« Nous sommes présents en Tunisie et nous le resterons »

Le 29 février, propos recueillis par M.A.B.R.

Aux commandes de la cimenterie d’Enfidha depuis 2009, François Sherpion a dû naviguer à vue au cours de cette année 2011, difficile pour tout le monde. Il a dû en particulier trouver des solutions dans un secteur mis durement à contribution par les troubles, mais aussi par l’apparition de conflits nouveaux avec l’environnement local. Il en a retiré une meilleure compréhension, de cette Tunisie profonde, qui lui donne plus de motifs d’optimisme sur l’avenir. Cet optimisme ne l’empêche toutefois pas d’être lucide sur les actions à entreprendre pour venir à bout des difficultés et réussir la relance et la consolidation des activités.

L’Economiste Maghrébin: Cette révolution, c’était un rêve, finalement elle a eu lieu. Comment l’avez-vous vécue au niveau du groupe?

François Sherpion:  Pour être tout à fait précis, nous avons eu des informations rapportées au groupe, depuis quatre ou cinq ans et qui étaient claires: le régime était malade.

En fait, la Tunisie est arrivée à quelque chose comme une dichotomie complète entre le discours et l’acte. On parlait de stabilité politique, de stabilité économique et de valeurs alors que la corruption du régime était devenue de plus en plus évidente.

Donc, depuis les événements de Gafsa, on commencait à se dire que chaque mouvement social en Tunisie était un clou de plus dans le cercueil du régime. En tant que Français qui dirige une entreprise multinationale, on n’avait pas à juger les dirigeants d’un pays. C’était aux Tunisiens de le faire. En revanche, pour la société, au niveau économique, on savait que le fait que la famille du président voulait s’investir dans l’économie était une erreur. Une erreur parce qu’en fait, et c’est ce qui est arrivé, cela a donné aux Tunisiens une envie encore plus forte de l’éliminer.

Ce qui a été fait, n’était pas seulement  de l’ordre de l’éthique; c’était plus grave, ces gens avaient rendu l’économie ingérable. Pire encore, ils ont nourri le tribalisme. Tous les Tunisiens sont  aujourd’hui en train de subir ses conséquences tout à fait néfastes.

Au niveau de notre groupe, on a subi tout cela notamment au niveau de l’attribution de certains marchés publics.

Pour rester dans le volet politique, comment jugez-vous les résultats du scrutin du 23 octobre ?

En fait, on ne connaissait pas très bien la Tunisie. On ne voyait que la Tunisie qu’on voulait nous faire voir, c’est-à-dire l’image d’un pays ouvert, d’une Tunisie du savoir, du numérique. On ne voulait pas montrer l’autre Tunisie, conservatrice. On a été surpris par la victoire de ces derniers, les conservateurs. Cela n’aura pas été le cas si on connaissait l’autre visage de la Tunisie. Ceux qui ont voté pour les conservateurs sont ceux qui se sentaient loin de la réalité de la Tunisie dont on faisait la promotion.

Cela dit, c’est cela la démocratie et cela ne se discute pas. De ce fait, on ne peut que soutenir le gouvernement légitime de la Tunisie, et je lui souhaite, personnellement, bonne chance.  On peut ne pas être d’accord sur qui commandera le bateau ou sur sa destination, il n’empêche que nous sommes tous sur le même navire. Vouloir creuser un trou au fond du bateau, c’est le faire couler avec tout le monde à bord.

Pour moi, l’opposition a son rôle et le gouvernement a le sien, mais ils doivent tous ramer dans le même sens. Des problèmes ont affecté notre usine et depuis, nous sommes en contact avec les différents acteurs politiques, dont Ennahdha. Ils ont tous proposé leur médiation pour trouver une solution. Ce fut le cas de l’usine de Sousse avec Ennahdha qui n’a jamais essayé de tirer partie de cette situation ni de l’instrumentaliser. Ennahdha a, au contraire, essayé de rester en retrait, tout en proposant ses bons offices.

La Tunisie est une jeune démocratie qui essaye de s’affirmer. Il faut que chacun joue son rôle. Les médias, les partis, les associations, les entreprises et les citoyens, tous doivent y participer.

