Le G20: symbole du nouveau monde

Crédits photo : BERTRAND LANGLOIS/AFP

La fin du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est tenu à Los Cabos (Mexique) est l’occasion de s’interroger sur la nature, l’objet et l’intérêt du G20. Alors qu’il est de bon ton de le critiquer, l’existence même du G20 témoigne de la mutation des équilibres économiques mondiaux et s’accompagne ainsi d’une évolution de l’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance mondiale.

Si l’acte de naissance du G20 date du Sommet de Pittsburgh du 25 septembre 2009 – en pleine crise financière internationale – cette nouvelle figure de la gouvernance mondiale s’inscrit dans une dynamique historique qui remonte au milieu des années 70, période qui marque la fin des Trente Glorieuses avec la survenance de « chocs pétroliers ». Son ancêtre, le G6, s’est réuni pour la première fois le 15 novembre 1975 à l’initiative du président de la République française Valéry Giscard d’Estaing, dans le but d’offrir un cadre de concertation et de négociation internationales au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Nicolas Sarkozy tente de s’inscrire dans cette lignée: il aime ainsi à répéter que le G20 est également une « création française ».

Entre temps, l’élargissement du cercle originel – composé par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Allemagne et le Japon – a été progressif. Si le Canada fut admis dès juin 1976, créant ainsi le G7, il faudra attendre la fin du bloc de l’Est et la dissolution de l’Union soviétique pour que le G7 se mue progressivement en G8. Après une seule et unique participation au G7 (en juillet 1991), l’Union soviétique sera remplacée par la Russie, qui deviendra membre à part entière de ce club des puissances occidentales en 1998. L’année suivante, la crise financière asiatique est l’occasion de la première réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des vingt futurs Etats membres du G20.

Les crises chroniques de l’économie et de la finance internationales sont à l’origine d’une institutionnalisation de la gouvernance mondiale au-delà du simple cadre onusien. La pertinence du cadre offert par le Conseil de sécurité n’a pas résisté à la mutation de la géopolitique mondiale. La donne a changé avec la fin de la guerre froide et l’émergence de nouvelles puissances dans un monde multipolaire et interdépendant.

Dans ce contexte, le G20 permet un échange interétatique et multilatéral plus ouvert, plus équilibré et plus représentatif de la nouvelle scène internationale. Le G20 est formé des vingt premières puissances économiques mondiales qui représentent environ 90% du Pib mondial, alors que les économies du G8 en réunissent moins de 60%. La réunion de puissances occidentales et de puissances émergentes renforce la légitimité de ce nouvel instrument de la gouvernance mondiale, même si leurs intérêts propres demeurent le plus souvent contradictoires. Le G20 offre un nouveau cadre de coopération et de concertation internationales, mais n’est pas un organe décisionnel au sens formel du terme. Il ne détient pas de pouvoir de décision: ses actes ne bénéficient pas de la force juridique contraignante et donnent lieu à des recommandations. Son leadership politique repose sur sa capacité à dégager des accords consensuels entre les principales puissances économiques mondiales.

La composition du G20 reste déséquilibrée. Le monde occidental est sur-représenté, alors que certaines régions du monde sont quasi absentes. Le poids des Etats de l’Europe occidentale (Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) témoigne de cette sur-représentation occidentale. L’affirmation de puissances émergentes se traduit par la participation de trois pays d’Amérique centrale/du sud (Mexique, Brésil et Argentine) et de six Etats d’Asie-Pacifique (Chine, Inde, Japon, Indonésie, Corée du Sud et Australie). L’Afrique (Afrique du Sud), le Moyen-Orient (l’Arabie Saoudite et la Turquie) et l’Asie continentale (Russie) sont sous-représentés. Le critère premier de représentation est d’ordre économique et ne relève pas d’une logique de justice démocratique.

Toutefois, la crise que traverse l’Europe semble redistribuer les cartes et redéfinir les rapports de force. Ainsi, lors du dernier G20 tenu à Los Cabos, les Européens ont été mis en cause pour leur incapacité à apporter une réponse efficace à la crise de la dette. Ils sont relégués par la montée en puissance des Bric, les pays émergents les plus dynamiques (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

En annonçant une contribution substantielle à l’augmentation des ressources du Fonds monétaire international destinées à contraster la faiblesse de l’euro, ils risquent d’obtenir une augmentation des voix au sein de cette institution, aux dépens de l’Europe. Un déclin économique précède souvent un déclin politique…

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