La torture, une pratique à la peau dure

Radhia Nasraoui

Parfois, sur le chemin de la vie, il faut savoir trouver le temps de prendre une pause pour pouvoir voir les choses telles qu’elles le sont réellement. Ce qui est vrai pour la vie, l’est aussi pour la révolution tunisienne. C’est du moins ce qui semble être l’avis de Radhia Nassraoui, qui  demande un petit moment d’arrêt pour faire le bilan et voir où on est des revendications de cette révolution. Un moment d’autant plus nécessaire qu’il semble qu’on serait en train de faire du sur-place. C’est le cas, du moins, de la pratique de la torture en Tunisie. « Une pratique bien enracinée », dit-elle.

Membre fondateur de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie, dont elle est devenue la présidente, elle n’a cessé depuis plus de deux décennies de dénoncer ce qu’elle considère comme la « torture systématique » pratiquée dans le pays. On croyait cette pratique au chômage après le 14 janvier ! Mais rien de tel. D’ailleurs, lorsqu’on l’a contactée pour prendre rendez-vous, elle était en plein travail, à Nabeul, où, nous dit-elle, elle venait assister un détenu qu’on aurait maltraité. Notre rendez-vous lui-même, un certain samedi, aura été un flop. Elle a bien dû s’excuser pour suivre l’affaire de l’un de ses « clients », brûlé lors d’une poursuite policière.

« Il n’arrive pratiquement pas un jour sans qu’on me signale un cas d’abus, de dépassement de la police ou d’arrestation abusive. C’est vrai que le nombre a nettement augmenté du fait que les gens n’ont plus peur de signaler ces cas. Et c’est un gain non négligeable qu’il ne faut pas omettre. Cela dit, la fréquence de ces cas indique clairement que la pratique n’a pas disparu, ou du moins, diminué sensiblement depuis la révolution ».

C’est là le constat que la militante Radhia Nasraoui indique avoir transmis au président provisoire Moncef Marzouki. « Je l’ai informé également des cas de torture dans les prisons et les postes de police après la révolution », a-t-elle indiqué.

 Autres préoccupations

Pour revenir à la révolution. Radhia Nasraoui note d’autres « anomalies » qui sont objet de préoccupations. Il y a d’abord cette crainte de voir les acquis et droits de la femme révisés. Dans ce cas de figure, elle persiste et signe. C’est le cas, dit-elle, de certains dirigeants d’Ennahdha qui seraient, selon elle, des  adeptes de la polygamie. Elle accuse, à ce propos, un leader du mouvement Ennahdha de s’être marié avec une seconde femme, lors de la période de son long exil forcé.

Mme Nasraoui a affirmé que sa première épouse a déposé plainte auprès du tribunal de Nabeul qui a décidé de laisser le concerné en état de liberté à son retour en Tunisie, alors que la polygamie est un crime, selon la loi tunisienne.

Outre le statut de la femme tunisienne, la liberté de presse et d’expression serait aussi un acquis révolutionnaire en danger. L’affaire Dar Essabah, celle de Sami Fehri ou encore celle  d’Ayoub Messaoudi, un de ces clients, en serait la preuve.

« Rien ne doit plus limiter la liberté d’expression en Tunisie », insiste l’avocate, rappelant que depuis la révolution du 14 janvier, la liberté d’expression a pris une autre tournure et revêtue une nouvelle valeur.

En tout état de cause, la militante qu’elle est, dit avoir encore du pain sur la planche. « Ce ne sera pas demain que je prendrai ma retraite », affirme-t-elle encore avec un sourire amer.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here