Voyager en temps de crise (extraits)

Voyager en temps de crise
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La crise économique a commencé en 2007 aux Etats-Unis puis en 2008 en Europe et depuis un an de nombreux pays arabes traversent des ” révolutions “, des mouvements de révolte, ce que l’on a appelé ” le printemps arabe “. Les voyagistes en conséquence, du moins la plupart d’entre eux, connaissent une période de crise liée aux deux mouvements que nous avons évoqués, l’un de nature économique et l’autre de nature avant tout politique même si, cela n’échappe à personne, la crise que traversent de nombreux pays arabes est structurellement liée à des paramètres de nature économique.

Comment voyager en période de crise ? Faut-il même continuer de parcourir le monde quand celui-ci est en feu ? Nous le pensons. Et ce ne sont pas des paramètres bassement économiques qui nous poussent à le penser. Nous affirmons qu’il faut continuer de voyager, mais pas n’importe où ni n’importe comment.

Le printemps arabe et les mouvements de révolte dans le pays arabo-musulmans

Le terme de ” printemps arabe ” dit quelque chose de juste dans la mesure où plusieurs pays du Maghreb, du Machrek et jusqu’aux extrémités du Moyen-Orient ont connu quasiment simultanément des révoltes au printemps 2011. L’expression trouve pourtant vite ses limites : Mohamed Bouazizi s’est immolé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid et l’ex-président Ben Ali a pris la fuite le 14 janvier. Le printemps a commencé en hiver. L’expression ” printemps arabe ” donne aussi l’illusion qu’il n’y a qu’un seul mouvement analogue dans les pays concernés alors qu’il y a autant de situations que de pays et de régions.

Deux groupes de voyageurs sont partis avec Terre Entière en Tunisie au mois de février. Il s’agissait de deux circuits culturels. C’était le moment où les touristes fuyaient la Tunisie et nous ne trouvions aucune raison valide de suspendre les départs. Certes, cela bougeait encore bien dans les rues de Tunis mais les mouvements étaient pacifiques et ne mettaient en aucune manière en danger la sécurité des voyageurs ni la sérénité de leur séjour. Nos clients ont été les témoins d’une transformation fulgurante du pays et de sa sortie de décennies d’un pouvoir arbitraire et corrompu. Ils ont pu d’autre part suivre l’intégralité du programme et des visites à l’intérieur du pays. Depuis, malgré les tensions à l’approche des élections pour la Constituante le 23 octobre dernier et les mouvements d’inquiétude qui ont suivi les résultats de ces élections, la Tunisie reste paisible et hospitalière. Nous connaissons peu l’état de ses plages – ce n’est pas notre métier – mais le pays accueille dans la paix les voyageurs. À l’occasion du voyage que nous venons d’organiser sur le printemps arabe, nombreux sont les Tunisiens qui nous ont exprimé leur désir de voir leur pays sortir d’un tourisme de masse et au rabais, selon leur propre expression : ils sont une grande majorité à vouloir développer un tourisme de qualité.

La situation en Égypte comporte de nombreuses analogies avec celle de la Tunisie. Les limites de la comparaison se font malgré tout sentir : un mouvement de protestation qui a duré plus longtemps jusqu’à ce que le président Moubarak se décide à quitter le pouvoir, une forte présence de l’armée qui a montré jusqu’ici que c’était elle qui faisait ou défaisait les rois, une persistance des rassemblements sur la place Tahrir même après la chute du régime, etc. Pourtant, il en est de même de l’Égypte que de la Tunisie : les voyages sont possibles et souhaitables, ils ne présentent aucune forme de risque particulier dès lors qu’on ne se joint pas aux manifestants. Il y a, concernant l’Égypte, un paradoxe : jusqu’en 2011, les touristes n’étaient pas choqués d’être précédés et suivis par l’armée, c’était l’usage d’être ” en convoi “, toutes choses qui n’auraient pas dû rassurer sur l’état sécuritaire du pays. Aujourd’hui, le pays se libère d’un joug et commence à acquérir sa liberté et les touristes le fuient. Triste manière d’accompagner un peuple en marche vers sa libération.