La Tunisie est en train de vivre ce processus difficile, du moins pour certaines étapes, dont celle des élections. Celles-ci ont été transparentes, de l’avis même des observateurs. Une mini constitution a été mise en place, à travers des débats francs et ouverts, et un président de l’Assemblée constituante, un président de la République et un chef de gouvernement ont été nommés.

Je suis, en ce sens, très optimiste pour la Tunisie et pour sa capacité à affronter cette révolution dans un calme assez relatif. Je pense qu’elle est, désormais, capable de retrouver sa place de pays phare en Méditerranée. Elle l’a été dans le début des années soixante, il y a eu des ratés par la suite, mais maintenant,  elle a l’occasion de montrer qu’elle l’est toujours.

Que pensez-vous du nouveau gouvernement? Partagez-vous les craintes de certains pays européens quant à la montée des islamistes dans le monde arabe?

Si on accepte le jeu démocratique seulement à partir des résultats qu’on souhaite, il ne s’agit plus de démocratie. Cela est valable pour l’Europe, pour la Tunisie et pour tous les pays arabes. Et puis, Angela Merkel n’est-elle pas une chrétienne démocrate? Ne doit-on pas lui faire confiance? Ne doit-on pas faire confiance à des gens qui ont un référentiel religieux? Nous avons aussi le modèle turc qui est un modèle qui rassure.

Mais il y a la réalité du terrain, les attentes de la population et cela se passe au-delà des tendances politiques et religieuses.

Personnellement, je pense que non seulement, il faut souhaiter bonne chance au gouvernement, mais surtout, ne pas lui faire un procès d’intention. Si on commence à juger les gens pour ce qu’ils pourront faire …

Comment, précisément, ce gouvernement peut-il réussir ?

Il faut savoir qu’il n’y a pas de baguette magique et tout doit se passer, à mon avis, par une restructuration de l’économie, une économie  longtemps basée sur le travail non qualifié.

On parle beaucoup des jeunes diplômés, or le chômage des diplômés ne cesse d’augmenter, comme d’ailleurs le nombre des chômeurs non diplômés. Je ne pense pas que c’est la faute au système lui-même. C’est la façon de le manier qui est en cause. Est-ce qu’on peut reprocher à un couteau de faire une blessure ?

Vous évoquez le chômage, où réside le problème d’après vous ?

On m’a souvent dit que l’ancien système a essayé de maintenir les gens le plus longtemps possible sans leur trouver d’emplois. Je ne suis pas convaincu. Cela vient d’un phénomène qui existe en Tunisie et qui est similaire à ce qui se passe en France, à savoir la recharge de la peau d’âne. Autrement dit, les gens voulaient tellement de diplômes et l’Etat était tellement heureux de les leur donner! En fait, c’est un système qui s’est auto-confisqué. On s’est trouvé en Tunisie, comme en France, avec un plombier qui vaut une fortune et un diplômé en chômage.

Avec cette mauvaise politique de diplômes, on a dévalorisé deux catégories de métiers. On a dépossédé le chercheur, qui est déconsidéré. Pourquoi devenir professeur de faculté pour un salaire de misère? Il est plus intéressant de devenir commerçant et de spéculer sur le ciment, pour rester dans notre cadre. Et en même temps, on a dévalorisé certains métiers manuels.

Le climat social, avec la multiplication des grèves et des sit-in, a perturbé l’économie tunisienne. Votre groupe en a aussi subi les conséquences. Comment avez-vous vécu cela ?

L’instabilité économique, n’est pas un problème de revendications en soi. A la limite, on peut discuter du timing de ces revendications. Mais la déstabilisation vient de la multiplication de ces revendications.

Un exemple très simple. Le port de Gabès est en arrêt: il n’y a plus de pétrole, donc les fours s’arrêtent. La Sncft est bloquée, le transport des marchandises et des matières premières l’est aussi. Enfin, à l’usine, il y a des problèmes avec les employés ou avec l’environnement, la production s’arrête. De fait, on se trouve chaque fois avec un maillon de la chaîne qui est défaillant. C’est un effet d’accumulation. C’est comme dans le surf, plus la vague grossit, plus on va loin, plus, aussi, on risque de se casser la figure.

Une entreprise a besoin de maîtriser son environnement. Pour des emplois pérennes, il faut une entreprise pérenne. Et je pense, en ce qui nous concerne, qu’il y une certaine amélioration depuis le discours de M. Béji Caïd Essebsi, début août et sa mise en garde contre la poursuite des troubles sociaux.

