De l’Union au Pacte pour la Méditerranée

De l’Union au Méditerranée L'Economiste Maghrébin

La victoire de François Hollande a été saluée par les peuples de la rive sud de la Méditerranée. Il est vrai que le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy leur laisse un goût amer… Les obsessions identitaires et sécuritaires qui ont sous-tendues les discours de Nicolas Sarkozy ont eu une résonance directe et négative sur l’image de la France. C’est sa crédibilité même qui a été sérieusement éprouvée par les atermoiements de Nicolas Sarkozy lors des premiers soulèvements des peuples arabes et par l’échec de l’Union pour la Méditerranée (Upm). Dans ce contexte, le projet d’intégration méditerranéenne reste encore à définir.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Méditerranée est un espace fragmenté, traversé par des lignes de fractures politiques ou idéologiques nourries par la Guerre froide, les crises de décolonisation et le conflit israélo-arabe. En réaction à cette situation, une série de projets d’intégration méditerranéenne sont nés. Ces projets sont divers, tant dans leurs motivations que dans leurs dimensions supposées, y compris géographiques. Un tournant semble se dessiner avec le lancement, en 1995, du partenariat Euromed ou ” Processus de Barcelone “. Celui-ci a donné naissance à une alliance reposant sur les principes de l’appropriation commune, du dialogue et de la coopération. La déclaration de Barcelone, faite à l’issue du sommet constitutif, énonce les principaux objectifs de ce partenariat : construire ensemble un espace de paix, de sécurité et de prospérité partagées. Pour y parvenir, elle prévoit des actions dans les domaines politique, économique, financier, culturel et social. Euromed est fondé sur les rapports de paix entre ces Etats qui ont des intérêts communs, ainsi qu’un long passé d’échanges mutuels. Au niveau économique, le processus vise à l’instauration d’un marché de libre-échange en 2010. Cet objectif a été réaffirmé lors du sommet de Barcelone de 2005. En 2005, l’immigration et la lutte contre le terrorisme sont devenus les domaines prioritaires du partenariat. Si le Processus de Barcelone a initié un projet d’intégration régionale en Méditerranée, ce processus d’intégration n’en est encore qu’ à ses débuts et a surtout pris la forme d’une coopération politique, économique et culturelle présentant de nombreuses limites. C’est ainsi que le président français Nicolas Sarkozy a proposé quelques mois après son élection (mai 2007) la création d’une “Union méditerranéenne”, rebaptisée par la suite “Union pour la Méditerranée” (Upm). Inscrite dans la continuité du processus de Barcelone, l’Upm constitue une occasion de relancer l’intégration euro-méditerranéenne.

La nécessité de repenser les fondamentaux de la coopération entre le Nord et le Sud du bassin méditerranéen suppose une refonte de l’Union pour la Méditerranée (Upm), en faveur d’un projet intégrateur fondé notamment sur une dimension politique assumée. Au lieu de nourrir le malentendu autour de l’idée d’une “union” des deux rives, il serait plus judicieux de conclure un pacte de coopération et de solidarité limité aux Etats des deux rives de la Méditerranée.

Les insuffisances structurelles et l’ambiguïté des objectifs de l’Upm interrogent sa propre raison d’être. Union mort-née, l’Upm est aujourd’hui une coquille vide, incapable d’impulser une quelconque dynamique. Impensable jusqu’alors, la “problématique démocratique” s’impose désormais dans des relations d’égal à égal avec les démocraties naissantes. Certes, il convient d’éviter tout discours teinté de néocolonialisme et investi d’une sorte de “mission civilisatrice”. Il n’empêche, une démarche d’intégration méditerranéenne doit s’inscrire – aujourd’hui plus que jamais – dans le sens des aspirations démocratiques des peuples arabes. Le soutien des démocraties naissantes suppose des financements significatifs – alimentés par une Banque euro-méditerranéenne, s’interroge-ton? – suivant une logique de co-développement qui est de l’intérêt de tous. Ceci suppose de renforcer la dimension politique et de développer des projets à la hauteur des défis économiques, écologiques et humains existants. Nous avons soulignés ici quelques conditions de l’émergence d’une région méditerranéenne intégrée, capable de répondre à ces défis. C’est un enjeu majeur, pour ne pas décevoir les attentes des populations qui ont fait son histoire et sa richesse.

L’acte de décès de l’Upm peut être l’acte fondateur d’un pacte fondé sur des valeurs et principes communs, un pacte motivé par un objectif de solidarité et de développement. La réalisation d’une véritable intégration régionale est à ce prix.

1 COMMENTAIRE

  1. Ne tirons pas trop vite sur un corbillard… qui n’existe pas! Car il n’est pas mort le projet UpM. Militons plutôt pour qu’il soit doté d’un budget et d’un plan d’action solide basé sur des projets de co-développement judicieusement choisis. Du reste, appeler ce projet comme vous voulez,union ou pacte,n’oubliez surtout pas qu’il ne vivra que si on y croit. Vraiment.

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