“Le 1er mai 2012 sera la date d’une marche symbolique organisée par l’Ugtt”

“Le 1er mai 2012 sera la date d’une marche symbolique organisée par l’Ugtt”

*Cette interview a été publiée dans le magazine l’Economiste maghrébin paru le 18 avril*

Il a fait ses classes, dès son jeune âge, à l’Ugtt. Aujourd’hui, Belgacem Ayari est le secrétaire général adjoint à l’Ugtt, chargé du secteur privé. Il est l’un des hommes forts de la Centrale syndicale et de ce fait, il en sait long sur tout ce qui relève de la matière. Il est surtout conscient du poids que pèse l’Union sur la vie socio-économique et politique du pays. C’est ce qui explique son franc-parler, lorsqu’il s’agit de donner la position de l’Ugtt quant aux exactions commises à l’avenue H. Bourguiba, ou sur le gouvernement qui semble récalcitrant et dont on dit qu’il traine pour entamer les négociations sociales.


L’entretien ne manque pas de mordant, à l’image de l’homme qui fait aujourd’hui frémir plus d’un chef d’entreprise.


L’Economiste Maghrébin: Quelle est la position de l’Ugtt au sujet de la réaction assez violente de la police, lors de la manifestation du 9 avril ?

Belgacem Ayari: Les violences du 9 avril ne sont pas les premières du genre. Il y a eu plusieurs fois un recours abusif à la force contre les journalistes, les activistes de la société civile, certaines personnalités politiques, des artistes…, contre l’Ugtt aussi, suite à la grève de quatre jours décidée par les agents municipaux. La position de l’Ugtt est toujours ferme en faveur de la démocratie, des droits fondamentaux et des libertés. Nous avons publié plusieurs communiqués pour dénoncer les différentes atteintes à la liberté et aux droits humains et les différents dérapages qui ont eu lieu. Outre la grande manifestation que l’Ugtt a organisée contre les agressions qui ont suivi la grève des agents municipaux et qui a eu le soutien de la société civile et de plusieurs formations politiques. 


Les choses se sont, par la suite, relativement calmées, suite à la visite de Rached Ghannouchi, président du Mouvement Ennahdha aux locaux de l’Ugtt et au message de soutien qu’il a tenu à transmettre aux responsables de la Centrale syndicale.
Tout cela pour dire que la réaction assez violente de la police, lors de la manifestation du 9 avril, n’est pas la première du genre ; c’est plutôt la goutte qui a fait déborder le vase. 


Notre communiqué là-dessus est bien clair. Nous dénonçons fermement cette manière des temps révolus, cette transgression des lois et ce recours abusif à la force des autorités  pour traiter avec les manifestants. Nous avons exigé également d’ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur ce qui s’est passé le jour de la fête des martyrs, afin d’en sanctionner les responsables.
Toutefois, ce qui nous inquiète le plus et ce qui nous semble être comme un phénomène dangereux pour la société et la démocratie, c’est la présence de milices aux côtés des forces de l’ordre, attaquant les participants à la manifestation et  les traitant des pires qualificatifs. Une pratique qu’on n’avait pas coutume de voir, même durant les temps obscurs de Ben Ali.


Je pense, personnellement, qu’aucune raison convaincante n’a été invoquée pour justifier l’interdiction des manifestations à l’avenue Habib Bourguiba. Je dirais que ce sont peut-être la symbolique du lieu et les valeurs de la révolution et de la liberté qui y sont incarnées qui échappent aux partisans d’Ennahdha. Aucun d’entre eux n’était présent le 14 Janvier 2011. 


Prétendre défendre l’intérêt des propriétaires de commerces implantés à l’avenue Habib Bourguiba par cette interdiction de manifester sur cette avenue, relève, à mon sens, de la tromperie. Car toute manifestation pour la liberté constitue un signe fort que nous envoyons aux autres pays et aux touristes sur notre degré d’avancement dans notre transition démocratique. Chose qui ne pourrait que dynamiser l’activité commerciale, touristique et économique dans notre pays.  Les commerçants qui ont soutenu cette interdiction, sont des partisans du parti Ennahdha. Dans notre communiqué, nous avons annoncé que le 1er mai 2012 sera la date d’une marche symbolique organisée par l’Ugtt à l’avenue Habib Bourguiba. Une annonce qui a bien précédé la décision de lever l’interdiction de manifester sur l’avenue.


Le Gouvernement a reculé sur sa décision d’interdire les manifestations à l’avenue Habib Bourguiba, pensez-vous que c’est un recul stratégique ou bien est-ce l’opposition qui vient de gagner la partie ? 

Ce recul, c’est le résultat de la pression populaire, de celle de la société civile et de toutes les composantes de la société tunisienne qui sont descendues dans la rue, le 9 avril, défendre leur liberté et leurs droits. Toutes les catégories sociales étaient présentes (chômeurs, travailleurs, artistes, classe aisée,…). Cette dynamique populaire a été le facteur décisif  pour pousser le Gouvernement à reculer sur sa décision.


Où en sont actuellement les négociations sociales dans les deux secteurs, public et privé ?

S’agissant du secteur privé, l’Ugtt et l’Utica se sont réunies pour aborder la question. A l’issue de cette rencontre, un accord de principe a été décidé entre les deux parties sur la nécessité de mener les négociations sociales. Une commission conjointe a été mise en place pour veiller à la préparation et au déroulement des négociations.  


Le fond,  la forme (négociations sectorielles ou générales)  et la période de ces négociations (un, 2 ou 3 ans) seront discutés lors des prochaines réunions de la commission en question. Mais comme je l’ai déjà dit, les deux partenaires sociaux, Ugtt et Utica, sont bien d’accord sur le principe. Et c’est déjà un premier pas positif.


Concernant le secteur public, les choses trainent toujours. Aucun accord n’est encore conclu. Du côté du Gouvernement, on avance toujours  comme arguments la dégradation de l’économie du pays, la chute de l’activité touristique, la situation difficile des entreprises, le déficit de la Caisse de compensation et des Caisses sociales pour justifier cette réticence à entamer les  négociations sociales. 


L’Ugtt reste cependant déterminée à mener ces négociations, surtout avec  l’augmentation excessive des prix et la dégradation du pouvoir d’achat des Tunisiens. Des négociations que nous considérons nécessaires pour créer une certaine dynamique économique et  contribuer à la reprise du  marché local, en améliorant le pouvoir  de consommation des Tunisiens.
Nous estimons aussi que ces négociations profiteront en grande partie au patronat, en  motivant  les salariés,  en apaisant  le climat social  et en leur élargissant les perspectives sur le marché local.


>Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le numéro de l’Economiste Maghrébin paru le 18 avril>

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