La finance islamique, nouvelle niche pour l’Afrique du Nord

La finance islamique, nouvelle niche pour l’Afrique du Nord

Alors que l’économie tunisienne peine à sortir la tête de l’eau, que l’économie mondiale est en berne et que le système financier international est face à une nouvelle crise de la dette, la finance islamique apparaît comme un moyen de relancer l’économie tunisienne. Selon un rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD) publié le 14 décembre, la finance islamique permet notamment la création de richesses et favorise le développement économique et social. La finance islamique serait-elle alors un moyen de relancer l’économie?

Apparue dans les pays musulmans pour contourner l’interdiction faite dans le Coran du « riba » (prêt à intérêt), ce service bancaire reste encore peu développé en Afrique du Nord, selon la BAD. Pourtant, il offre des outils de financement jugés « intéressants » pour le financement de projets, à l’instar du « Mucharaka » qui se présente comme une « sorte de partenariat où la banque
contribue avec l’emprunteur au capital, comme un actionnaire classique,
les profits et les pertes étant partagés entre les deux au prorata de
la participation », ou encore de « la Mudharaba ». Dans ce cas, « la banque finance entièrement
l’entrepreneur et partage les bénéfices avec lui selon un pourcentage
fixé à l’avance ».

De même, elle offre à l’Etat tunisien le « Sukuk ». Il s’agit d’un « produit financier islamique adossé à un actif tangible et à échéance fixe, qui confère un droit de créance à son détenteur ». Pourtant, la finance islamique n’a pas enregistré une évolution sensible, constate Slaheddine Kanoun, administrateur provisoire de la Banque Zitouna, un des établissements pratiquant la finance islamique. A ses yeux, c’est « par manque de volonté politique et d’adaptation du cadre législatif à ce type d’activité ».

Pour les experts de la BAD, trois facteurs expliquent le caractère
relativement sous-développé des services bancaires islamiques en Afrique
du Nord, à savoir le développement limité des activités bancaires de
détail, la faible familiarisation des clients potentiels avec les
services bancaires islamiques et le manque de soutien de l’Etat.

La FI dans la Tunisie en crise mais plein d’espoir 

Le rapport rédigé sous la direction du professeur Rodney Wilson (School of Government and International Affairs, Durham university, Angleterre) fait état de l’existence de trois banques islamiques en Tunisie: Al Baraka Tunisia et Noor Bank qui interviennent en tant qu’institutions offshore et la Banque Zitouna, qui opère comme une banque de détail locale, pour desservir le marché national. Depuis la révolution, cette banque a déployé des efforts « considérables », selon
Slaheddine Kanoun, pour se détacher de l’image de l’ancien régime et de sa coloration
politique. La Banque Zitouna a en effet été créée en 2010 par Sakher El Matri, le gendre du président déchu. Et depuis janvier 2011, la Banque Zitouna a été saisie par la Banque centrale de Tunisie. Elle assure désormais le financement du développement de l’immobilier,
des autocars touristiques, des équipements et des stocks.

L’étude rappelle que « les services bancaires islamiques sont, essentiellement,
des services de détail qui satisfont, pour l’essentiel, les besoins des
salariés. Ils tiennent lieu de moyens de paiement et permettent
d’accorder un financement aux particuliers pour l’acquisition des
véhicules et de logements ». Mais elle souligne surtout que « les coûts de financement imposés par les banques islamiques, sont
souvent plus élevés que ceux des banques classiques. Il existe
naturellement, le coût du respect de la Chariaa, auquel s’ajoute les
honoraires d’avocats liés à la structuration des produits qui augmentent
les frais généraux ».

La contribution de la finance islamique dans l’économie « se situe principalement au niveau de
l’enrichissement et la diversification des ressources de financement », a
expliqué Slaheddine Kanoun, avant d’analyser que « cette contribution peut revêtir plusieurs formes. En premier,
optimiser la collecte de l’épargne nationale à travers des banques et
des fonds de placement collectif conformes à la Charia et sa
canalisation pour le développement économique du pays. D’après certaines
études, 30% de la population tunisienne ont une affinité avec la
finance islamique. Dans un second temps, il s’agit de booster la demande nationale et soutenir
la relance par le financement d’agents économiques en quêtes
d’instruments « Chariaa compliants ». Enfin, la dernière forme revient à capter des fonds d’investissement étrangers et
notamment des fonds provenant des pays du golf pour accompagner des
projets structurants nécessaires au développement surtout régional et à
la création d’emploi ».

Et le potentiel dans la région est important. En Afrique du Nord, seules 24 opérations de financement islamique de projets ont été, à ce jour, approuvées, pour un montant total de plus de 2,4 milliards de dollars, rapporte la BAD. Pourtant, le secteur bancaire islamique devrait connaitre des bonnes perspectives de développement, notamment, en Afrique du Nord et au Maghreb avec un marché potentiel important, sachant qu’il pèse près de 1.000 milliards de dollars et peut atteindre 1.800 milliards de dollars en 2016.

Jusque-là, la finance islamique est parvenue à financer trois opérations à savoir ‘Tunisian Indian Fertilizer’ (150 millions de dollars en mars 2009 qui est  un projet de construction d’une usine de production d’acide phosphorique d’une capacité de 360 000 tonnes par an à Skhira, mais aussi, un projet de développement d’irrigation (12,3 millions de dollars en décembre 2009) et celui de développement du Port Financier de Tunis (en octobre 2011), dont le coût s’élève à 3 milliards de dollars, selon l’étude de la BAD. Ce Port, situé à Raoued, est calqué sur le modèle de celui de Bahreïn ‘Gulf Finance House’, qui se veut une banque d’investissement, créée en 1999, en vue de fournir des services conformes à la Chariaa.

Booster la finance islamique pour relancer l’économie 

Reste à mettre en place un cadre législatif. « Le gouvernement sortant s’est penché sur ce dossier en préparant
certains projets de réglementation propices au développement de la
finance islamique en matière d’adaptation du cadre fiscal (projet loi de
finance 2012) et de refinancement (projet loi sur les Sukuk). Des
projets qui devraient être soumis au nouveau gouvernement », souligne Slaheddine Kanoun.

En clair, le nouveau gouvernement devrait, donc, réviser le cadre de
réglementation financière et bancaire permettant de répondre aux
nouvelles exigences de l’économie tunisienne et aux attentes des
investisseurs locaux et étrangers. Et prévoir un mécanisme national qui
accepterait la prise en charge du risque de change pour équilibrer la
trésorerie de la banque islamique.

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