Un projet mis sur la sellette par les architectes

Le projet de construction de 30 mille logements sociaux dans la période  allant de 2012 jusqu’à 2013, et qui semble d’ores et déjà dans sa phase de concrétisation, quoiqu’ il pourrait, vraisemblablement, avoir des répercussions positives sur l’environnement économique et social, continue encore de susciter la contestation  voire même l’indignation de tout le secteur national du bâtiment et principalement de la totalité des membres du Conseil de l’Ordre des Architectes de Tunisie (COAT). Le président, Aymen Zriba et plusieurs membres du COAT, convaincus d’être la cheville ouvrière, mettent le point sur ce projet colossal, lors d’une entrevue.

Leurs revendications  se résument essentiellement dans la révision nécessaire de la stratégie adoptée actuellement par le ministère de l’Equipement et de l’Habitat portant sur la réalisation de ce programme exceptionnel et de son contenu technologique.

L’Etat a, certes, lancé la construction de cet immense chantier de logis préfabriqués, afin de subvenir au besoin en habitat  des classes à faibles revenus, quitte à le faire avec des promoteurs et entrepreneurs étrangers. Reste que le Gouvernement, selon Aymen Zriba, président du COAT, « garde un mutisme plénier sur les clauses de cet arrangement ».

Tout un secteur se trouve exclut du projet

Au moment où un grand nombre d’architectes peinent à trouver du travail, plus particulièrement les jeunes diplômés qui se trouvent être en majorité au chômage. Il est alors du rôle de l’Etat de mettre  en avant les professionnels du secteur, en ces temps où l’on parle de projets phénoménaux qui pourraient recruter bon nombre d’architectes.

Et pourtant, et suite à la participation de certains membres du COAT aux commissions techniques tenues au ministère de l’Equipement et de l’Habitat pour la réalisation de ce projet, il s’est avéré, pour ces architectes, que ce projet de construction de 30 mille logements sociaux sur différentes régions du pays « exclut tout un secteur des architectes, des concepteurs et des entreprises locales de construction, au lieu d’être une opportunité pour absorber une partie des chômeurs avec la création de 50 mille emplois directs et 20 mille emplois indirects et engranger une dynamique économique » affirme le président du COAT.

« Cette exclusion, qui est une première depuis la promulgation de la loi n°46-74 en 1974 et tous les textes y afférents tel que le code de l’aménagement du territoire, aurait non seulement accentué le taux du chômage déjà répandu parmi les architectes, outre l’affaiblissement des revenus de ceux qui travaillent, mais surtout, en l’absence de plans d’aménagement et de lotissements, ce projet inciterait à la construction « non organisée » sur le territoire tunisien », renchérit Ilyes Bellagha, architecte, qui semble connaître son métier sur le bout des doigts.

La principale lacune, et la cause de tous les manquements de ce projet, est qu’il a été conçu sans prendre en compte l’avis d’architectes experts, connus pour leur qualité de maîtres-d’œuvre.

« Malheureusement la participation et l’implication complète de l’ordre  des architectes aux commissions techniques du ministère de l’Equipement a été juste un comble siège et non un partenariat, vu que la concrétisation actuelle du projet se faisait sur l’image plutôt que sur son fond» souligne le président du COAT.

La preuve, la décision ministérielle unilatérale de lancer un appel d’offres international selon la formule « clés en main », « ce qui met en doute la crédibilité des travaux des commissions techniques et démontre que le choix, arbitraire, a été préalablement fait sans en aviser les membres de la commission technique».

Pour ce, la profession exprime son indignation  de recourir aux solutions préfabriquées, au moment où le pays connaît une phase critique avec un taux de chômage élevé et des problèmes de développement socio-économiques.

Une nouvelle forme de ghettoïsation

Les architectes tunisiens – en tant que connaisseurs se sont engagés à apporter leurs expertises sur la faisabilité et les aboutissants des projets qui doivent se construire sur le territoire – attirent l’attention des premiers concernés et les acteurs de la société civile, sur les grands risques non pris en compte par le Gouvernement, mis à part les risques d’aspect social que pourrait entraîner une ghettoïsation. Et pour cause, les logis préfabriqués sembleraient, aux dires des architectes connaisseurs en la matière, totalement inadaptés au mode de vie du tunisien, à tous les climats, à tous les terrains et leur coût d’adaptation peut devenir moins intéressant que de  construire par des moyens classiques.

