produit balnéaire est mieux positionné sur le plan qualitatif, il est susceptible d’attirer une clientèle plus riche, ce qui peut permettre théoriquement de capter une recette plus conséquente et d’améliorer le revenu des acteurs. Signalons que la recherche d’une telle clientèle nécessitera une démarche marketing appropriée et par conséquent des investissements en communication assez importants.

De plus, la mise en place d’un signal de qualité (labellisation, etc.) associée à une stratégie de communication adéquate peut être un moyen d’amélioration de la qualité d’un produit balnéaire. Cela nécessitera des investissements lourds que l’Etat devra prendre en charge, au moins à court terme à travers une politique d’amélioration de la qualité globale (renforcement des critères de notation des hôtels, création d’incitations fiscales et autres mesures pour la diversification des composants du produit touristique), ce qui permettra à terme de pouvoir renforcer la promotion du produit à l’étranger.

D’autres mesures peuvent consister à inciter les tours opérateurs à faire évoluer leur rapport contractuel avec les fournisseurs locaux, en intégrant dans les contrats des clauses relatives à une coordination plus accrue que celle qui existe dans le marché standard à savoir: une conception conjointe d’un produit de qualité répondant à une certaine exigence d’une demande internationale, participation des tours opérateurs aux divers coûts de mise à niveau des prestataires locaux, ou encore l’établissement d’un cahier des charges strict moyennant une rémunération plus appropriée.

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