Les diplômés chômeurs ont bravé l’interdiction de manifester

Les diplômés chômeurs ont bravé l'interdiction de manifester

L’ambiance était tendue et la présence policière importante à l’entrée de l’avenue Habib Bourguiba, dans la matinée du samedi 7 avril.

Interrogés par l’Economiste Maghrébin, des diplômés chômeurs portant des tee-shirts de l’UDC, ont expliqué qu’ils étaient là pour rappeler leur cause et pour contester les critères de recrutement annoncés par le gouvernement.  » J’ai 37 ans, j’ai eu une maitrise en mathématiques en 2004. Pensez-vous que je suis capable de passer une QCM après toutes ces années?  » déclara Abderrahim.  » Il faut prendre en compte l’année du diplôme, l’âge du candidat et faire participer les diplômés chômeurs de manière effective et non pas formelle à l’élaboration des solutions  » ajouta Hassan,  » le critère de compétence est flou et c’est pour cette raison que nous le refusons. Un chômeur depuis 2 ans est plus compétent que quelqu’un qui l’est depuis 15 ans. Devrait-il pour autant être prioritaire? ».

Pour Jamila, âgée de 48 ans, il faut prendre en compte ceux qui ont dépassé l’âge légal pour passer le concours  » il faut considérer ces cas comme des cas exceptionnels. Monsieur le ministre Mohamed Abbou, nous a promis de le faire, mais lors de ses dernières déclarations, il a passé cette question sous silence « .

Le rassemblement d’environ mille personnes a commencé à 10h du matin à la place Mohamed Ali. La manifestation s’est ensuite déplacée vers l’avenue Habib Bourguiba bravant l’interdiction, tant contestée, de manifester sur l’avenue. A deux reprises, la marche a été durement réprimée à coup de matraques et de gaz lacrymogènes. Les blessés se sont réfugiés dans le local de l’UGTT avant d’être évacués en ambulances. Interviewé par l’Economiste maghrébin, l’urgentiste Sami Ben Tahar, chargé de délivrer les premiers soins, fait état de plus d’une cinquantaine de blessés,  » les blessures sont de gravités très variables. Nous avons des cas de fractures au niveau des jambes et de l’avant bras, des contusions et hématomes dus aux coups de matraques, des plaies du cuir chevelus qui ont nécessité entre 2 et 10 points de sutures. Nous avons aussi un blessé grave, Lotfi M’rabet, il est cardiaque et se retrouve maintenant dans une situation critique ». Il nous a certifié aussi que les symptômes résultants de l’exposition au gaz lacrymogène ne sont pas habituels  » indépendamment de l’asphyxie, le gaz a aussi provoqué des signes neurologiques « . Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur fait état de six blessés du côté des forces de l’ordre qui auraient été touchés par des pierres lancées par les manifestants. Il a rappelé par ailleurs que  » la manifestation n’était pas autorisée  » et que les organisateurs ont été prévenus que s’ils la maintenaient  » la loi serait appliquée « . L’UDC de son côté a nié l’agression des agents de la police sur sa page facebook.

La  » légalité  » légitimerait-elle la violence de la répression?

 » C’est une honte, un scandale! Ce n’est pas une Tunisie post-révolutionnaire! Ce gouvernement reproduit la même politique de l’ancien régime  » s’écrie Jamila, avec beaucoup d’émotion,  » j’ai eu ma maitrise en philosophie en 1994 et depuis je suis au chômage. Je suis venue de Metlaoui spécialement pour cette manifestation et je n’arrive pas à croire ce qui s’est passé aujourd’hui  » continue-t-elle.  » Je ne pleure pas les années de chômage mais je pleure ceux qui sont morts en vain pour cette révolution […] Je suis sortie manifester pour exiger mon droit au travail, mais après ce que je viens de vivre, je vais devoir sortir pour défendre mes droits politiques fondamentaux « .

L’UGTT et la ligue tunisienne pour les droits de l’homme en Tunisien (LTDH) ont publié un communiqué pour dénoncer les violences policières, soutenir les diplômés chômeurs et exiger l’ouverture d’une enquête pour déterminer les responsables des violences. Par ailleurs, un groupe d’avocats s’est porté volontaire pour porter l’affaire devant la justice.

En attendant, la manifestation du 9 avril sur l’avenue Habib Bourguiba à laquelle ont appelé un grand nombre d’associations, est maintenue, malgré l’interdiction.

 

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