L’architecte Salah Allala va de concert avec ses confrères, pour estimer que « les produits industriels importés, réservés principalement aux bâtiments industriels conçus pour des cas d’urgence et auxquels certaines modifications ont été apportées, afin de leur conférer un caractère humanisé pour  les injecter dans le marché local, ne peuvent guère s’adapter aux mode de vie du citoyen tunisien ».  Pareilles expériences, non adaptées au contexte sociétal local ont, par le passé, échoué. Les architectes partagent des sentiments mitigés entre l’étonnement et l’indignation.

Tous sont convaincus de l’apport bénéfique des nouvelles technologies de construction sur l’amélioration des conditions de vie du Tunisien. Toutefois, cette solution de logis implantés n’est pas en adéquation avec les besoins réels de la population. « Le Gouvernement aurait du s’investir à consolider l’industrie nationale, tout en renforçant l’aide aux entreprises de construction et la promotion des recherches scientifiques dans ce domaine, en vue d’améliorer le produit national, jusqu’à satisfaire les besoins insistants du marché avec les compétences nationales et les ressources propres du pays,» suggère l’architecte Samy Ateb.

Le COAT sépare le bon grain de l’ivraie en proposant d’encourager tout un programme d’auto-construction, permettant aux citoyens l’acquisition d’un lopin de terre viabilisé, issu de lotissements aménagés à cet effet et de matériaux locaux de construction manufacturés en Tunisie, ainsi qu’une assistance technique de la part des structures professionnelles et techniques qui leur servent d’encadrement et de suivi pour la réalisation de leur propre logement. Au-delà de la parole, le COAT s’est engagé à présenter le soutien nécessaire pour aider les citoyens à faibles revenus ainsi que ceux de la classe moyenne à disposer d’un logement décent.

Le président du COAT  appelle à préserver l’intérêt national et « la non-dilapidation des fonds publics dans une entreprise apparemment hasardeuse, étant donné que son acceptation par le citoyen, même s’il est démuni, n’est pas assurée».

Il  va même plus loin en s’interrogeant: « pourquoi s’aventurer aujourd’hui à utiliser des techniques et des matériaux qui ne sont pas disponibles sur le marché local et à se mettre dans l’obligation de faire face aux problèmes inhérents à leur adaptabilité et à leur maintenance ? »

Une interrogation à laquelle il n’a pas encore eu de réponse assez claire auprès des responsables du Gouvernement.

 

1 COMMENTAIRE

  1. il ne faut pas espérer que le gouvernement actuel   fasse  l’effort  pour  comprendre notre point de vue ; 
      ce  qui manque aux tunisiens, c’est  avant tout , trouver l’argent  pour construire  ces  logements sociaux , le gouvernement n’a pas l’argent , il a trouvé un arrangement  avec  » les quataris  » qui ont  basculé  le  problème  sur  » les turcs  » pour ensuite  facturer ce   montant   comme  aide  »  QUATARI  » au peuple tunisien ,  Aide  empoché  par   » LES   TURCS   »  ce que  nous n’en voulons   surtout  pas,  dans ces conditions .en plus  qu’est ce qu’on nous  propose , dans ce  pays méditérrannéen  culturellement  riche et diversifié ,  aux aptitudes conceptuelles aux repères  mondialement  connus , on viens par une  décisions arbitraire   imposer  un  modèle  primitif  de logement social  et  qui utilise une  technologie qui a montré ses limites  , son   incapacité  évolutive et  son   inhumanité .des conditions digne d’un  peuple affamé et sans toit  et  qui accepterai qu’un étranger  lui construise  un logis  préfa  qu’il ne peut même pas  modifier  a  son gout , comme  si ce peuple n’a ni entreprises ni un secteur de bâtiment  entier  qui attend  et  cherche du  boulot , mes confrères  , cet acte  politique est simplement une bavure  de  plus d’un  gouvernement qui  nous ignore et nous  insulte  et dire que  le  secteur du bâtiment  est une grande  partie  de son  électorat , on  ne  peut   croire  qu’une  telle  bavure  est  possible ;  on nous manque  franchement de respect  .

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