Trop de précipitations nuisent à la Tunisie

Le 13 février, par Fredj Boussaada

Certains dirigeants de l’équipe qui gouverne le pays surprennent par leurs déclarations. Quoique habituelles dans le genre, elles semblent cette fois-ci scandaleuses. Leurs dernières déclarations tapageuses, par ces temps qui courent, font l’objet de discussions parfois brûlantes. Elles concernent la décision unilatérale d’expulser l’ambassadeur de Syrie en Tunisie.

Déclaration du porte-parole de la présidence de la République: contrairement à la tradition diplomatique suivie et sans aucun préalable ou concertation, le porte-parole de la République tunisienne surprend la place publique, en annonçant à la télévision nationale, la décision du gouvernement d’expulser l’ambassadeur de Syrie en Tunisie. Cette déclaration sèche et inattendue tombe comme un coup de tonnerre. La décision, qui paraissait brutale et impromptue, semblait être justifiée par le motif de solidarité avec le peuple syrien, suite au massacre sanglant et cruel commis le jour du Mouled, plus de deux cent victimes estime-t-on.

Déclaration du ministre des Affaires étrangères: le chef de la diplomatie tunisienne, Rafik Abdessalem, dans une déclaration aux médias, confirme l’information donnée par le porte-parole présidentiel et souligne que cette décision est prise après concertation entre le président de la République, le chef du gouvernement et le ministre des Affaires étrangères. Déclaration qui ne fait aucune allusion à l’éventuelle participation du président de l’Assemblée Constituante, Mustapha Ben Jaâfar, quant à la prise de cette décision. Le silence sur l’absence de consultation du troisième chef de la Troïka est remarquable. A cet égard, signalons, enfin,  que le chef de la diplomatie tunisienne a précisé, par ailleurs, que la décision prise par le duo pourrait sembler précipitée et n’exclut pas la possibilité d’éventuelles conséquences fâcheuses que l’on pourrait surmonter dans l’avenir.

Déclaration du chef du gouvernement provisoire: dans le même contexte, le chef du gouvernement provisoire, Hamadi Jebali, n’a pas caché pas son indignation à l’égard de la Russie et de la Chine, suite à l’utilisation de leur droit de véto contre la proposition de résolution concernant la Syrie, lors de la dernière réunion du conseil de sécurité de l’ONU. Par ailleurs, au cours de la dernière réunion de Munich, le chef du gouvernement provisoire a appelé les pays arabes à suspendre, comme la Tunisie, leurs relations diplomatiques avec la Syrie.

Ainsi, l’expulsion, jugée précipitée, de l’ambassadeur de Syrie en Tunisie, appelle quelques remarques importantes qu’il serait utile de souligner :

•   A propos de l’ambassadeur de Syrie en Tunisie, nous avons appris qu’il a quitté son poste depuis le mois de Juin 2011 et que depuis son départ, l’ambassadeur est représenté par les chargés d’affaires. Les autorités n’ont pas soulevé la question dans leurs différentes déclarations!

•   Le troisième partenaire de la Troïka, Mustapha Ben Jaâfar, semble ne pas avoir été consulté avant l’annonce de la décision d’expulsion. D’autant plus que l’Assemblée Constituante, dont les membres représentent de droit le peuple tunisien, n’a pas été également consultée en séance plénière pour lui soumettre le projet de proposition d’expulsion. Cela ne présage t-il pas une autre forme de dictature, puisque l’on a tendance à considérer le peuple tunisien et ses représentants comme étant un peuple encore mineur?

•   Avant d’adopter cette décision, les autorités tunisiennes n’auraient-elles pas dû consulter au préalable, comme il se doit, les autorités syriennes?

•    Les auteurs de cette décision ont-ils envisagé et pris en compte la situation des ressortissants tunisiens en Syrie ou bien devons nous nous contenter de soumettre leur sort, comme l’a proclamé Hamadi Jebali dans une récente déclaration,  » à la volonté de Dieu, tout puissant, pour les protéger « ?

Enfin, disons pour conclure sur ce volet que toute action diplomatique authentique, pour être concluante, avant d’être élaborée et adoptée, doit tenir compte des conséquences escomptées. Vraisemblablement, l’intérêt pour la Tunisie, dans cette entreprise diplomatique, manque de clarté. La décision de cette expulsion est prise avec beaucoup de hâte et de précipitation, elle manque de sagesse, pouvant être considérée comme prise sous l’effet d’un élan de sentiments vibrants et non suite à une réflexion raisonnable. La diplomatie tunisienne, si elle veut être  » révolutionnaire  » et efficace, doit avant tout éviter la précipitation.

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