« Bourguiba » de Sophie Bessis et Souhayr Belhassen : Grandeur et décadence

Le 11 février, par B. Lakani

 

Sophie Bessis, franco-tunisienne, agrégée d’histoire, et Souhayr Belhassen, journaliste et militante des Droits de l’Homme, rééditent la biographie de Bourguiba, qu’elles avaient coécrite, il y a 22 ans. Extrêmement rare, le premier tome  » Bourguiba, à la conquête d’un destin  » a été édité en 1988. Le deuxième tome a vu le jour, un an plus tard, sous le titre  » Bourguiba, un si long règne « .

Une biographie non actualisée

Pas une ligne n’a été changée dans cette réédition. Aucune actualisation. Et dès les premiers paragraphes, les auteurs s’expliquent :  » L’utilisation d’une grande quantité de nouveaux matériaux nous a obligées, non à compléter simplement notre ouvrage mais, de fil en aiguille, à le réécrire en partie, ce que nous n’avons pas voulu. En plus, notre livre restitue l’atmosphère de l’époque durant laquelle il a été écrit. Il s’inscrit dans un contexte et un moment d’histoire. Ce serait dommage de lui ôter cette dimension. En tout cas, c’est ce que nous avons pensé.  » (p.9)

Le 7 novembre 1987, une date de triste mémoire, le vieux lion, âgé de 86 ans, est déchargé de ses fonctions à la tête de l’Etat par un coup d’état médical. Triste fin d’un homme d’Etat exceptionnel, qui, affirment les coauteurs à coup de superlatifs, a marqué son pays, sa région et son siècle et qui s’est confondu avec l’histoire de la Tunisie. Dans les années cinquante, on connaissait Bourguiba, mais on avait du mal  à situer la petite Tunisie sur la carte!

Les années de braise

Pour comprendre ce personnage aux multiples facettes, les deux journalistes ont  » fouiné  » dans la jeunesse de Bourguiba et suivi les étapes d’une lutte acharnée pour l’émancipation de la Tunisie. Trente ans de larmes, d’humiliations, d’enfermement dans les prisons françaises et d’exil. Mais l’homme à la volonté de fer resta debout.

C’est cette période qui s’étale de la naissance du Zaïm en 1903 à la proclamation de la République en 1957, que décrit la première partie du livre.

Un président à mi-temps

La seconde période raconte l’exercice du pouvoir, les efforts déployés par un monarque républicain pour construire un pays moderne tourné vers l’occident. Les écoles qui émergent dans les bourgs les plus reculés. Le Code du statut personnel, unique dans le monde arabo-musulman.

Atteint d’un sévère syndrome maniaco-dépressif en 1967, c’est au sommet de sa gloire que le Combattant suprême sombre dans la maladie. S’ouvre alors l’ère de la lutte pour la succession. Une longue période durant laquelle les Tunisiens sont contraints de vivre au rythme de bulletins de santé d’un président vieillissant et souvent absent au propre et au figuré.  » Désormais Bourguiba, témoignent les deux journalistes, a ses jours, sinon ses heures. A tel ministre, il paraît vieilli, évasif, préoccupé par ses insomnies, hanté par son rôle dans l’histoire de son pays. D’autres, parfois les mêmes, le trouvent le lendemain crépitant d’idées, allègre, lucide, tourné vers l’avenir et prêt à prendre d’importantes décisions.  » (p.407). Triste parfum de fin de règne…

 

L’énigme Bourguiba

Ecrit dans un style sobre – qui se veut détaché malgré le ton affectueux dissimulé entre les lignes – les coauteurs s’interrogent à juste titre: pourquoi le Père de la nation, homme de culture, féru des Lumières, récitant de mémoire Victor Hugo, Rimbaud et Verlaine, a-t-il été si réfractaire à la démocratie, aux principes des Droits de l’Homme et au pluralisme ? Le lecteur reste sur sa faim et la terrible question demeure ouverte…

*Editions elyzad, 561p. Prix :22dt

En partenariat avec les librairies El Moez (El Menzah I) & Zéphyr (La Marsa)

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