L’Union pour la Méditerranée : l’échec de Nicolas Sarkozy

L’Union pour la Méditerranée : l’échec de Nicolas Sarkozy

Lancée en grande pompe lors du Sommet de Paris du 13 juillet 2008, l’Union pour la Méditerranée (UPM) devait incarner le volontarisme et le savoir-faire diplomatique de Nicolas Sarkozy. Le spectacle offert à cette occasion contraste avec le silence actuel de l’Elysée. Il est vrai que la créature élyséenne est dans un état de mort clinique. La chose de Nicolas Sarkozy lui a échappé, pour muer en un objet européanisé. Dernier indice en date de cette mutation : la France vient d’abandonner la co-présidence de l’UPM au profit de l’Union européenne. Le symbole est fort et sonne comme un échec personnel pour Nicolas Sarkozy : c’est une manière d’être, de voir et de faire qui est sanctionnée.

Outre les insuffisances structurelles et l’ambiguïté des objectifs – dans la déclaration finale du Sommet de Paris – l’UPM paie ses pêchés originels. Sur la forme, le manque de préparation et de concertation préalable autour d’un projet franco-français a entraîné une levée de bouclier, des Européens en général et des Allemands en particulier. Sur le fond, l’initiative française avait manifestement sous-estimé les différends interétatiques qui animent la rive sud de la Méditerranée : le conflit israëlo-arabe a été ravivé par l’opération militaire de Tsahal dans la bande de Gaza, le cas du Sahara place les relations entre le Maroc et l’Algérie sous tension continue… Enfin, la puissance de l’onde de choc des soulèvements populaires qui traversent le monde arabe a sonné le glas de l’UPM ” version française “. Faut-il le rappeler, Nicolas Sarkozy s’était appuyé sur deux chefs d’Etats autoritaires pour légitimer son initiative. Désormais déchus, les présidents Ben Ali et Moubarak avaient activement soutenu la création de l’UPM. Bachar Al Assad avait lui-même été convié à l’Elysée pour le Sommet de Paris, alors que Mouammar Kadhafi avait rejeté l’invitation… Face à la nouvelle donne régionale et l’aspiration démocratique des peuples du Sud de la Méditerranée, les chefs d’Etat et de gouvernement européens sont réticents à l’idée de s’afficher aux côtés des dictateurs encore en place. Le report sine die du second sommet de l’UPM témoigne d’un enlisement institutionnel et politique. Non seulement, la créature de l’Elysée n’est plus la chose de la France, mais elle se trouve – plus que jamais – reléguée au second plan par les Européens et par des Arabes eux-mêmes, perplexes face à cette coquille vide.

Ainsi, au-delà d’un problème de gouvernance, l’UPM est confrontée à une crise existentielle. Au départ, l’organisation devait dépasser les partenariats euro-méditerranéens jusque là expérimentés, en insufflant une impulsion nouvelle au ” processus de Barcelone “. Il s’agissait de renforcer les liens entre les pays riverains de la Méditerranée et de faire de cette aire géographique et culturelle un espace de coopération et de solidarité. La démarche se voulait ” pragmatique “, se concentrant sur des projets à vocation purement technique : la gestion de problèmes environnementaux (comme la dépollution de la Méditerranée), le développement de l’énergie solaire entre les deux rives, l’amélioration de la gestion de l’eau. Or, malgré cette forme d’autolimitation et de modestie de l’ambition affichée, le bilan fonctionnel est famélique. Les peuples de la Méditerranée peuvent témoigner de l’absence de réalisations susceptibles de matérialiser le discours de l’Elysée. Désormais, plus que jamais, toute raison d’être d’un quelconque projet d’intégration méditerranéenne doit s’inscrire dans la lignée des aspirations démocratiques des peuples arabes. La responsabilité européenne consiste à accompagner l’aggiornamento politique qui se joue sur la rive sud. A cette fin, des financements significatifs doivent être consentis afin que les processus de transition démocratique s’accompagnent d’une transition économique et sociale.

Partant, l’acte de décès du projet originel peut être l’acte fondateur d’une Union repensée. Cette perspective suppose de se départir des obsessions sécuritaire et migratoire, en faveur d’un authentique projet d’intégration, au sein d’un espace euro-méditerranéen dont les peuples sont – plus qu’ailleurs – liés par une communauté de destin.

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Béligh Nabli est directeur de recherche à l’Institut de Recherche International et Stratégie (IRIS, Paris). Il a suivi des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, avant d'obtenir son doctorat à l’Institut Universitaire Européen (IUE, Florence). Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles portant sur la France, l’Europe et la Méditerranée. Son dernier ouvrage s’intitule L’Etat. Droit et politique (Armand Colin, Coll. U, 2017).

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