“Il est aberrant de vouloir privatiser les médias publics”

“Il est aberrant de vouloir privatiser les médias publics”


Des dizaines de journalistes et de citoyens ont répondu présents à l’appel du Parti Républicain et de la Voie Démocratique et Sociale, pour soutenir les médias publics en Tunisie, face aux “tentatives de domestication et de sujétion”. Ces partis centristes, nouvellement formés à la suite de la fusion de plusieurs partis de gauche, ont appelé chaque Tunisien, estimant que ” le combat de la presse est celui de la liberté “, à se rendre le 25 avril à midi, devant le théâtre municipal de Tunis. Meriem Zemzeri, une jeune journaliste stagiaire au quotidien francophone, la Presse, prenait des photos de la foule et s’arrêtait de
temps en temps pour scander “la liberté des médias”. “Je suis très préoccupée. Je suis encore débutante et je suis inquiète sur l’avenir du statut de journaliste, sur sa dignité, sur sa sécurité”, a confié la jeune stagiaire, les sourcils froncés, avant de se demander “où était Ali Laarayedh (ministre de l’Intérieur, du mouvement Ennahdha, ndlr) hier, pourquoi n’a-t-il pas protégé les journalistes des agressions, devant le siège de la télévision nationale ?”

Maya Jribi, Ahmed Brahim et des constituants de l’opposition ont été présents

Des journalistes harcelés et agressés

La veille, des journalistes de la télévision nationale ont été agressés par des sit-inneurs à la suite d’altercations verbales qui ont tourné à des accrochages physiques. Ces sit-inneurs, dont plusieurs de mouvance salafiste, campaient depuis un mois et demi devant le siège de la télévision nationale,  pour revendiquer “l’épuration des médias”. Ils s’en prenaient notamment à l’équipe de l’information d’A Wataniya 1, à qui ils reprochaient “un manque de professionnalisme et d’impartialité”. Le 23 avril, ils ont peint un slogan “La chaîne Tunis 7 (nom de la chaine nationale au temps de Ben Ali, ndlr)…A vendre” sur la clôture de l’Établissement. Cet acte, intervenu à la suite des propos du président du parti Ennahdha, Rached Ghannouchi et du député du mouvement islamique, Ameur Laâreydh, évoquant l’éventuelle privatisation des médias, a été perçu comme une “humiliation” par le personnel de la télévision. Chédia Khedhir, journaliste au journal télévisé de la chaine – dont l’audimat atteindrait, selon certains sondages, les deux millions de spectateurs  –  a estimé que les agissements des sit-inneurs étaient “le résultat de propos mal placés de plusieurs politiciens”. Après être revenue sur “la souffrance et le harcèlement quotidien” qu’elle et ses collègues ont vécu pendant 47 jours, la jeune journaliste a admis : “il est vrai qu’il y a certains manques, mais nous travaillons diligemment pour y remédier. Chacun travaille sur soi pour s’améliorer, nous lisons, nous apprenons, nous consultons constamment nos professeurs à l’IPSI et les experts de communication”. Ne cachant pas son amertume, la jeune journaliste a ajouté : “nous sommes ouverts à toutes les propositions. Nous acceptons les critiques, mais nous refusons la violence.”

“La démocratie a besoin des journalistes”


Olivia Gré, directrice du bureau Reporters Sans Frontières à Tunis, présente au rassemblement, a estimé qu’ “au niveau de la sécurité des journalistes, il y a des problèmes et que la situation est difficile”. Concernant les propos des politiciens nahdhaouis, la responsable de l’ONG internationale a insisté sur le fait que “par principe, il est aberrant de vouloir privatiser les médias publics”. “Les médias publics ont le droit d’exister”, a-t-elle avancé. Rappelant que le service public d’information est important en période de transition et que la démocratie a besoin des journalistes, Olivia Gré a toutefois souligné que “la mise à niveau du secteur de l’information prend du temps et qu’il y a des efforts à faire”.

“Les médias publics ont le
droit d’exister”

Au lendemain des évènements du 14 janvier, plusieurs efforts ont été fournis pour réformer le secteur de l’information. Ce sont  notamment ceux de l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (INRIC). Au bout de 11 mois de travail, l’INRIC a formulé des recommandations, en tête desquelles figure la promulgation des textes d’application relatifs aux nouvelles législations. Il s’agit du décret-loi n° 115 de l’année 2011, daté du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de presse, d’édition et de
publication et du décret-loi n° 116 de l’année 2011, daté du 2 novembre 2011, relatif à la liberté de communication audiovisuelle et à la création d’une Haute autorité indépendante de la communication  audiovisuelle (HAICA). Néjiba Hamrouni, présidente du syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), a dénoncé, au cours du rassemblement,  l’absence de la volonté politique de vulgariser ces lois et a réitéré son refus des propos portant sur la privatisation des médias publics.

Le rassemblement de protestation a duré une heure et demie. Dans la journée de ce 25 avril, les sit-inneurs ont levé volontairement leur sit-in. Quatre directeurs de chaines radios publiques ont démissionné. Ils dénonçaient la nomination par le gouvernement d’un technicien, à la tête de l’Établissement de la radio nationale.

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