« Je ne suis pas un handicapé, je suis un révolté »

“Je ne suis pas un handicapé, je suis un révolté”


Le 16 janvier, ils sont environ une trentaine de Tunisiens, adossés contre les murs de la Kasbah, dans un coin en face du siège du gouvernement. Depuis le vendredi 13 janvier, ces d’hommes et ces femmes arrivés de la délégation de Regueb, dans le centre du pays, dorment à la belle étoile. Malgré leurs visages tirés par la fatigue, ils sont bien décidés à  » persévérer  » dans leur sit-in. Leurs revendications, ce sont eux qui les racontent.

Zied Garraoui :  »  Je ne suis pas un handicapé, je suis un révolté « 



Il s’appelle Zied Garraoui. Les autorités le définissent comme  » un blessé de la révolution « , lui, il se définit plutôt comme  » un révolté « .  » Ils (les autorités, ndlr) m’ont proposé de me donner un carnet de soins blanc et une carte handicapé, mais moi, je n’en veux pas, je ne suis pas un handicapé, je suis un révolté. Je veux qu’on me soigne, c’est tout. Je peux bien guérir « . C’est par ces phrases, aussi tristes qu’exaspérées, que ce jeune homme de 22 ans s’est exprimé, tout en montrant son genou enflé. Un an auparavant, selon lui, les BOPS (Brigades de l’ordre public, ndlr) lui ont tiré sur la jambe droite alors qu’il accompagnait le cortège funèbre du martyr Raouf Kaddoussi, le 9 janvier 2011. Après deux opérations chirurgicales, deux mois passés dans une clinique privée, deux mois à l’hôpital militaire, quatre à l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax, de lourds frais payés de sa poche grâce aux faibles revenus de sa famille, ce Tunisien, malgré une longue cicatrice qui parcourt sa jambe, a toujours sa balle dans le genou. Apparemment, une telle opération ne se fait pas en Tunisie.  » Si on enlève la balle en Tunisie, je passerai le reste de ma vie sur une chaise roulante. Mon opération ne se fait qu’en Suisse, en Allemagne ou aux États-Unis. Mon état est critique, mais le gouvernement m’ignore et ne veut pas me prendre en charge « , avance-t-il indigné. Montrant sa cicatrice après 140 points de sutures, il explique ne pas pouvoir payer une telle opération à l’étranger: le montant s’élève à 80.000 dinars. Et il pose:  » sans ce que j’ai fait, sans les sacrifices des martyrs et des blessés qui se sont révoltés contre la corruption et l’injustice, ce gouvernement et ces ministres seraient-ils là ? « 

Wassila Ayouni, mère du martyr Nizar Slimi :  » On veut que les criminels soient jugés « 

Tenant étroitement la photo de son fils, les yeux hagards, cette femme quinquagénaire parvient à peine à s’exprimer :  » Ils (les autorités, ndlr) disent que les gens de Regueb et de Kasserine font des sit-in pour avoir de l’argent, mais ce n’est pas vrai. Nous, on veut que les criminels soient jugés dans les plus brefs délais. Ceux qui ont tué nos enfants sont toujours libres et ils ont même été promus.  » A ce moment, tout le monde s’est précipité pour citer, non sans colère, les noms de leurs  » bourreaux « .

Dans la nuit du 15 janvier 2012, la police est venue et les aurait agressés, essayant de mettre fin à leur sit-in. Le même jour, Hamadi Jebali, le Premier ministre, s’est  » vite  » entretenu avec eux, leur expliquant  » n’être qu’un ministre comme les autres, avant de les laisser pour se dépêcher à la rencontre de l’Emir du Qatar « .

La mère de la martyre Manel Bouallagui :  »  Je veux les droits de mes petits-enfants « 


Tout aussi fatiguée que ses camarades, la mère de Manel Bouallagui, la martyre de 26 ans qui est tombée, le 9 janvier 2011, sous les balles de la police de Ben Ali, ne trouvait pas les mots pour communiquer sa tristesse et sa colère.  » Ils nous ont oubliés, on nous a promis monts et merveilles, mais nous on ne veut rien. On veut seulement la justice et nos droits. Ma fille m’a laissé deux orphelins et je n’ai pas les moyens de les éduquer ni de les prendre en charge.  » Chaque martyr a pourtant reçu la somme de 20.000 dinars au lendemain de la révolution. Mais cette femme estime que cette somme n’est pas suffisante pour subvenir aux besoins de sa famille et de ces deux petits enfants. Assise sur un matelas de fortune, elle répète:   » Je veux les droits de ma petite-fille et de mon petit-fils « , faisant référence à une indemnisation.

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