Du pain sur la planche pour le Gouvernement

Qui est derrière les perturbations observées, au cours de ces cinq derniers mois, dans l’approvisionnement des médicaments sur le marché local et la pénurie de certains médicaments qui va s’aggravant mettant plusieurs malades, soumis à des traitements de longue durée, dans la gêne si ce n’est dans le risque?

Tant de rumeurs se sont propagées, portant sur du choléra, des cultures irriguées par des eaux géothermiques polluées à El Hamma, au sud de la Tunisie, allant même jusqu’à colporter des cas de morts d’enfants après usage de vaccins périmés.

Pour rassurer la population déjà inquiète, en essayant de séparer le bon grain de l’ivraie, le ministre de la Santé, Abdellatif Elmakki, accompagné de plusieurs responsables du secteur, a tenu à clarifier la situation et dresser un  état des lieux des médicaments dans le pays, et ce, lors d’une conférence de presse au siège du ministère, le 22 aout 2012.

Et pour commencer, le ministre s’est voulu rassurant en affirmant que « les acquis en matière d’organisation, de compétences, de protection de la propriété intellectuelle dans le secteur de l’industrie des médicaments en Tunisie, des recettes en devises que rapportent les exportations sont, dans l’ensemble, dignes de fierté ».

Cependant, nombres de facteurs ont eu un impact assez négatif sur l’approvisionnement du marché local en produits pharmaceutiques.

Le directeur général de la Pharmacie centrale, Amine Moulahi, a relevé que la Pharmacie centrale a enregistré un manque de 17 types de médicaments importés sur une total de 1097 dans le secteur privé, contre l’enregistrement dans le secteur public, d’une carence en 23 médicaments sur un total de 1048.

Tout en soulignant que « les perturbations ne concernent pas les médicaments de base et que les efforts visant à les atténuer se poursuivent », le ministre a précisé que ce déséquilibre d’après la révolution  du 14 janvier2011, revient en premier lieu au mouvement syndical, qui lance fréquemment des appels à la grève et qui a ralenti et même arrêté la production ou la distribution dans certaines unités, notamment la grève du port de Radés et celle de l’unité de production médicale à Sfax.

Et par conséquent 21 unités sur 29 ont été incapables d’honorer leurs dettes envers la Pharmacie centrale.

Ainsi, et pour ce qui est de la valeur des dettes de la situation financière des structures publiques, le directeur général de la Pharmacie centrale, Amine Moulahi, a indiqué que les montants dus par ces dernières à la Pharmacie centrale s’élèvent à 280 millions de dinars à la fin de l’année en cours, alors qu’ils étaient de l’ordre de 162 MD au terme de l’année écoulée, et ce, en dépit de la conjoncture difficile connue par le secteur public durant cette période.

Quant aux stocks en médicaments, le directeur général de la Pharmacie centrale a mentionné qu’ils ont atteint à la fin du mois de juillet 2012, trois mois et cinq jours contre trois mois et 12 jours, enregistrés au cours de la même période de l’année 2011, soulignant que l’évolution des ventes exige une forte mobilisation des ressources financières qui devraient dépasser les 50 millions de dinars.

Et cela sans oublier la hausse de la demande en médicaments, « essentiellement avec la présence massive des réfugiés en Tunisie, qui ont afflué après le déclenchement de la révolution libyenne, outre l’installation définitive, dans le pays, de 565 mille libyens, dont un grand nombre de blessés de la révolution et atteints de maladies chroniques nécessitant la consommation régulière de médicaments », a révélé Abdellatif Elmakki.

Les exportations illégales et la contrebande des médicaments, ont également aggravé la situation. Et par conséquent, les médicaments tunisiens sont illégalement vendus dans les pays frontaliers comme l’Algérie, la Libye, voire même le Tchad et  le Soudan.

Afin de contrecarrer la contrebande il a été commandé, selon Lotfi Larbi chargé de mission auprès du ministre de la Santé, la mise sur pied d’une commission, composée de représentants des ministères de la Santé, de la Défense nationale, de l’Intérieur, des Finances et du Commerce, et chargée de lutter contre ce phénomène. Cette commission a permis de saisir des quantités assez importantes de médicaments.

L’arrêt de l’industrialisation de certains médicaments est aussi un autre facteur accentuant la carence des médicaments en raison du coût de fabrication qui excède le prix de vente. Dans ce sens, le directeur général de la Pharmacie centrale, M. Amine Moulahi, a expliqué que certains médicaments tels que l’Adol et l’Aspirine sont vendus à un prix inférieur de 900 millimes, ce déséquilibre entre coût et prix n’encourage pas les unités de production à les produire.

Un travail colossal

Tout un travail de Titan qui attend le Gouvernement. Car, combattre  cette «hémorragie financière » et cette pénurie devient un objectif stratégique, puisqu’une kyrielle de mesures ont été prises, il y a de cela deux semaines, notamment, pour renforcer la production locale afin d’assurer l’autosuffisance, pour maîtriser les prix et pourquoi pas exporter certains médicaments.

Ajuster les prix de certains médicaments «de luxe » est, en outre un moyen pour l’industrialisation  nationale dans ce secteur, outre, le fait que les médicaments de substitution peuvent sans aucun risque, pour le malade consommateur, remplacer les médicaments habituellement achetés par ces patients.

Pour ce, un manuel comportant les différents médicaments commercialisés en Tunisie en 2012 a été publié et peut informer les médecins sur les médicaments existant sur le marché national.

 Mais, en cette conjoncture actuelle (présence de facteurs endogènes et exogènes qui perturbent l’approvisionnement des médicaments), ces mesures, seraient-elles vraiment capables d’éviter une éventuelle rupture de stocks en médicaments, notamment ceux prioritaires?

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