Vers un « pacte de croissance » européen

Vers un “pacte de croissance” européen

Les dernières déclarations du président de la Banque centrale européenne (BCE) ont provoqué une véritable onde de choc en Europe. En effet, Mario Draghi, tenant de l’orthodoxie budgétaire et financière, vient pourtant de se prononcer en faveur d’un  » pacte de croissance  » européen.  » Nous avons un pacte budgétaire (…) nous devons revenir en arrière et en faire un pacte de croissance « , a-t-il déclaré lors d’une audition au Parlement européen à Bruxelles. Certes, fidèle à sa doctrine, il demeure opposé à une relance par la dépense publique. Il n’empêche, à travers cette prise de position, le président de la BCE prend acte des limites économiques, mais aussi du coût politique et social d’une stratégie axée sur le seul principe d’austérité consacré par le traité sur la stabilité financière (le fameux  » pacte budgétaire européen « ). Les peuples grec et espagnol peuvent en témoigner … Un constat de plus en plus partagé, puisque la position de Mario Draghi est loin d’être isolée en Europe.

 

Le choix d’une stratégie européenne de croissance est l’un des axes majeurs du programme de M. François Hollande, le candidat socialiste à l’élection présidentielle en France, qui critique le traité sur la stabilité financière (signé par Nicolas Sarkozy) à cause de l’absence d’un dispositif propre à la relance de la croissance en Europe. Ainsi, dans le cas où il serait élu le 6 mai, le pacte budgétaire devrait être complété par un pacte de croissance (sous la forme d’un protocole adjoint au premier). D’abord isolée et minoritaire, la position de M. François Hollande est désormais soutenue par de plus en plus de dirigeants en Europe. Au sein de l’Union, Jean-Claude Juncker, chef de file de la zone euro, plaide pour une  » stratégie de croissance  » en vue de faire redémarrer l’économie européenne. «  Ce n’est pas nécessairement une affaire de traité, mais c’est une affaire à traiter « , a-t-il ajouté en conférence de presse. Le quotidien espagnol El Pais a même évoqué la mise sur pied d’un  » Plan Marshall « , afin de redynamiser certains secteurs de l’économie – 200 milliards d’euros seraient ainsi investis dans des projets d’infrastructure, les énergies renouvelables et les technologies de pointe. Même si cette information a été infirmée par Bruxelles, Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur, s’est déclaré  » favorable à ce que l’on prépare une initiative de croissance en plus des accords conclus sur la discipline budgétaire  » (entretien publié lundi par le journal allemand Die Welt).

 

Parmi les Etats membres, l’Espagne, le Portugal et bien sûr la Grèce sont ouverts à la nouvelle démarche. Aux Pays-Bas, le débat sur la rigueur imposée par le traité européen a fait chuter le gouvernement le 23 avril dernier. Si la chancelière allemande Angela Merkel refuse toute renégociation du Pacte budgétaire européen, elle a néanmoins reconnu que l’Europe a «  besoin de croissance, de croissance sous forme d’initiatives pérennes, pas juste de programmes de conjoncture – qui creuseraient encore la dette publique – mais de croissance, sous forme de réformes structurelles « . Après avoir rappelé qu’il était hors de question de  » renégocier  » le pacte budgétaire, elle a déclaré qu' » un agenda croissance pour le sommet européen  » se tiendra les 28 et 29 juin prochains. Son ministre des Finances, M. Wolfgang Schäuble, a précisé que le débat sur le soutien à l’investissement serait à l’ordre du jour de cette réunion des chefs d’Etat et de gouvernement. Malgré cette convergence inattendue entre le probable futur président français et la chancelière allemande, une opposition doctrinale persiste, en ce sens où la chancelière s’oppose à une approche  » keynésienne  » de relance économique par les dépenses publiques.

 

Quoiqu’il en soit, les contours d’un pacte européen de croissance se dessinent progressivement. La conclusion d’un tel pacte dépend en grande partie des résultats de l’élection présidentielle en France. Mais l’Europe a-t-elle vraiment le choix ? Enfin, la question n’intéresse pas les seuls européens. Les initiatives en faveur d’une politique européenne de relance économique concerne directement ses voisins, tant l’interdépendance régionale est l’une des conséquences fondamentales de la globalisation. Autrement dit, l’enjeu du débat actuel ne devrait pas laisser insensibles les Etats et peuples du Maghreb.

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