La BCT dans la ligne de mire

La BCT dans la ligne de mire

Au moment où tous les yeux sont rivés sur la Tunisie qui devra dévoiler, dans quelques jours, son nouveau gouvernement, issu des élections du 23 octobre, la Banque centrale de Tunisie (BCT) n’a pas pris de gants pour amorcer une vive polémique sur les difficultés économiques que connaît notre pays. Que ce soit à la réunion de son conseil d’administration le 1 décembre 2011, à la conférence annuelle du Forex Club de Tunisie, au 35ème congrès du forum de la Pensée contemporaine ou encore à la 26ème édition des Journées de l’entreprise, la BCT n’a pas cessé de tirer la sonnette
d’alarme.

Celle-ci met, ainsi, en garde contre les risques d’aggravation de la situation économique qui
peuvent entraîner une cessation de paiements. Et ce d’autant
plus que la marge de manœuvre, aussi bien sur le plan monétaire que
financier, est devenue réduite. L’institution a souligné avec insistance la persistance, depuis près d’un an, des difficultés économiques que traverse le pays à cause de la crise politique de ces derniers mois, accentuée par la conjoncture économique mondiale difficile. Et la crise n’est pas loin, selon le dernier communiqué de la BCT.

“Faux-débats et partage du gâteau”

L’alerte a été donnée, ces derniers jours, alors que tout le pays attend encore la nomination du nouveau gouvernement. Selon, l’économiste Hassine Dimassi, “tous les indicateurs économiques sont dans le rouge”. Le taux de croissance de l’économie nationale devrait être quasi-nul (zéro) à la fin de l’année budgétaire 2011, alors qu’il était de l’ordre de 13 % en mai 2010. Et les déficits des finances publiques et des paiements extérieurs deviennent plus que préoccupants. La Banque Centrale de Tunisie, a analysé cet universitaire, “a voulu attirer l’attention sur cette situation socioéconomique critique non seulement de tous les citoyens mais aussi et surtout du futur gouvernement”. Il s’avère que ce cri de détresse “pourrait, peut-être, réveiller nos
responsables politiques totalement obnubilés par les faux débats et le
partage du gâteau”, a-t-il conclu.

Alors la situation économique est-elle si dramatique? “Elle est très mauvaise”, a avoué le professeur Hassine Dimassi, avant de dresser un tableau noir: “Lorsqu’un pays commence à s’endetter à l’extérieur non pour investir et créer plus de richesse mais plutôt pour rembourser la dette antérieure, bouffer et gaspiller, c’est là le début de sa fin. Et, malheureusement, nous y sommes”.

Prendre conscience

 

Un avis partagé par Fadhel Abdelkefi, président de la Bourse de Tunis et directeur général de Tunisie Valeurs. “La BCT a sonné l’alarme
aux opérateurs économiques pour dévoiler les principales difficultés
afin que tout le monde puisse prendre conscience de la situation
actuelle”, a-t-il justifié. Ce faisant, “il faut arrêter les sit-in et les grèves, ainsi
chacun doit penser objectivement à la situation économique du pays”,
a-t-il estimé.

“Cet avertissement lancé par la BCT pourrait faire prendre conscience aux fauteurs de ces troubles de la gravité des actions qu’ils mènent de façon anarchique et irréfléchie. Il pourrait, également, faire comprendre aux responsables politiques que l’économique, le social et le politique ne constituent pas des machines mécaniques, fonctionnant de façon autonomes l’un des autres, mais plutôt un tout dialectique, constamment inter-liés”, a lancé Hassine Dimassi.

Les prévisions économiques pour 2012 

L’année 2012, qui commencera dans quelques jours, connaitra, selon Hassine Dimassi, “une situation socioéconomique  certainement chaotique du pays. Etant donné qu’il pourrait y avoir simultanément deux menaces majeures notamment les retombées catastrophiques de la crise économique en perspective dans l’Union Européenne, d’une part, et l’inconscience, voire l’insouciance des responsables politiques, d’autre part”. L’objectif étant d’œuvrer à rétablir la confiance et à redynamiser l’activité économique et l’emploi. Aussi, l’accélération de l’adoption du budget de l’Etat et de la loi de finances pour l’année 2012.

A cet égard, l’action du conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie s’inscrit dans la dynamique d’appel de prise de conscience  du prochain gouvernement et au retour du fonctionnement normal des rouages de l’Etat et de ses services publics dans les plus brefs délais. Ce gouvernement devra s’atteler à des tâches jugées prioritaires pour relancer la croissance. Pour ce faire, un climat de confiance à l’endroit des investisseurs peut permettre d’attirer les investissements étrangers. Toutefois, il ne devrait pas oublier le renforcement du rôle du secteur privé dans l’économie nationale.

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here