“Mémoire en retraite”, quand Alzheimer fait sourire

“Mémoire en retraite”, quand Alzheimer fait sourire

Comment se comporter face à la dégénérescence physique et morale de son propre père, atteint de la maladie d’Alzheimer ? Comment gérer une mémoire défaillante qui gomme un pan de la vie et qui efface même votre propre visage ? Comment ne pas se sentir coupable de ne pas pouvoir aider cette personne tant aimée, chérie et respectée, celle qui vous a donné la vie,  à retrouver sa dignité ? Que faire devant un parfait inconnu qui oublie votre nom ? Telles sont les questions brûlantes voire existentielles auxquelles la dramaturge et metteur en scène Meriem Bousselmi a essayé de répondre dans ” Mémoire en retraite “.

Interprétée par le duo Slah M’sadak et Kabil Sayari et produite par le Théâtre National, subventionnée par l’Etat, la pièce évoque le drame d’un fils torturé, incapable de voler au secours d’un père atteint de la terrible maladie d’Alzheimer. Au-delà de la maladie, c’est la relation père-fils qui est évoquée en filigrane de cette pièce à la mise en scène épurée.

Un décor sobre et dépouillé

Seuls une chaise toilette, une chaise longue se transformant en un lit de mort et un miroir accompagnent les acteurs. Un décor dépouillé qui crée un vide suggérant une ambiance d’isolement et d’enfermement. Un vide qui souligne le jeu des deux acteurs et surtout l’expression de leurs visages. Seule fenêtre de sortie et d’espoir : la pendule lumineuse disposée sur un rideau noir délimitant l’estrade. Tel un éclair fendant un ciel sombre, elle apparaît comme une échappatoire dans ce monde où la scène n’évoque que solitude, voire prison intérieure.

Rire pour ne pas pleurer ?

Face à cette situation de souffrance, l’ambiance est lugubre. Pourtant les rires fusent quand on s’y attend le moins. Comme lorsque le fils attachant son père à l’aide d’une corde rouge pour l’empêcher de ” faire des bêtises “. C’est lui-même qui finit prisonnier de son propre piège. Un humour noir, certes douloureux, mais qui nous libère de notre propre angoisse.

Le rire n’est-t-il pas une thérapie contre notre propre angoisse existentielle ? Et que serait le monde sans cette faculté de rire de nos malheurs pour mieux les transcender ?

Pendant une heure et demie, le public du Quatrième Art a vécu des moments de bonheur grâce au jeu subtil et tout en finesse des deux acteurs. A 28 ans, Meriem Bousselmi, juriste avant d’être dramaturge, a démontré qu’on peut monter une pièce de théâtre avec “très peu de moyens”. (Le producteur a refusé de nous fournir le coût réel du spectacle). Le metteur en scène a surtout eu le mérite de diriger d’une main de maître Slah Msadek, l’enfant terrible du théâtre tunisien -acteur au riche palmarès qui s’est notamment distingué en jouant le rôle principal dans le film de Nawfel Saheb Ettabaa, El Kotbia. Et c’est déjà en soi une prouesse…

Informations pratiques:

” Mémoire en retraite ” , les 3, 4 et 5 janvier à 19h au Quatrième Art

  • Texte et mise en scène : Meriem Bousselmi
  • Interprétation :Sleh Msadak, Kabil Sayari
  • Durée du Spectacle : 90 m
  • Scénographie : Mohamed Driss
  • Accessoires: Mohmoud Chouchen, Neji Khadraoui
  • Costumes : Basma Dhaouadi
  • Son : Nabil Jallely
  • Lumière : Omar Atrous, Hsan Gabsi
  • Réalisation du décor: Moncef Ben Hamouda, Ferjani Dridi

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