Agences de notation financière : catalyseurs de crises?

Agences de notation financière : catalyseurs de crises?

 

En pleine crise de la zone euro, les agences de notation financière surgissent encore une fois et dominent l’actualité économique et politique. Standard & Poors menace d’abaisser la note de la France et des pays de la zone euro, lit-on partout dans les médias. L’agence Moody’s a dévalué la note de trois banques françaises. La Tunisie n’a pas non plus été épargnée. Elle a vu sa note dégradée au lendemain des évènements qui ont secoué le pays en janvier 2011. Mais qui sont ces agences de notation? Quel est leur rôle? Et pourquoi, revêtent-elles autant d’importance? Tant de points d’interrogation qui hantent autant les spécialistes de la finance que les gens moins initiés aux rouages de l’économie.

Les agences de notation financière sont des entreprises privées, indépendantes, qui apprécient, en donnant une note, le risque de solvabilité financière d’une entreprise, d’un Etat ou d’une opération financière. La solvabilité financière est la capacité d’une personne physique ou morale à rembourser ses dettes sur le court, moyen et long terme. Plus la note est élevée, plus la probabilité que l’entreprise ou l’Etat noté fasse défaut est faible. Ces note -qui varient de AAA jusqu’à D, la note la plus faiblesont surtout un outil de décision indispensable pour les investisseurs. Lorsqu’elles sont basses, ces notes, dites souveraines, les découragent d’acheter la dette. Pour noter un pays, les agences de notation se basent sur quatre critères clés : le PIB par habitant, le niveau d’endettement, la solidité politique et l’historique en matière de défaut de paiement.

Sur le marché de la notation financière, qui a émergé depuis le début du XXe siècle avec l’avènement des marchés financiers, on distingue trois principales agences. Souvent appelées “The Big Three” (“les 3 grandes”, en français), ces agences détiennent 94% du marché : Moody’s et Standard & Poor’s réalisent chacune 40% du chiffre d’affaires de la profession, quant à Fitch Rating, elle détient 14% du marché. Et ces “Big Three” font la pluie et le beau temps du monde de la finance.

Les agences de notation, responsables des crises ?

Certes le rôle des agences de notation est indéniable dans le développement des marchés financiers, mais ces institutions sont la cible de critiques. Leur statut, leurs sources de financement, leur objectivité et leur partialité alimentent souvent les doutes des entreprises et des Etats. Elles sont même accusées de précipiter les crises financières et de menacer tout le système monétaire et économique mondial, à l’image de ce qui s’est passé en 2008. Ces agences de notation avaient, pendant des années, surestimé des produits à risque, nommés subprimes. Généreusement notés AAA, ces produits ont été à l’origine de la crise du même nom aux Etats-Unis.

La crise s’est propagée partout dans le monde affectant banque et Etats. Et le rôle des agences de notation a encore une fois été pointé du doigt. Face à cette instabilité économique, ces agences ont en effet dû dévaluer certaines institutions, enfonçant le clou. C’est le cas de la Grèce, par exemple, dont la dette publique atteignait 115% de son PIB annuel en 2009. Depuis cette date, elle était dans le collimateur de Standard & Poor’s qui a dégradé sa note en avril 2010. S’ensuit un effet boule de neige. Les investisseurs ont prôné une augmentation du taux d’intérêt de la dette, entraînant un gonflement de celle-ci et une aggravation du déficit public. La Grèce était alors au bord de la faillite. Les efforts consentis par les confrères européens et par le FMI n’ont pas remédié au problème qui s’est propagé dans d’autres pays de la zone euro. Le Portugal en 2010, mais aussi l’Espagne en octobre dernier et la Hongrie en novembre ont été la cible des agences. La zone euro, ne disposant pas d’un cadre institutionnel et budgétaire assez solide pour faire face à cette crise grandissante, se retrouve ainsi menacée.

Ces agences de notation se sont certainement invitées dans les conversations lors du sommet européen qui s’est tenu les 8 et 9 décembre à Bruxelles. Et alors que le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie ne cesse d’alerter sur la situation économique et les conséquences de la crise européenne sur l’économie locale, qu’attendre des agences de notation?

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