Nouvelle voie pour les démissionnaires d’Ettakattol ?

Le 17 février, par Hafawa Rebhi

 

 

“La Tunisie est plus vaste”, c’est ce qu’ont avancé les démissionnaires d’Ettakattol, alors qu’ils annonçaient et expliquaient, le 16 février à Tunis, les raisons de leur retrait. Estimant que le parti ne les représente plus, des milliers de partisans d’Ettakattol ont tiré leur révérence, non sans mécontentement et avec beaucoup de déception.

“Démissionnaire, avec détermination!”

Cette déception, parfois colérique, est visible sur les visages des démissionnaires présents. Wassila, ex-membre du bureau l’Ariana, raconte avec émotion son histoire avec le parti. Fille d’un père militant bourguibiste, elle est convaincue que “les Tunisiens sont obligés d’être progressistes”. La Tunisie dont rêve cette retraitée de l’enseignement est “une Tunisie ouverte, libre et démocratique”. Et c’est bien pour ces idées qu’elle a choisi Ettakattol au lendemain de la révolution.

Mais l’élan nostalgique de la dame s’est vite perdu dans l’amertume en évoquant son retrait.” C’était en novembre dernier, je ne pouvais plus rester. Le parti ne portait plus les idées pour lesquelles j’ai voté.” Wassila a par la suite étalé les dépassements au sein du parti et s’est offusquée de l’alliance avec Ennahdha, une alliance qu’elle estime illogique. “Je suis démissionnaire, avec détermination!”, a-t-elle conclu, sur un ton résolu.

Déviation & manipulation

Déterminée et irréversible, c’est ainsi que les démissionnaires ont qualifié leur décision. Ils assurent aussi que cette décision est mature et bien réfléchie et
qu’ils n’ont pas été manipulés, ni par Khemais Ksila, ni par quiconque. Contrairement aux rumeurs, ils ne retourneront plus au parti, et aucune relation ne les lie désormais, ni à Mohamed Bennour, à Mustapha Ben Jaâfar, à Khelil Ezzaouia, ni aux cadres qui sont restés. “Ceux qui sont restés sont à peine une centaine. Le parti a coulé” assure Wassila. Des centaines de cartes d’adhésion ont d’ailleurs été posées sur la table. Certains démissionnaires ont avancé pour déposer, dans un geste de rupture, leurs cartes devant les dix conférenciers venus de l’Ariana, de Tunis ou encore du Kef, comme Habib Aouamri.

Ex-coordinateur du parti dans la région du Kef, ce démissionnaire dénonce notamment “le mépris d’Ettakattol envers les militants dans les régions, qui sont traités comme des militants de troisième degré”. Emna Rekik, ex-membre du bureau de l’Ariana, tout comme Néjib Gaça ou Sami Hammi, a pour sa part, dénoncé une déviation par rapport à la ligne directrice du parti et une manipulation à des fins électorales, estimant qu’Ettakattol a fait une grave erreur en substituant ses alliés traditionnels par d’autres étrangers à ses idées. En évoquant la Troika, elle a assuré qu’ils n’en ont entendu parler que dans les médias. “Nous aspirions à un gouvernement d’unité nationale”, a ajouté Khaled Kabbous, démissionnaire de l’Ariana, sur la même veine d’indignation.

“Vers de nouveaux horizons “

Déçus mais optimistes, les démissionnaires d’Ettakattol ont affirmé qu’ils continueront leur travail et que leur retrait est “un acte de militantisme pour s’ouvrir à de nouveaux horizons”. En réponse à une éventuelle adhésion au PDP, ils ont avancé que plusieurs concertations avec divers partis politiques et avec des vis-à-vis syndicalistes et des droits de l’Homme sont en cours. Ils n’ont par ailleurs pas exclu la possibilité de fonder leur propre parti. Mais quelle que soit leur prochaine destination ou disposition, une chose est sûre: ils “rejoindront les rangs des forces progressistes et modernistes du pays”.

 

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