Le cas de la Libye est radicalement différent de celui de ses deux voisins. Alors que Terre Entière est l’un des spécialistes les plus réputés de la Libye, nous avons annulé assez tôt tous nos projets de voyages et de croisières dans ce pays. Et il n’est pas question de les reprendre avant d’avoir fait sur place un diagnostic très précis dans chaque ville et chaque région où nous conduisions des voyageurs. Comme chacun sait, les révoltes ont commencé en Cyrénaïque et elles n’ont gagné la Tripolitaine et le Fezzan que par l’appui des forces de l’OTAN. L’ancien dictateur libyen, le colonel Mouammar Kadhafi n’a pas quitté le pouvoir délibérément mais il a été sauvagement tué par des rebelles. Il aurait certainement mieux valu pour la paix qu’il soit jugé par la cour pénale internationale er réponde de ses crimes contre l’humanité. Autant que nous pouvons en juger à ce jour, une grande partie des Libyens – mis à part ceux de Cyrénaïque – gardent de l’attachement envers leur ancien ” guide ” et ils risquent d’en vouloir longtemps à ceux qui l’ont tué. Quand on sait la part prise par la France dans l’engagement de l’OTAN, il vaut mieux être prudent avant de retourner en Libye, surtout si on est un citoyen français. À cela il faut ajouter les quantités considérables d’armes détenues par les Libyens, qu’ils aient fait partie du clan des rebelles ou des fidèles à Kadhafi. L’armée tente de récupérer ces armes que l’on trouve dans quasiment chaque foyer mais elle se livre à une mission impossible. Enfin, les frontières du pays sont devenues poreuses et on ne peut exclure des actes terroristes qui jusqu’ici avaient pratiquement toujours épargné la Libye. Pour conclure, ce n’est pas le moment de se rendre en Libye : nous y annulons tout voyage jusqu’à nouvel ordre.

Les victoires des ” islamistes ”

Dans tous les pays du Maghreb dans lesquels les citoyens ont été appelés à se prononcer par la voie d’élections, ce sont les partis dits ” islamistes ” qui ont remporté le plus de voix. Cette victoire des islamistes est plus frappante encore en Égypte où les voix des Frères musulmans (36,62 %) additionnées à celles des salafistes (24,36 %) donnent un total de plus de 60 %. Ces victoires étaient attendues même si on n’en prévoyait pas l’ampleur. Il n’est pas question ici de faire une analyse détaillée de ce phénomène mais simplement de donner quelques éléments d’information pour éclairer le voyageur.

D’abord, il n’est pas plus risqué de voyager dans un pays qui a élu des islamistes que dans un pays qui a pour chef un dictateur. D’une manière générale, notre position a toujours été celle-ci : le fait de se rendre dans un pays ne signifie en aucune manière que l’on apporte une caution à ses dirigeants du moment. En revanche, le fait de voyager dans le respect des traditions et des cultures peut toujours apporter aux citoyens rencontrés un sens des mêmes valeurs de respect des différences, de tolérance de l’autre quelles que soient ses opinions, sa religion, etc. Nombreux sont celles et ceux qui espèrent que le statut des femmes ne va pas connaître de régression. Nous sommes également nombreux à rester vigilants quant au respect des minorités ethniques et religieuses. Le cas des chrétiens qui vivent en ” terre d’islam ” peut paraître préoccupant. Sur ce point, la Turquie qui est souvent donnée en exemple pour sa ” laïcité ” a de sérieux progrès à faire pour le respect des droits des chrétiens. Ces derniers sont tellement mal traités qu’ils ont quasiment disparu du territoire turc…

>Retrouvez l’intégralité de cet article qui aborde aussi la situation au Maroc, en Algérie, en Syrie, en Jordanie, en Russie ou encore en Europe en cliquant ici.

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