Marzouki, militant à la tête de l’Etat

Marzouki, militant à la tête de l'Etat

Le 13 décembre, par J.S.

Le nouveau président de la République a promis d’être “le président de tous les Tunisiens” et qu’il “n’épargnera aucun effort” pour améliorer les conditions de vie des Tunisiens. C’est en ces termes que s’est exprimé Moncef Marzouki, le mardi 13 décembre, alors qu’il prêtait serment devant l’Assemblée constituante.

Elu le 12 décembre avec 115 voix pour, ce professeur en médecine était un fervent opposant à Ben Ali. Tour à tour directeur (1985), puis vice-président (1987) et président (1989) de la Ligue des droits de l’Homme, il dénonce en 1994 ” la mascarade électorale et la loi en vigueur interdisant toute candidature non validée par le régime de Ben Ali “.

” On était tout le temps sous pression, tout le temps “, raconte Fathi Jerbi, membre du CPR, le parti qu’ils ont fondé ensemble en 2001 et qui a recueilli 29 sièges sur les 217 de l’Assemblée constituante. Emprisonné quelques mois après cette intervention, il est libéré grâce à l’aide personnelle de Nelson Mandela, le président sud-africain pour qui il voue une forte admiration. ” Au départ, je voulais nommer le parti ” le Parti républicain tunisien “, mais Moncef Marzouki a préféré utiliser le mot ” Congrès ” en référence à Nelson Mandela “, poursuit celui qui a vécu 25 ans en Belgique.

” A l’époque, on nous empêchait de faire de la politique, mais au sein du CPR, nous étions des têtes brûlées “, se souvient ce professeur en économie. Défendre les libertés, toutes les libertés, était le mot d’ordre du parti. Et le rapprochement du CPR avec Ennahdha n’est pas surprenant. Pendant des années, des militants d’Ennahdha militaient à leurs côtés : ” ils ne pouvaient pas bouger à l’époque, ils ne pouvaient pas faire autrement que nous rejoindre “. Pas étonnant qu’il envisage de nommer Hamadi Jebali, à la tête du gouvernement. D’ailleurs, dans son discours au peuple tunisien, il a évoqué le niqab avant le chômage, reléguant au deuxième plan les revendications principales de la révolution. Mais c’est avec beaucoup d’émotions et les larmes aux yeux, que le nouveau président de la République a rendu hommage aux martyrs de la révolution. Ces martyrs mêmes qui lui ont permis de rentrer en Tunisie, quatre jours après le départ de Ben Ali, et de se présenter à ce poste qu’il convoitait, à distance, depuis des années.

” Mais il était très utile. Il pouvait passer sur Al-Jazeera. Cela permettait aux Tunisiens de savoir ce qu’il se passait dans leur pays “, se souvient cet homme de 55 ans. Il n’a jamais laissé tomber son militantisme. Membre du comité directeur de l’organisation arabe des droits de l’Homme au Caire, il est toujours un membre actif de la section tunisienne d’Amnesty International. Pourtant, son parti n’a pas signé la charte que l’ONG internationale a fait circuler peu avant les élections de l’Assemblée constituante.

C’est le 18 janvier que Moncef Marzouki repose un pied en Tunisie. Depuis 2001, il avait trouvé refuge en Alsace, où ce bédouin de 66 ans a appris l’Alsacien, pour échapper aux pressions du régime dictatorial. ” En fait, il n’était pas exilé, rectifie Fathi Jerbi. Il est parti pour des raisons financières “. Professeur de neurologie à l’université de Sousse, il aurait été licencié à la suite de pressions. Ne pouvant plus trouver de travail dans son pays natal, Moncef Marzouki s’est envolé pour l’Hexagone avec sa femme et ses deux enfants. Alors en exil et sans ressource, cet homme connu pour son militantisme obtient un poste à l’université de Bobigny grâce à une intervention de Jack Lang, alors ministre de l’éducation, selon Fathi Jerbi. Fin orateur, son débit est rapide, son parler, franc. ” Pas de double-discours chez Marzouki “, assure-t-il. Ecrivain bilingue, il a publié 16 livres en arabe et quatre en français.

Reste à savoir si l’habit de président lui conviendra. ” Il fera des erreurs par manque d’expérience, très certainement, avoue Fathi Jerbi. Mais il est un vrai démocrate. “

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