La révolution a-t-elle profité à la Bourse de Tunis ?

Le 13 février, par CGF

Après une année de chamboulements continus, le « marché actions » tunisien ne parvient pas à décoller. La déception des investisseurs tunisiens est encore plus importante, en observant la flambée du marché égyptien, censé être plus en difficultés. La performance, depuis le 1er janvier du TUNINDEX et TUNINDEX20, s’établit respectivement à -0,79% soit 4.685,06 points et -1,20% soit 1.855,96 points.

A notre avis, il y a eu une perte de confiance après les dégâts, pourtant limités, de l’année dernière. Les transactions boursières, principal indicateur du taux de rotation des titres et de la liquidité d’une place boursière, laissent à désirer. Depuis le début de l’année, le volume quotidien moyen (hors transactions de blocs qui ne sont d’ailleurs pas nombreuses) est de 4,896 millions de dinars, soit un volume moyen par valeur de 0,085 millions de dinars seulement.

Les investisseurs étrangers se font, également, de plus en plus rares, avec un courant de vente de plus en plus important, durant les dernières semaines, et cela se comprend. Actuellement, selon le bureau de recherche AlphaMena, le potentiel du marché actions tunisien est fondamentalement négatif (-5,13%). La place de Tunis s’échange à 15,6x ses bénéfices 2012 (univers tunisien couvert par AlphaMena). Un étranger aura certainement plus d’intérêt à aller en Egypte, où le potentiel est de 31,6% et le PE 2012 est de seulement 9,32x. Les niveaux actuels de valorisation de notre marché, nous paraissent, ainsi, chers, et n’intègrent pas encore les éventuelles mauvaises surprises que le mois d’Avril devrait réserver, aussi bien pour les premiers indicateurs d’activité de l’année que pour les chiffres définitifs 2011. Il y a un risque que, pour certains secteurs, l’activité n’enregistre pas le comeback escompté, essentiellement pour les valeurs financières, et qu’une politique de distribution de dividendes soit largement moins généreuse que prévue. A ce titre, nous ne serions pas surpris si plusieurs sociétés choisissaient d’opter pour des augmentations de capital par attribution d’actions gratuites, afin de fidéliser leurs actionnaires et soutenir leurs cours. Ces opérations ont, historiquement, eu un succès retentissant.

Autre élément important: la situation économique actuelle. Les premiers chiffres de 2012 ont filtré cette semaine: un déficit commercial qui a doublé entre janvier 2011 et janvier 2012, passant de 559,300 millions de dinars à 1.009,300 millions de dinars, une inflation de 5,1% (soit un taux d’intérêt réel négatif si nous tenons compte du niveau actuel du TMM), des chiffres alarmants du tourisme, régulateur important du niveau des devises, des IDE en recul de 29,2%, et des grèves et des sit-in sans fin. Bref, tant d’éléments qui ne font que dégrader la productivité et n’incitent pas à investir. Par ailleurs, certains observateurs comptaient sur la concrétisation de projets en Libye après sa libération, mais jusqu’à maintenant rien de concret. Les visites bilatérales des hommes d’affaires n’ont aboutit qu’à des promesses, en attente de plus de stabilité politique et sécuritaire qui donneraient une bouffée d’oxygène à plusieurs sociétés de la cote.

Que faire donc ? Tout liquider et quitter ? Non. Nous conseillons d’acheter à bon escient et garder. Nous continuons à exprimer des avis positifs sur un certain nombre de valeurs, autrefois « les oubliées » de la cote. A ce titre, nous conseillons toujours SIMPAR et ESSOUKNA qui restent, encore, largement sous-valorisées. Il a fallu une crise pour que les gens s’aperçoivent que l’immobilier est une valeur refuge. Nous sommes aussi positifs sur la SFBT, qui aurait réalisé un exercice 2011 record. Sa filiale SPDIT-SICAF, ayant un portefeuille titres essentiellement composé des filiales du groupe, devrait tirer profit des dividendes distribués par ces sociétés. Les deux concessionnaires de la Bourse de Tunis, ENNAKL et ARTES, sont aussi assortis d’une opinion  » Achat « . Après un exercice 2011 difficile, les deux sociétés gardent toujours leur aspect de machine à cash, avec une trésorerie largement excédentaire, et une demande locale qui dépasse l’offre. Pour les financières, l’ATB, CIL et Modern Leasing ont toujours suffisamment de potentiel pour un placement de fond de portefeuille. Enfin, les quatre entreprises publiques (BNA, BH, STB et Tunisair) restent un cas spécial. Fondamentalement à l’Achat, ces valeurs sont boudées par le marché. Probablement les cours actuel ne sont pas encore le bon point d’entrée, mais certes un jour, ces oubliées seront des stars !

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