« La bipolarisation Ennahdha/ Nidâa Tounes est inévitable si les autres partis ne se rattrapent pas ».

3C Etudes vient de publier  la neuvième vague de son baromètre politique, dont les principales conclusions sont les suivantes:

• Onze mois après les élections de la Constituante, Ennahdha perd 31% de son électorat, le CPR en perd 39%, Ettakattol perd 30%. L’ex-POCT triple son électorat, l’ex-PDP progresse de 62% et El-Aridha de 25% et s’accaparerait la deuxième place si les élections de la constituante étaient organisées de nouveau.

• En cas d’élections législatives l’année prochaine, Ennahdha récolterait 30,4% des suffrages. Nidâa Tounes viendrait en deuxième position avec 20,8% des voix. Ajjoumouhouri serait 3ème avec 7,6%.

• 60% des Tunisiens expriment leur mécontentement de la situation sécuritaire contre 40% en août. 40% sont satisfaits de la prestation du gouvernement, 23% de celle de l’opposition et 61% satisfaits de la prestation des médias. 

L’Economiste Maghrébin a donc interpellé  Hichem Guerfalli, directeur général de 3C Etudes sur un certain nombre de points. 

Les  partis politiques tunisiens et  les sondages d’opinions, quelle relation?

Les partis politiques font généralement la sourde oreille aux sondages. En général, ils apprécient beaucoup les sondages qui les flattent et qui leur sont favorables. Ils sont même prêts à payer cher les  sondages qui vont dans le sens qu’ils souhaitent.  Je pense  qu’ils  gagneraient à s’intéresser aux sondages qui leur disent la vérité et  à  fouiller là-dedans.

En quels termes pouvez-vous décrire la relation entre le Tunisien et la politique ?

Je classerais les Tunisiens en trois catégories: une catégorie politiquement active, une  catégorie politiquement consciente et une troisième catégorie qui vit la politique mais qui n’est pas très attachée à l’actualité politique.

Les deux premières catégories confondues ne représentent que 5 à 6 % de la population tunisienne, c’est-à-dire 500 000  à 600 000 personnes, dans le meilleur des cas.

Ces catégories, qu’on prend assez souvent comme base d’analyse,  ne sont malheureusement pas  représentatives du reste de la population.  Et c’est ce qui explique en quelque sorte l’écart entre certaines  analyses politiques et la réalité.

On ferait mieux de s’intéresser à la large frange de la population  que représente la troisième catégorie, pour pouvoir mieux comprendre le « comportement politique » du Tunisien.

Les observateurs de la vie politique nationale évoquent une  bipolarisation entre Ennahdha et Nidâa Tounes. Qu’en pensez-vous?

Aujourd’hui on y est clairement. Sauf surprise, je vois mal aujourd’hui comment le CPR ou Ettakattol vont arriver à infléchir sans se remettre en cause de manière fondamentale et sans revoir leur mode de fonctionnement. De son côté, Al-jomhouri a souvent mal négocié les différentes échéances. Aujourd’hui,  on le voit clairement de par notre sondage, que si les élections du 23 octobre dernier sont refaites il pourrait progresser de 62%.  Il a donc raté sa campagne. Et  personnellement,  je ne suis pas en train de voir, au sein de ce parti,  un changement fondamental et j’ai comme l’impression qu’on n’a pas tiré les leçons de l’échec. Cela reste valable pour les autres formations de l’opposition.

La bipolarisation Ennahdha/ Nidâa Tounes est inévitable, si les autres partis ne se rattrapent pas.  Une bipolarisation autour de laquelle orbiteront certains satellites, dont les prochains jours détermineront le poids.

Vous associez fortement Nidâa Tounes à la personne de Beji Caïd Essebssi !  

Aujourd’hui, Nidâa Tounes est  une alliance autour de la personnalité de Beji Caïd Essebssi.  Les autres personnalités formant aujourd’hui ce parti ne sont pas assez visibles et n’arrivent pas à marquer le paysage politique. C’est fragile comme position et les fondateurs de ce parti doivent en être conscients.

Pour revenir à votre sondage, pour la question qui se rapporte aux intentions de vote, ne craignez-vous pas que les résultats du sondage soient biaisés du fait  que les partis en questions ne partent pas avec les mêmes chances, puisque  Nidâa Tounes qui vient tout juste d’être créé et qui  n’a même pas des représentations régionales se trouve face à des partis bien anciens et bien ancrés dans les régions? 

Je n’ai aucune crainte sur les résultats du sondage parce que les personnes interrogées se sont exprimées librement et d’une manière spontanée, sans influence, aucune. C’est vrai que les partis en question ne partent pas tous avec les mêmes chances, étant donné l’ancienneté des uns par rapport aux autres.  Mais le monde est ainsi fait. Il n’est jamais juste.

S’agissant de  l’évaluation de la prestation de l’Opposition, on prend toujours l’opposition comme un bloc non identifiable, ne serait-il pas plus pertinent de prendre en considération l’hétérogénéité d’un tel bloc?

L’évaluation des prestations des uns et des autres  est une notion complexe, de nombreuses variables y interviennent. C’est vrai que notre approche qui tend à s’imaginer l’opposition comme un seul bloc a ses limites, mais les résultats de nos sondages  ont bien montré que le Tunisien arrive à identifier ce qu’est l’opposition et arrive même à en décortiquer les différentes mouvances.

Pourquoi la crédibilité des instituts de sondages tunisiens  est-elle  toujours remise en question?

Parce qu’en Tunisie, il n’y a pratiquement que des sondages qui sont faux.

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