Cela dit, l’entreprise a aussi un rôle au niveau du respect de la loi sociale et fiscale. On parle de flexibilité, je suis pour cette flexibilité économique, mais aussi pour la sécurité de l’emploi. Il faut lutter contre la précarité. Il faut le dire, il y a des patrons voyous. Ce sont ces patrons qui entachent la confiance des citoyens et des employés. Par ailleurs, ces mêmes patrons voyous, en ne payant pas leurs taxes, font perdre à l’Etat de l’argent qui aurait eu, de ce fait, un rôle régulateur. Tout ceci mène à l’aggravation de la disparité.

J’ouvre une parenthèse à ce sujet. Personnellement, je suis pour la convergence fiscale. Le modèle des entreprises exportatrices, c’est très bien. Il faut donner aux entreprises une béquille pour démarrer. Mais au bout de dix ans, cela devient inutile. A ce stade, on sait déjà si l’entreprise est pérenne ou non. De plus, sur le plan international, c’est très mauvais. La Tunisie a signé l’accord de libéralisation et d’exemption de taxes pour les produits importés, mais elle continue à tricher pour les produits exportés, en offrant des exonérations qui n’existent pas. Pire, on autorise une entreprise à s’auto-dissoudre, pour reprendre sous un autre nom, afin de profiter de ces exonérations. Cette pratique crée une précarité d’emplois et pérennise une concurrence déloyale à l’égard du secteur local.

L’Etat peut décider de protéger particulièrement certains secteurs, qui sont stratégiques pour l’emploi ou pour la compétitivité et la sécurité du pays, tels que les secteurs de haute technologie où il faut beaucoup de temps pour la recherche et le développement. Ce qu’on ne doit pas tolérer, c’est qu’une entreprise, qui n’apporte pas de plus-value sociale, soit tolérée dans la pratique qui consiste à  maintenir ses employés dans la précarité.

Dans ce cadre, il y a aussi le problème de la sous-traitance.

Pourquoi les gens se révoltent-ils contre la sous-traitance? C’est parce qu’ils ont  l’impression qu’on est, systématiquement, en train de remettre leur compteur à zéro. Ce sont des gens qui n’ont même pas la possibilité d’aller contracter un prêt à une banque, du moment qu’ils n’ont même pas de fiche de paie. En fait, ce sont des gens sans futur.

Quel rôle a joué l’Ugtt lors de ces derniers événements ?

Nous n’avons pas eu toujours des rapports simples avec l’Ugtt, par contre, nous avons la chance d’avoir un syndicat de base dévoué aux intérêts des travailleurs mais aussi, à ceux de l’entreprise. Il en est de même au niveau de l’Utica.

On a été, ces derniers temps, très critique vis-à-vis du rôle de l’Ugtt. Je ne suis pas du tout d’accord. La centrale syndicale, à tous les échelons, a permis, à un moment où la tête de l’Etat était coupée, au moment où ils étaient les seuls à détenir le pouvoir, d’éviter le chaos. Au moment où le gouvernement n’existait plus, où on était extrêmement faible, l’Ugtt, en tant que structure organisée, a réussi à maintenir l’ordre. Elle a  canalisé, d’une certaine façon, la révolution.

Vous venez d’évoquer l’Utica. Contrairement à l’Ugtt, l’organisation patronale a été fortement affaiblie.

L’Utica a été affaiblie, mais elle s’est réhabilitée. Je me souviens d’un blogueur tunisien qui écrivait, après la révolution, que si les Français avaient coupé les cheveux à tous les collaborateurs après la Deuxième Guerre mondiale, tous les Français seraient devenus chauves.

Si on veut construire une société plus juste, il faut s’attaquer aux symboles de la corruption, au phénomène de la répression politique. C’est le rôle des autorités légitimement élues. Seulement, cela ne doit pas se faire à travers les tribunaux d’exception.

La chance, pour la Tunisie, c’est qu’il y a eu un contrôle, dès le départ, de la révolution – je dirais plutôt de la révolte populaire et spontanée – contre une situation qui devenait inacceptable.

Votre discours ferait plaisir au plus dur des syndicalistes.

