« Le recouvrement des avoirs et des biens est notre métier »

C’est votre deuxième visite en Tunisie. De quelle manière la Tunisie vous intéresse-t-elle et pourquoi avez-vous offert vos services ?

Nous sommes venus en Tunisie en mai pour rencontrer le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie et d’autres membres du Gouvernement tunisien. L’objectif était d’examiner comment nous pourrions apporter notre aide en termes de recouvrement des avoirs détournés ou volés par l’ancien président et sa famille et dispersés à l’étranger.

Notre objectif était aussi – et est – de proposer une collaboration à long terme avec les Tunisiens et d’examiner les possibilités d’investissement en Tunisie au cours des cinq prochaines années.

 Vous parlez de collaboration à long terme, qu’en est-il exactement ?

Nous sommes une entreprise d’investissement. Nous travaillons dans un consortium avec l’aide et le soutien de cabinets d’avocats et de cabinets d’expertise comptable médico-légale, qui sont dédiés à la récupération des avoirs détenus à l’étranger illégalement. Notre but est également d’aider le Gouvernement à mettre en place une plus grande transparence dans le système tunisien de services financiers.

Nous croyons au fait que les institutions financières sont la base de la croissance économique. C’est pour cette raison que nous avons eu, pendant plusieurs mois, des discussions et des réunions avec des représentants de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale et des banques locales.

Pouvez-vous revenir sur la question principale liée à la récupération des biens et actifs ?

Nous devrions commencer par la récupération des biens et avoirs, pour plusieurs raisons: le Gouvernement tunisien a besoin de ressources financières pour financer son budget, notamment l’infrastructure nécessaire à la relance de l’investissement ;  il a besoin aussi de créer des emplois.

La question du recouvrement est plus qu’un problème de besoin d’argent …

Je n’ai pas dit que le recouvrement des avoirs volés est le seul objectif. Il ya aussi une obligation morale. Nous avons proposé au Gouvernement une solution complète. Une première action a été prise par la Banque centrale. Elle a coûté près de 250.000 dollars, mais elle n’a pas, à ce jour, abouti au résultat escompté : la récupération des avoirs.

C’est un travail qui a été affecté à un petit cabinet d’avocats en Suisse.

Nous,  nous sommes un consortium représenté par plus de 110 bureaux à travers le monde. Le consortium comprend le premier et le plus grand cabinet d’avocats à l’échelle mondiale  et c’est le cinquième  cabinet d’expertise comptable dans le monde.

Nous sommes également experts dans le recouvrement d’avoirs et de gestion de placements.

 Au cours d’une période initiale de 9-10 mois, notre consortium va dépenser dix millions de dollars pour récupérer les avoirs de la Tunisie. Nous sommes confiants, grâce à un logiciel que nous avons développé qui a coûté près de 25 millions de dollars et qui sera en mesure de fournir un service beaucoup plus efficace que les autres entreprises.

Avez-vous une idée des montants transférés illégalement à l’étranger?

Grâce aux données analysées et aux enquêtes, nous estimons la valeur des montants entre 3 à 5 milliards de dollars. Selon une rationalisation des contrats, ce capital peut atteindre 15 milliards de dollars.

Notre approche est différente de celle d’autres entreprises. Le recouvrement des avoirs et des biens est notre métier. Nous faisons appel aussi aux ressources locales.

Pour le cas de la Tunisie, nous voulons former des personnes qui travaillent avec nous et créer des possibilités d’emploi. Nous avons un barème des honoraires basés sur le succès de notre travail parce que nous faisons confiance en nos experts.

Le sentiment qui prévaut en Tunisie, c’est qu’il est très difficile de récupérer cet argent. Etes-vous sûr que votre mission va réussir ?

C’est compréhensible par manque de confiance des Tunisiens quant à ces actions, parce qu’ils n’ont pas constaté de réels progrès au cours des 9 derniers mois, mais nous pouvons prouver notre réussite dans des cas similaires.

Une partie de nos frais seront réinvestis en Tunisie,  à travers de grands projets, afin de démontrer notre engagement à long terme envers la Tunisie.

Quelles furent les réactions de responsables tunisiens que vous avez rencontrés lors de votre visite en mai dernier ?

Nous n’avons pas rencontré le chef du Gouvernement tunisien, ni le président de la République, mais nous nous sommes entretenus avec leurs conseillers.

Le gouverneur et les cadres de la Banque centrale de Tunisie ont été très intéressés par notre proposition et ils nous ont demandé si nous pouvions travailler avec le cabinet d’avocats suisse avec qui ils ont discuté de cette collaboration. Notre relation avec la Tunisie sera durable (pendant 20 ans et plus).

Pourquoi la Tunisie ?

Nous avons identifié, parmi les pays du printemps arabe, la Tunisie, car c’est un pays très stable, qui dispose d’une bonne logistique et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. C’est également une porte d’entrée  en Afrique. L’environnement est propice à l’investissement dans toute la région. La Tunisie peut servir d’exemple et de vitrine.

Nous avons également tenu des réunions avec des hommes d’affaires, des banquiers et des avocats. Ils sont intéressés et ils veulent s’associer avec nous. Notre approche est un excellent exemple d’un partenariat à long terme, valable pour toute la région de l’Afrique du Nord.

Quel type de solutions préconisez-vous ?

La solution dépend seulement des litiges, mais  il y aura toujours des solutions et des accords pour les  régler.

Nous travaillons en toute transparence et nous sommes prêts à organiser des réunions régulières avec les représentants du secteur financier, les médias et les ONG de la place, pour leur donner un aperçu de la progression de nos efforts.

On vous prête l’intention de prendre une participation dans une banque locale. Avez-vous une idée claire des institutions financières qui pourraient vous intéresser ?

Oui. Il est avantageux de prendre des participations dans une ou plusieurs institutions financières. Nous avons demandé les conseils et les recommandations du ministère des Finances et de la Banque centrale de Tunisie. Puis, nous avons établi une courte liste.

Notre plan d’action comprend l’ouverture d’une banque régionale d’investissement pour couvrir plusieurs pays africains, y compris la Tunisie et la Libye.

Nous allons commencer ce travail au cours du premier trimestre de 2013. Nous avons aussi l’intention de lancer un fonds de private equity en Afrique du Nord en 2013.

Nous sommes intéressés par le secteur des TI, les énergies renouvelables ainsi que par d’autres activités de services. Nous sommes en discussion avec des cadres commerciaux et financiers en ce qui concerne toutes ces questions.

Que pensez-vous de l’avenir politique de la Tunisie ?

Le recouvrement des avoirs et des biens est une étape nécessaire. La Tunisie semble vouloir un système basé sur la méritocratie, et c’est très bien.

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