Analyse des programmes économiques et sociaux des partis

Le 3 mars, avec agences de presse

Les programmes socio-économiques publiés par les principaux partis politiques, lors de la campagne électorale ont été présentés  » sans qu’un diagnostic préalable n’ait été effectué, sans appui immédiat à un référentiel idéologique spécifique, ni à un référentiel théorique cohérent et sans appui statistique suffisamment développé « . C’est ce qu’a indiqué Ali Chebbi, professeur d’économie à l’Institut supérieur de gestion.

Cet universitaire a précisé à la TAP que  » les projections ont été majoritairement effectuées en dehors des contraintes des ressources financières « . Il a procédé à une lecture des programmes des principaux partis politiques en Tunisie, dans le cadre de l’initiative  » IDEES « , qui réunit un groupe d’économistes et d’experts qui préparent un Livre Blanc sur les réformes économiques et sociales à entreprendre dans le pays.

 » Tous les partis politiques tunisiens ont présenté ensemble quelque 88 propositions opérationnelles. Un simple croisement statistique nous a permis de conclure que le programme d’Ennahdha en a évoqué 45%, suivi du PDM (41%), d’Afek (31%), du CPR (20%), d’Ettakatol (18%) et du PDP (10%) « , a-t-il relevé.

Selon lui, les programmes d’Ennahdha et du PDM proposent des mesures diversifiées, mais  » perdent globalement en rigueur et précision « , alors que ceux d’Afek et du PDP manquent  » d’inspiration  » et de vision stratégique. En revanche, selon l’économiste, ils gagnent en aspect opérationnel. Les programmes d’Ettakattol et du CPR, de leur côté, répondent plus aux revendications immédiates, mais  » risqueraient de compromettre la croissance et son financement et donc l’emploi « .

Similarités et différences

S’intéressant au secteur financier, l’universitaire a relevé des similarités dans les programmes. Les partis se sont tous accordés sur le fait qu’il faille améliorer le mode de financement à travers l’assainissement de l’appareil financier, la mise en place d’une bonne gouvernance et d’une meilleure organisation.

Pour ce qui est des banques, Ali Chebbi a estimé que  » les programmes d’Afek et d’Ennahdha se présentent comme les plus précis dans leurs démarches, dans la mesure où ils insistent sur la consolidation des fonds propres des banques, dans la perspective d’une meilleure gestion des risques, via des procédures de Fusions-Acquisitions « . Les programmes du mouvement islamique et du PDM proposent notamment de bâtir un modèle de banque universelle. En outre, Ennahdha suggère de promouvoir la banque de détail avec la finance islamique.

Côté fiscalité, les programmes sont dominés par  » des généralités dans les propositions, l’étroitesse dans l’analyse ainsi que par des mesures portant sur l’allègement fiscal, sans tenir compte des contraintes budgétaires et des équilibres macroéconomiques globaux « . Selon l’économiste, seuls le PDM et le CPR ont traité de manière explicite la fiscalité indirecte, alors que le  » PDP est le seul parti n’ayant pas envisagé la gouvernance et la modernisation du système fiscal « .

Emploi et pauvreté

Côté emploi, Ali Chebbi a pointé du doigt  » un tiraillement, présent dans l’ensemble des programmes, entre le court et le long terme, un aspect arbitraire dans les objectifs chiffrés et une absence de politique d’emploi « .

Cependant Ettakattol  » considère que l’administration publique pourrait recruter un nombre élevé de travailleurs. Quant au PDM, il préconise, comme solution au problème du chômage, la mise en place d’une caisse d’assurance-chômage et le développement de l’intermédiation dans le marché de l’emploi « .

De leur côté, le CPR, le PDP, Ennahdha et Afek considèrent que l’investissement est un levier fondamental dans la création d’emplois.

Pour ce qui est de la pauvreté et de la protection sociale, l’universitaire a noté que  » les propositions émises dans ce domaine sont entachées d’insuffisances communes, avec l’absence de stratégie cohérente et complète, le manque de ciblage de la pauvreté et la proposition de mesures irréalistes « . Par exemple,  » Ettakattol, le PDM et Afek proposent le microcrédit et des outils financiers adaptés au financement décentralisé. Cependant, le programme d’Afek semble plus précis. Le travail social, proposé par Ennahdha est un élément servant aussi à l’absorption de la main-d’œuvre « .  S’agissant de la couverture sociale, elle est traitée partiellement et de manière peu détaillée.

Autre thématique passée au peigne fin par Ali Chebbi: la politique agricole. Selon lui,  » une confusion entre développement régional, sectoriel et territorial est faite dans la majorité des programmes. Le PDP et Ettakattol n’offrent aucune proposition de fond. Afek mise sur l’infrastructure publique agricole, tandis qu’Ennahdha analyse la politique agricole en termes de branches ciblées (oliviers, palmiers dattiers…) « .

Quant aux chiffres avancés dans les différents programmes, qu’ils concernent le volume d’emploi créé dans le secteur public, ou le rabattement fiscal, l’économiste a regretté qu’ils soient envisagés  » sans évoquer la contrainte budgétaire de l’Etat, la nécessité du rendement des dépenses publiques et de la taille optimale de l’Etat « .

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here