Le groupe a toujours adopté cette vision par rapport à cette question. On nous a fortement soutenus en cette période difficile. Et c’est pour cela qu’on s’en est bien sorti.

Peut-on alors dire que vous êtes une entreprise citoyenne?

On paye nos impôts, on paye la TVA. Et je pense qu’il serait erroné de dire qu’on n’a rien fait pour le pays. En revanche, en a-t-on fait suffisamment? Certainement pas. Est-ce qu’on a regardé parfois autour de nous? Certainement pas assez.

Pour être lucide, on va dire qu’on a certainement été assez solidairement responsable, mais il y a un certain équilibre qu’il faut retrouver. On s’est tous laissé, à un certain moment, embobiner par la richesse de la Tunisie, les discours sur la croissance et par sa société patriarcale solidaire où il n’y avait pas de pauvreté. De fait, on a tous oublié que des gens étaient en train de crever de faim.

Le nouveau pouvoir en place doit mener, à ce sujet, une étude stratégique. Pourquoi ne pas organiser une table ronde pour parler de la précarité, du niveau des salaires en Tunisie et des grands projets à entreprendre? Les Marocains sont très forts sur ce sujet. Ils l’ont fait pour le secteur de la cimenterie, par exemple. Ils l’ont fait aussi pour le dossier d’infrastructure. S’ils sont capables d’ouvrir de grandes consultations internationales, pourquoi ne peut-on pas le faire aussi en Tunisie?

Pour en revenir à la cimenterie d’Enfidha, comment évoluent les choses aujourd’hui?

Ce ne sera pas un scoop si je dis que nous n’avons pas fait une année exceptionnelle.

Depuis qu’on travaille essentiellement pour le marché local, après l’interdiction par le gouvernement de l’exportation du ciment pour satisfaire le marché gagné par la spéculation et suite aux grèves, nous sommes actuellement à 25% de notre production normale.

J’aimerais préciser à ce propos qu’il n’y a pas de pénurie de ciment en Tunisie.  La Tunisie consomme annuellement et en moyenne 7 millions de tonnes de ciment et à l’heure actuelle, mises à part les fermetures de certains sites, le pays est capable de produire 8 à 8,5 millions de tonnes par an. De fait, la Tunisie est un pays exportateur de ciment.

Alors pourquoi ce manque de ciment et cette envolée des prix?

Ce qui vient de se passer, c’est que le système de distribution (grossistes, détaillants et transporteurs) est devenu défaillant. Cela dit, la spéculation n’est pas un phénomène lié seulement à la conjoncture actuelle. Le fait que le prix du ciment soit fixé par l’Etat, fait que les vendeurs en détail n’arrivent pas à faire de bénéfices: seulement deux dinars par tonne, autrement dit 2% alors qu’il y a 1,5% de retenue à la source, ce qui ouvre la porte grande ouverte à la spéculation.

J’ai des clients, qui sont honnêtes, et qui refusent de m’acheter du ciment. Ils préfèrent travailler sur les briques ou sur le fer.

Les questions qui se posent dans tous les métiers  tournent autour de trois axes :

– La question du prix, par rapport au coût.

– L’infrastructure, la logistique et là on a le droit de se demander ce qu’on est en train de faire en termes d’infrastructure en Tunisie. On est un pays exportateur et on n’a pas un port digne de ce nom. Ce n’est pas normal que l’Office de la Marine Marchande et des Ports n’ait pas assez de remorqueurs.

– L’énergie, notamment l’énergie verte.

Vous êtes un grand consommateur d’énergie, comment comptez-vous évoluer vers l’énergie verte?

Nous nous sommes intéressés, comme tous les grands consommateurs d’énergie, aux énergies vertes. Il y a la combustion des déchets qui est un créneau intéressant pour les fours et qui est réalisable. Il y a, en deuxième lieu, l’énergie électrique à travers les éoliennes.

