La Tunisie et l’UE : 1 an après la « révolution du jasmin »

La Tunisie et l’UE : 1 an après la “révolution du jasmin”

Par Štefan Füle, Commissaire européen pour l’Élargissement et la Politique européenne de voisinage

 

Dans l’histoire de la Tunisie, l’année 2011 restera à tout jamais gravée d’une marque blanche et indélébile: celle de sa révolution du Jasmin. Elle aura permis le renversement largement pacifique d’un régime autocratique et coercitif et l’entrée résolue dans un processus de démocratisation où le pluralisme des idées et des partis a déjà trouvé un terrain d’expression sans entraves. Le mouvement est né du peuple et de ses revendications légitimes pour plus de liberté, de solidarité, de dignité et de développement solidaire. Il a été une source d’inspiration pour toute une région, et même bien au-delà du monde arabe.

En dix mois, la Tunisie a atteint des résultats remarquables: liberté d’expression et d’association, adhésion à d’importantes conventions internationales en matière des droits humains, bon déroulement d’élections saluées comme véritablement pluralistes, maîtrise de la situation économique malgré la crise qui a frappé le pays. En outre, la Tunisie a fait preuve d’une grande générosité et de sa solidarité à l’égard de la population libyenne touchée par la guerre civile. La maturité politique de la Tunisie et de son peuple durant toute cette période a été remarquable et mérite le plus grand respect de la part de l’Union européenne (UE).

Avec les élections de l’Assemblée constituante, la Tunisie est désormais entrée dans une phase décisive de sa transition politique. L’UE a salué le résultat des récentes élections démocratiques. La responsabilité des nouvelles autorités tunisiennes est grande et l’UE est impatiente d’engager le dialogue et la coopération avec le nouveau gouvernement tunisien. Je suis persuadé que la nouvelle situation du pays nous permettra d’avoir un dialogue ouvert et franc avec les autorités tunisiennes sur tous les sujets d’intérêt communs. A l’inverse du passé, nous pourrons aborder tous les sujets sans tabous et exprimer librement nos éventuelles différences de vues.

Alors que par le passé elle avait été un partenaire surtout dans le développement économique et social, l’UE a affirmé dès le début de la révolution tunisienne son soutien aux nouvelles ambitions de la Tunisie. Ce soutien s’est exprimé par de nombreuses déclarations politiques, et notamment par l’offre d’un partenariat pour la démocratie et la prospérité dans le cadre de la nouvelle politique de voisinage. Mais il a également été concret. Il s’est traduit d’abord par une assistance immédiate au processus transitionnel de préparation des nouvelles institutions de l’Etat, une contribution à la préparation des élections par la présence sur le terrain de cinq experts pendant six mois et l’envoi, à la demande des autorités, d’une mission d’observation du scrutin électoral. De même, un soutien a été accordé à des organisations de la société civile qui ont été parmi les principaux artisans de la révolution, afin de renforcer leurs capacités d’action.

L’Union européenne a également doublé son assistance financière à la Tunisie, en la portant de 80 à 160 millions d’euro pour l’année 2011. Ce budget a été alloué à des actions en vue de la relance économique, de l’emploi, de l’appui à la compétitivité du secteur des services, de l’appui aux régions défavorisées, ou encore en matière de réforme de la justice, ou de mobilisation d’une assistance technique pour la récupération des avoirs bloqués. A tous ces efforts, vient aussi s’ajouter l’aide humanitaire européenne de 80,5 millions d’euros qui a été mobilisée pour aider la Tunisie à gérer la crise des réfugiés libyens.

Finalement, l’Union européenne a largement contribué aux efforts internationaux en faveur des pays du  » Printemps arabe  » dont la Tunisie, au sein du G8 (‘Partenariat de Deauville). Elle a également mobilisé les partenaires européens et internationaux en faveur de la Tunisie dans le cadre de la Task Force  » Tunisie-Union européenne  » qui s’est réunie fin septembre et qui a permis de réunir de nombreux investisseurs privés et institutions financières internationales.

Lors de cette réunion, un effort global financier d’un milliard d’euros a été annoncé par plusieurs institutions internationales, dont la Commission européenne, en faveur de la relance économique.

Au niveau régional, tenant compte de l’importance de ses relations avec les pays partenaires du sud de la Méditerranée, l’Union européenne a proposé de nouvelles pistes d’action permettant d’accompagner plus efficacement les pays qui s’engagent résolument dans le processus de démocratisation profonde et de réforme. En effet, la révision de la Politique européenne de voisinage a conduit à l’adoption du principe du  » plus pour plus « . Suivant ce principe, l’Union offrira des perspectives de coopération et de soutien d’autant plus fortes que les pays partenaires s’engageront, selon leur propre rythme et en fonction de leurs spécificités, dans la voie de la démocratisation, du respect des valeurs universelles et des libertés fondamentales et des réformes de la gouvernance. L’UE ne s’arroge pas le droit d’agir en tant que juge qui donne un prix aux bons partenaires ou une sanction aux mauvais partenaires. Mais le temps est passé d’un soutien indifférencié entre les pays qui font de véritables efforts et ceux qui ne paient aucun crédit à leurs engagements vis-à-vis de leur population et de la Communauté internationale.

Reconnaissant les progrès substantiels de réforme déjà accomplis par la Tunisie depuis la Révolution, l’UE a ainsi décidé que la Tunisie devrait être le premier bénéficiaire du programme SPRING (programme de soutien aux partenariats, réformes, et à une croissance inclusive pour les pays de la région du voisinage sud). Elle a également proposé de débuter avec la Tunisie les discussions sur un partenariat pour la mobilité et pour un accord de libre échange complet et approfondi qui devraient multiplier les opportunités de mobilité et d’échanges pour les citoyens et entreprises tunisiennes. L’objectif est d’établir un partenariat privilégié entre l’Union européenne et la Tunisie.

Dans l’immédiat, l’ancrage de la démocratisation appelle une intervention dans des secteurs aussi diversifiés que le renforcement de l’Etat de droit, la réforme de la justice et la lutte contre la corruption, l’emploi notamment des jeunes diplômés, le développement des régions de l’intérieur, l’amélioration de la protection sociale et des services de base. Elle exige aussi, en Tunisie comme ailleurs, une attention permanente de tous pour que soient respectés les droits humains et sociaux ainsi que les libertés fondamentales en matière d’expression, d’association, de religion, de presse tout en sauvegardant les droits de la femme et les acquis du statut personnel.

En élaborant une nouvelle constitution et en s’attelant aux réformes indispensables, la Tunisie écrit une nouvelle page de son histoire. L’UE, plus que jamais, est à ses côtés pour préparer l’avenir. L’UE a un intérêt majeur à la réussite du processus qui est engagé en Tunisie et dans d’autres pays de la région.

Je sais que la voie vers une Tunisie démocratique, stable et prospère sera ardue, mais je sais aussi que je n’épargnerai aucun effort pour que la Commission européenne apporte son soutien le plus total à l’effort remarquable du peuple tunisien et à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour un avenir plus juste et plus digne.

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