Politique et religion : la pomme de discorde de l’assemblée

Le 29 février, par Khansa Ben Tarjem

 

Lors de la séance plénière de l’assemblée constituante tenue mardi 28 février au Bardo, les différents groupes ont présenté leur conception de la constitution. Chacun a précisé que le résultat final sera le fruit du consensus afin que la constitution ne soit pas celle d’un seul parti mais de tout le peuple tunisien. Toutefois, certains points risquent de ne pas être pas traités de manière consensuelle.

 » Cette révolution nous a permis de participer à la civilisation universelle « , a déclaré Abderraouf Ayadi, président du groupe CPR. La rédaction de la constitution doit être  » un moment créateur  » qui inscrit l’identité du peuple tunisien et l’héritage de la révolution dans un texte  » général qui ne contient pas beaucoup de détails « . Fadhel Moussa, qui s’est exprimé au nom du groupe démocratique (PDM, PDP, Afek Tounes et des élus indépendants), a proposé d’introduire le principe de dignité, chanté dans les slogans de la révolution, dans la devise de la République. Ce principe doit, selon lui, être matérialisé par l’inscription des droits économiques et sociaux et l’obligation pour l’Etat de fournir les moyens de les assurer.

Les questions de principes concernant l’indépendance de la justice, la mise en place d’une cour constitutionnelle ou encore les libertés fondamentales ne semblent pas constituer des points de divergences. Le droit à la vie proposé par Ennahdha reste quant à lui assez flou et peut englober autant l’abolition de la peine de mort ou l’interdiction de l’avortement. N’ayant pas pu joindre Sahbi Atig, l’Economiste maghrébin a contacté par téléphone Mounia Ibrahim, députée Ennahdha, qui a confié que  » la déclaration de ce principe reste assez générale et qu’il n’y a pas encore eu de discussions de fond sur le sujet « .

Discorde

La pomme de discorde entre les différentes formations politique réside dans la définition des rapports entre le politique et le religieux.

 » La séparation du politique et du religieux est en contradiction avec le message de l’islam. C’est une idée étrangère à son esprit […] quiconque voudrait l’isoler de la réalité toucherait la structure même de la pensée musulmane  » a estimé Sahbi Atig pour le groupe Ennahdha. Toutefois, la définition de cette relation comme étant l’expression même de la religion musulmane n’est pas un objet de consensus entre les différents groupes parlementaires. Seul le groupe al Aridha, constitué de onze députés restés fidèles à Hechmi Hamdi, rejoint Ennahdha sur cette position.

Le porte parole du groupe Liberté et démocratie  -formé par les douze députés al Aridha qui ont fait scission et d’un député UPL- a, de son côté, estimé qu’il faudrait éviter de poser des questions qui constituent des points de discorde, d’autant plus  » qu’elles n’ont pas été posées pendant la révolution « . Même si la plupart des partis revendiquent l’identité arabo-musulmane comme une référence principale, l’introduction de la chariaa dans la constitution n’a pas été évoquée dans les programmes ou durant pendant la campagne électorale.

Selon Sahbi Atig,  » la constitution doit se fonder sur les valeurs islamiques pour garantir la réconciliation entre l’identité du peuple et des lois qui le régissent « , estimant que la dictature a été le facteur d’une certaine aliénation culturelle. Il ajoute que l’islam  » ne doit pas être un simple slogan […]  mais doit avoir une existence politique effective et servir d’autorité dans la rédaction des lois fondamentales de l’Etat et des lois qui régulent la société « .

Pour Mouldi Riahi, président du groupe parlementaire Ettakattol, la question prioritaire est de savoir comment  » fermer la porte au retour de la dictature  » ; la confusion entre le champ politique et le champ religieux pourrait, selon lui, constituer un danger. A ses yeux, « un rapport sain  » entre les deux exigerait que le premier ne puisse soumettre et exploiter le second à des fins partisanes. Pour lui, les rapports entre l’Etat et la religion doivent prémunir les citoyens de quelques interdits fondamentaux : l’Etat doit constituer une protection face à  » une certaine lecture de la religion  » qui pourrait  » s’imposer à la société en faveur de certains intérêts politiques » ou qui  » pourrait aboutir à une ingérence par la force dans la vie privée des citoyens et toucherait à leurs droits et leurs libertés fondamentales et aux principes démocratiques « . Il a notamment mis en garde contre  » une certaine lecture de la modernité qui supprimerait la religion de la vie publique de manière coercitive ». Concernant l’introduction de la chariaa comme source de la législation, il a exprimé, au nom de son parti, un refus catégorique de cette proposition qui  » perdrait le pays dans des labyrinthes et des surenchères que ne permet pas la situation actuelle « , notant que son interprétation varie d’un individu à un autre. Cette référence pourrait, selon lui, atteindre le caractère  » civil  » de la république tunisienne et  » constituer un danger pour notre unité en tant que musulmans « .

 » Les lois tunisiennes, comme le code de statut personnel ou encore le code pénal, ont été élaborées dans le respect des valeurs bienveillantes de notre religion et en s’inspirant du Coran et de la Sunna « , a-t-il poursuivi, faisant référence à l’article premier de la constitution de 1959, qu’il propose de garder dans la mesure où il fait objet  » d’un consensus entre toutes les familles politiques « .

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