Desertec industrial initiative, un projet rentable, durable et fédérateur!

Dans cette interview, René Buchler, coordinateur Afrique du Nord de l’initiative industrielle Dii, apporte des informations sur l’état d’avancement du projet décrit dans l’étude Desert Power 2050 et nous éclaire sur les différents objectifs poursuivis, ainsi que sur les conditions à réunir pour faciliter sa mise en œuvre, dont la création d’un organisme maghrébin commun, capable de faire avancer la coopération entre les partenaires maghrébins.  

Vous êtes actuellement en Allemagne pour débattre avec vos partenaires des résultats de l’étude Desert Power 2050. En quoi consiste concrètement cette analyse?  

J’aimerais tout d’abord mentionner qu’une deuxième conférence de presse sera organisée à Tunis, le 4 juillet prochain, pour poursuivre le débat sur  Desert Power 2050.

Dii est une initiative lancée par un groupe d’industriels internationaux. Elle publie aujourd’hui une étude sur un réseau d’énergie interconnecté en EUMENA (Europe, Moyen-Orient, Afrique du Nord),  basé sur les énergies éolienne, solaire et hydraulique à 90 % et qui permet d’approvisionner de manière constante tous les pays de la région EUMENA,  24 h/24, 365 jours/an.

Une fois réalisé,  un tel système permettra à tous les pays de réaliser des économies considérables et de bénéficier  d’un approvisionnement d’énergie propre, sûr et viable.  Sur le plan économique, l’offre et la demande d’énergie renouvelable sont complémentaires au sud et au nord tout au long de l’année. La sécurité énergétique est ainsi renforcée à travers l’interdépendance et la complémentarité des différents pays de la région EUMENA.

Tous les pays pourront également profiter de la création  de nouvelles industries en EUMENA, de nouvelles perspectives d’emploi de part et d’autre de la région et bénéficier d’un véritable transfert de connaissances.

Le projet de créer un système intégré en EUMENA est donc encore en phase d’étude?

Nous travaillons actuellement sur les projets  de référence qui démontrent la faisabilité de notre vision. L’objectif que nous nous sommes fixé c’est de réduire, d’ici 2050, l’utilisation des énergies fossiles en les substituant par des énergies renouvelables provenant de fermes éoliennes qui devraient être installées en mer du Nord, mais aussi et en grande partie, de centrales énergétiques solaires et éoliennes installées dans les déserts de la région sud de la Méditerranée. Selon les études effectuées, jusque-là, les coûts des énergies renouvelables seront  largement compétitifs et inférieurs à ce que coûteront en 2050 les énergies fossiles.

Qui sont les  partenaires de ce projet?

Comme je l’ai déjà souligné, ce projet est une initiative lancée par un groupe d’industriels internationaux (55 entreprises de différents pays).  Nos premiers partenaires sont  les autorités des pays concernés. Dans chaque pays, nous avons des partenaires qui nous ont été proposés  par le gouvernement de ce pays.

En Tunisie, et selon  la  convention de coopération  que nous avons signée avec le ministère de l’Industrie, notre partenaire direct est la STEG Energies Renouvelables.

Comment jugez-vous le degré d’implication des autorités tunisiennes dans ce projet?

Après  un an et demi de travaux en Tunisie, je peux vous dire que  nous avons constaté une très grande sensibilité et un très grand intérêt de la part des autorités tunisiennes. Les conversations vont bon train et nous ne pouvons que nous féliciter  de l’excellente coopération entre les autorités tunisiennes et nous.

La  Révolution tunisienne n’a-t-elle pas perturbé vos travaux?

Ce dont nous avons besoin ici  c’est du  soleil. Le soleil a suivi  la Révolution,  il l’a applaudie et  il  n’a pas cessé de briller et d’illuminer  le  ciel de la Tunisie. De ce côté-là, nous n’avons donc pas de problème.

Effectivement, les quelques mois de fluctuations, qui ont suivi le 14 janvier 2011 et précédé la mise en place de nouvelles autorités, ont comme pour tout le monde quelque peu bousculé notre quotidien.  Mais, nous avons su nous adapter à cette nouvelle donne et  nous sommes aujourd’hui dans les clous.

Vous êtes-vous fixé un calendrier?

Avec cette étude, nous nous sommes déjà fixés un objectif. Nous allons nous atteler maintenant, dans un deuxième volet de l’étude qui sera intitulé « Getting started », au calendrier qui décrira d’une manière précise les phases d’élaboration de ce projet, identifiera les différents contributeurs (gouvernements, sociétés industrielles, producteurs et distributeurs d’électricité) et fixera les responsabilités et les tâches de chaque intervenant.

Quelles sont les modalités de coopération entre les différents partenaires à l’échelle régionale?

C’est justement l’un des sujets sur lequel nous devons nous pencher actuellement. Nos discussions sont menées actuellement, séparément,  avec nos  partenaires dans chaque pays. Pour la partie européenne, nous avons la chance d’avoir la Communauté européenne qui regroupe tous les pays concernés et qui facilite la coopération entre les partenaires européens.

Au niveau du Maghreb, les pays de l’Afrique du Nord devront tôt ou tard prendre conscience du caractère régional de ce projet, qui concerne le partage équitable des ressources énergétiques au niveau de la région, l’utilisation commune des voies de transmission, l’échange inter-frontière de l’énergie… Nous espérons voir  bientôt se créer un organisme ou une association qui nous permettra de discuter à l’échelle régionale de la coopération entre ces trois pays (Tunisie, Maroc, Algérie) et accélérer la cadence du projet. J’espère que nous arriverons, à travers  ce projet, à renforcer les liens entre ces pays voisins.

Desert Power 2050 se veut donc un projet fédérateur!

Rapprocher les pays de la région EUMENA et les amener à collaborer ensemble, c’est l’un des objectifs de Desert Power 2050.  Tous les pays profiteront de leur rattachement à un vaste système énergétique intégré. En outre, la complémentarité de leurs rôles aboutit à une situation d’interdépendance, dans laquelle aucun pays ne dépend directement d’un autre, mais où tous les pays dépendent du système dans son ensemble et apprennent  à mieux comprendre leurs intérêts communs.

Une tentative de faire renaître de ses cendres l’Union pour la Méditerranée? 

Une bonne politique doit toujours reposer sur des projets concrets et simples, qui préservent la planète et profitent à l’humanité.  Les projets poursuivis par la Dii en font définitivement partie!

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