« Il y a un grand effort à faire pour que le site Tunisie soit plus attractif »

*Cette interview a été publiée dans le magazine l’Economiste maghrébin paru le 4 avril*

Il a en charge l’investissement et la coopération internationale. En un rien de temps, il est habité par la fonction qu’il a pleinement intégrée. Il en connaît les subtilités, les rouages et jusqu’aux motivations les plus profondes. En moins de 100 jours, il est déjà dans l’action, dans le mouvement et s’arrange même pour présenter un premier bilan. La coopération internationale retrouve des couleurs et les IDE de nouvelles raisons d’attractivité du site tunisien, au parfum du printemps démocratique.

Riadh Bettaieb, s’il fait le pari sur la démocratie, la transparence et la bonne gouvernance pour s’attirer la grâce des IDE, se montre suffisamment lucide pour désigner du doigt, de sa voix calme et tranquille, la carence en matière d’infrastructure et les déficits liés à notre système de formation. Il promet des résultats mais sollicite et revendique l’effort et l’engagement de tous. Pour donner du sens à une volonté, qu’il exprime fortement, d’ouverture tous azimuts, sur notre aire afro-arabo-maghrébine, sur l’UE, l’Asie et l’Amérique. Autant dire sur le monde d’aujourd’hui et de demain, avec des outils, des moyens et des mécanismes qui restent à inventer. Extraits de l’entretien.

L’Economiste Maghrébin: D’emblée, M. le Ministre, y a-t-il des signes de reprise?

Riadh Bettaieb: Pour les mois de janvier-février, il y a eu une augmentation de plus de 2%, par rapport à 2010, c’est-à-dire avant la révolution, en termes d’investissements directs étrangers. On a enregistré une progression  de 4% dans l’industrie et 18,1% dans le secteur des services et l’offshoring. La tendance est donc à la hausse.

Si on fait la même comparaison avec 2011, la hausse sera plus évidente. Un exemple : pour la même période, janvier-février, il y a eu une augmentation de plus de 35% en terme d’investissements directs étrangers. Ce sont donc de bons signes pour 2012 et si, d’ici la fin de l’année, on continue sur la même lancée, on aura une nette amélioration par rapport à 2010. Cela concerne en premier lieu les investissements étrangers dont le portefeuille atteindra 117,6 % de plus qu’en 2010. D’une façon générale, on peut dire qu’il y a un retour à la normale et que la machine productive a entamé sa reprise grâce, notamment, à la baisse du nombre des grèves.

Toutefois, ces avancées restent fragiles; il faut œuvrer pour renforcer cet acquis, notamment par le dialogue social. C’est là quelque chose de primordial pour notre pays qui n’a pas vraiment de ressources naturelles. Notre seule richesse, c’est notre savoir faire et nos ressources humaines qu’il faut, impérativement, sensibiliser.

Qu’en est-il des entreprises qui ont menacé de fermer telles que Leoni, Yazaki ou Téléperformance? C’est déjà de l’histoire ancienne ou bien est-ce que cela laissera des séquelles? Quels enseignements tirer de ces incidents qui ont failli provoquer la fermeture définitive ?

La page est tournée. C’est de l’histoire ancienne. Pour les deux dernières sociétés que vous venez de citer, on est même en train d’étudier la possibilité d’une extension de leurs activités. C’est le cas de Yazaki qui a maintenu son programme d’investissement avec la possibilité d’investir dans de nouveaux sites. Le tout serait d’assurer aujourd’hui un minimum de stabilité dans le site de Yazaki à Gafsa. Le site tunisien reste un site assez attractif, grâce notamment, à son capital humain.

Jusqu’à présent, l’attractivité du site tunisien se fondait sur les coûts salariaux, la fiscalité, la stabilité, la sécurité, la proximité et la qualité de vie.

Les revendications salariales et l’instabilité ont changé la donne. Sur quels critères allez-vous, à l’avenir, promouvoir l’attractivité du site Tunisie?

La question était posée, en effet, depuis quelques années, de changer de modèle économique en Tunisie, en migrant d’un modèle de sous-traitance, à bas coût, à un modèle à forte valeur ajoutée, l’économie de savoir.

On est sur cette piste. Mais je veux préciser dans ce cadre que l’investisseur, qu’il soit étranger ou tunisien, ne cherche pas seulement les bas salaires ou les incitations fiscales. Le coût du travail est bien sûr important pour le choix du site, mais le plus important, pour un investisseur, c’est l’environnement des affaires et surtout la stabilité économique et sociale. C’est là un fait  qui a été confirmé par des statistiques dans de  nombreux pays. La Tunisie est désormais considérée comme  faisant partie des pays démocratiques où l’environnement des affaires est en nette amélioration, où la transparence et la bonne gouvernance sont en très bonne voie.

Le deuxième critère qui peut attirer davantage les investisseurs concerne l’infrastructure. Les reproches qui émanent des investisseurs étrangers installés en Tunisie, portent essentiellement sur les services portuaires. Il est souvent dit que la Tunisie dispose d’un site géographique stratégique, hélas mal exploité. Exemple: un conteneur reste 13 jours dans un port tunisien avant d’être embarqué. On nous reproche aussi le manque d’accès à l’électricité dans certaines zones industrielles. La société Somotomo, à Béja, vient, à ce propos, de tirer la sonnette d’alarme. A la zone industrielle d’El-Jem, il y a aussi des coupures fréquentes d’électricité. Même constat pour l’accès au service internet. C’est un service qui fait défaut dans un certain nombre de zones industrielles. Il y a un grand effort à faire, dans ce domaine, pour que le site tunisien soit plus attractif. Cela étant dit, il y a, bien sûr, un grand effort à faire pour la réhabilitation de nos centres professionnels pour mieux qualifier notre main d’œuvre. C’est très important d’avoir une main-d’œuvre qualifiée. On a été confronté à ce problème dans le domaine de l’aéronautique, où l’Etat s’est engagé à former des techniciens, sans pour autant y parvenir vraiment.  Des lacunes qu’on doit aujourd’hui combler. C’est là aussi un axe fondamental sur lequel on doit travailler. La Tunisie dispose de potentialités sur lesquelles on doit impérativement travailler.

>Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le numéro de l’Economiste Maghrébin paru le 4 avril

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