« Tunisie : Economie politique d’une révolution »

“Tunisie : Economie politique d’une révolution” - Hakim Ben Hammouda

La révolution tunisienne a inspiré les écrivains pour raconter le tournant historique, celui de la renaissance d’un monde arabe libre et démocratique. Plusieurs ouvrages consacrés à cette révolution ont paru ces derniers mois, dont la majorité a été ancrée dans l’actualité. Mais cette fois-ci, l’économiste tunisien spécialiste des questions de développement et d’économie internationale, Hakim Ben Hammouda, a opté, dans son dernier livre intitulé « Tunisie: Economie politique d’une révolution », pour l’analyse.

L’ouvrage paru tout récemment chez l’éditeur belge De Boeck a été présenté récemment, lors d’un déjeuner de presse organisé par la délégation Wallonie Bruxelles à Tunis.

M. Ben Hammouda explique, dans son nouveau livre, les origines profondes de la révolution en Tunisie. Il estime que le fait de s’immoler par le feu de la part de  Mohamed Bouazizi  exprime des frustrations de longue date liées aux inégalités sociales et régionales, à la corruption, au népotisme et au chômage. Ces frustrations trouvent leurs origines dans les limites de l’expérience de la modernisation menée depuis les années 70 par Habib Bourguiba, le premier président de la Tunisie indépendante puis par son successeur.

Par ailleurs, l’auteur traite dans son livre de la modernisation économique conjuguée à l’autoritarisme politique dans les années 70, de la tentative d’ouverture et de réformes dans les années 80 puis de l’avènement du régime de Ben Ali et sa transformation progressive en dictature, en dernier il présente les effets de la crise globale sur la crise du régime tunisien.

Il a, de ce fait, constaté que la révolution tunisienne est le pur produit d’une conception tronquée de la modernisation telle que menée par les élites politiques depuis l’indépendance. « Ceux qui ont pris le pouvoir après l’indépendance ont mené la bataille de la modernisation de l’économie et des structures de l’Etat. Ils ont, toutefois, oublié une dimension importante de la modernisation : la démocratisation de la vie politique et le respect des libertés publiques et individuelles », précise Hakim Ben Hammouda, en ajoutant que « ce qui a desservi l’ancien régime est, en fait, son incapacité à se réformer de l’intérieur ».

Il estime, entre autres, que les occasions manquées de la démocratisation de la vie politique se sont présentées aussi bien sous le règne de Bourguiba que de Ben Ali.

D’autre part, l’auteur indique que l’essoufflement du modèle économique tunisien constitue la deuxième explication de l’effondrement de l’ancien régime. « Le modèle de développement, naguère considéré comme véritable force d’appui pour le régime politique, est devenu son fossoyeur », explique-t-il. La corruption qui s’est développée dès le début des années 90 et qui a bénéficié aux cercles les plus proches du pouvoir a été, toutefois, à l’origine de l’accumulation de grandes fortunes dans un temps très limité et surtout d’une main mise sur d’importants secteurs économiques, notamment dans le domaine bancaire, le tourisme, la construction immobilière…

Le népotisme a aussi freiné les investissements privés. Touché par l’incertitude et les inquiétudes croissantes liées aux pratiques de la corruption et au manque de transparence, le secteur privé a réduit ses investissements et ses prises de risques sur le futur. Ainsi, les blocages de la transition vers une croissance intensive en capital ont été à l’origine de l’aggravation du chômage et particulièrement celui des diplômés. Les blocages du modèle économique tunisien ont été renforcés dès 2008 par la crise globale dont l’onde de choc a touché de plein fouet le pays très ouvert sur l’extérieur. Plusieurs facteurs ont causé le déclenchement de la révolution, mais les défis sont majeurs à court, moyen et à long termes.

Sur le court terme, le premier défi est lié, selon l’auteur, à l’explosion de revendications sectorielles que le régime autoritaire a réussi à contenir et qui explosent aujourd’hui et exigent des solutions. Le second est d’ordre sécuritaire. Il est lié au démantèlement de l’ancien appareil sécuritaire reposant sur les anciens clans mafieux et aux difficultés de le reconstruire. Le troisième défi est lié aux difficultés de fonctionnement des institutions.

À moyen et long terme, trois autres enjeux ont été indiqués dans cet ouvrage, dont le premier est lié aux réformes politiques et à l’instauration d’un nouveau régime démocratique. Le second enjeu est d’ordre économique et concerne la définition d’un nouveau modèle de développement qui assure une véritable transition vers l’économie du savoir et des nouvelles technologies. Enfin, le dernier enjeu de taille est celui de l’émergence d’une nouvelle élite politique.

Dans les derniers pages de son livre, M. Ben Hammouda n’a pas manqué d’y ajouter une chronologie dans laquelle il a repris les dates les plus importantes de l’histoire politique et économique de la Tunisie, regroupées selon les grandes périodes historiques.

1 COMMENTAIRE

  1. Nul besoin d’être un grand « savant » ou analyste patenté pour comprendre la Révolution Tunisienne ! Le Peuple Tunisien à vécu depuis son indépendance,d’abord sous un régime de népotisme « éclairé »,puis sous une dictature mafieuse,et n’importe quel Peuple au Monde aurait fini par vouloir s’en débarrasser !! Ensuite,si les nouveaux gouvernants ne comprennent pas qu’il faut par tous les moyens supprimer les disparités incroyables qui existent entre les régions de l’intérieur laissées pour compte,et la frange côtière privilégiée,alors,la révolution n’aura servie à rien! Le gouvernement actuel,transitoire et provisoire,ne semble pas avoir compris les enjeux de cette transition qui demandait des mesures rapides et fortes vers ces régions déshéritées(qui ont pourtant votées pour eux !)et le désenchantement qui à fait place à l’euphorie de l’après-révolution risque de se transformer en un ressentiment qui conduira à une nouvelle révolution beaucoup moins « paisible » celle là !!

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