Mais pour cette dernière, il y a le problème de l’emplacement. Nous aurions bien aimé construire notre usine de béton prêt à l’emploi à Bizerte, par exemple, mais on nous a dit que c’était impossible, que les terrains étaient occupés par l’armée. On a pensé au Cap Bon, là aussi, ce n’était pas possible. C’est alors qu’on nous a proposé, c’était avant la révolution, d’aller à Thala. Il y a des hauteurs, donc du vent et ce sera intéressant pour  le développement de la région. Mais, voilà, il fallait que la Steg modifie son réseau qui est déjà surchargé dans ce secteur. Or, au lieu de nous inviter à chercher des solutions, on nous a répondu dès le départ que cela n’était pas possible. Il aurait été plus intéressant de dire que la Tunisie a besoin de telle centrale, dans tel endroit et de mettre tous les consommateurs autour d’une table, en montrant à chacun ce que doit être sa contribution et ce que doit être son retour d’investissement. Cela pouvait être un deal. J’aurais contacté le groupe et je pense qu’il aurait été intéressé, vu la réduction du prix de la facture énergétique. Il aurait été certainement aussi intéressé par le développement de l’énergie verte. Au lieu de tout cela, un refus catégorique a été opposé dès le départ.

Ce n’est pas à nous de définir la politique de l’Etat tunisien. Mais en tant que technicien, en tant que spécialiste, en tant qu’acteur économique, on estime  que nous avons quelque chose à dire. Si on veut nous consulter, nous avons une expertise à proposer en contribution. Il ne faut pas nous traiter comme des enfants. L’ancien régime le faisait. C’était vrai pour nous, mais c’était vrai aussi pour nos collègues.

Tout cela fait qu’on est aujourd’hui à la croisée des chemins. Ajouter à cela, une année difficile qui a été impactée par toutes sortes de choses.

Votre usine d’Enfidha vient de reprendre du service après la signature d’un protocole d’accord avec les villages avoisinants. Peut-on en savoir plus sur cet accord ?

Selon le protocole d’accord avec le village avoisinant que nous avons  signé avec le directeur général du secteur des bétons, nous allons participer à un fonds de développement régional pour le village et pour la promotion de l’emploi.

Mais de ce protocole, moi je retiens une chose: il n’a pas été fait dans de bonnes conditions. Il a été réalisé dans une période d’instabilité et dans une atmosphère de colère de la part de tous les intervenants.

Ce que je retiendrai aussi, c’est que si, dans 5 ans, ce protocole crée de l’emploi, si la Tunisie évolue, on oubliera toutes les mauvaises conditions.

Il ne faut pas oublier aussi qu’une cimenterie, cela dure cent ans. Révolution ou pas, on est là pour encore longtemps.

Est-ce là un nouveau départ ?

Nous sommes des actionnaires compréhensifs. Il faut oublier le passé. Veillons à ce que, demain, l’usine se porte bien et que les villages environnants aillent mieux.

Si, par ignorance, par bêtise ou par fainéantise, nous aurons laissé des personnes au bord du chemin, et bien, nous sommes vraiment désolés. Notre objectif n’a jamais été de punir les gens ou d’en faire des laissés-pour-compte. Nous nous sommes laissés embobiner et nous avons été négligeants. Seulement, il y a un fait incontestable: nous sommes là parce que nous aimons la Tunisie.

Malheureusement, nous ne pouvons pas aider tout le monde.

Durant la dernière crise, quelle a été l’attitude des travailleurs de l’usine?

Il faut savoir qu’une cimenterie, et le bêton d’une façon générale, n’est pas un secteur ordinaire. Nous travaillons dans une industrie à feu continu. Tous les gens qui y travaillent ont donc une responsabilité et un dévouement extraordinaire envers leur société. Et je suis très fièr de travailler avec ces personnes qui ont été là pour défendre leur société dans les moments difficiles et ce sont sur ces gens là, que demain, la Tunisie pourrait capitaliser pour son développement.

Le mot de la fin?

Nous souhaitons  bonne chance à la Tunisie, parce que c’est un pays qui a fondé son indépendance plus sur le dialogue que sur la force. Une façon de faire qu’on retrouve dans cette révolution.

Maintenant, il faut savoir écouter les gens qui n’ont rien. Redonnons à l’administration tunisienne toute sa force. Restaurons la confiance des gens dans leurs gouvernants qui seront, comme dans toutes les démocraties, soumis au verdict des urnes.

Il faut que ce gouvernement, qui est justement un gouvernement d’union nationale, prenne la mesure des différents chantiers qui sont en cours tels que l’emploi, les salaires et la fiscalité. Le tout en s’appuyant sur les partenaires sociaux et la société civile nouvellement renouvelée.

 

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