Egypte: « un nouvel Afghanistan »

Egypte: “un nouvel Afghanistan”

Avec agences de presse

Place Tahrir, au Caire, l’ambiance est morose. « Tous ceux à qui nous
avons fait confiance nous ont trahis », affirme Mohamed el-Assas, 25 ans, un des occupants de la place emblématique. Des résultats partiels du premier tour des législatives égyptiennes ont confirmé samedi 3 décembre les bons scores des islamistes, en tête desquels les Frères musulmans qui ont pris soin de se démarquer des fondamentalistes salafistes.

« Nous représentons un islam ‘centriste’ et modéré, nous n’imposons rien par la force », a déclaré Mahmoud Ghozlane, porte-parole des Frères musulmans, dont le parti Liberté et Justice (PLJ) est crédité d’environ 40% des voix sur la base de résultats provisoires. Ce dernier a appelé « à ne pas mettre tous les islamistes dans le même panier », en référence aux salafistes du parti Al-Nour, qui, avec d’autres formations fondamentalistes, pourraient avoir entre 20 et 30% des voix.

Forts de leur percée dans les urnes, les salafistes ont multiplié les déclarations favorables à l’instauration d’un islam rigoriste. Le dirigeant salafiste Abdel Monem Chahat a assuré que les romans de l’écrivain égyptien et prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz « encourageaient le vice car ils portent sur la prostitution et la drogue ». Une autre personnalité de ce courant, Hazem Abou Ismaïl, a estimé qu’il fallait « créer un climat pour faciliter » le port du voile, et dit que s’il était élu président, il « ne permettrait pas à un homme et à une femme de s’asseoir ensemble dans un lieu public ».

« Un nouvel Afghanistan »

Ces prises de position ont provoqué de vives réactions, en particulier sur les réseaux sociaux comme Twitter. « Hazem Abou Ismaïl est un clown », tweetait un internaute. « C’est parti pour qu’on devienne un nouvel Afghanistan! » lançait un autre.

Selon le chef de la commission électorale, Abdel Moez Ibrahim, le taux de participation serait de 62%, du « jamais vue depuis les pharaons », a-t-il déclaré, sans pour autant donné les résultats finaux.

D’après les bribes de résultats rapportées par la presse et les différentes formations, les scores élevés des islamistes et la déroute du camp laïque et libéral ont été confirmés.

A Port-Saïd, sur le canal de Suez, par exemple, les Frères musulmans ont été crédités de 32,5% des voix, 20,7% pour Al-Nour et 12,9% pour une formation islamiste modérée, Wassat, selon le journal gouvernemental al-Ahram. Les libéraux du Wafd ne remportaient que 14%. Selon la presse, Georges Ishaq, fondateur du mouvement Kefaya (Assez!), figure historique de la contestation contre le régime de Hosni Moubarak, a été battu.

Au Caire, un politicien libéral, Amr Hemzawi, a été élu dès le premier tour dans le quartier aisé d’Héliopolis, mais ailleurs les personnalités issues de la révolte populaire de janvier-février qui a chassé Hosni Moubarak ont également perdu face à la vague islamique.

Dans le gouvernorat très touristique de la Mer Rouge, les Frères musulmans ont raflé 30% du scrutin, soit deux fois plus que le Bloc égyptien, une alliance de partis libéraux.

Et les femmes? Selon le quotidien indépendant al-Masri al-Youm, aucune femme n’a été élue au premier tour. Une candidate du Wafd, Nihal Ahdi, citée par le journal, a expliqué que cela était « lié au fait que les Frères musulmans et salafistes ont dominé les résultats ».

Le vote concerne un tiers des gouvernorats égyptiens, dont ceux du Caire et d’Alexandrie, les deux plus grandes villes. Un second tour est prévu lundi et mardi. Les députés des autres gouvernorats seront élus d’ici le 11 janvier, puis viendra l’élection de la Choura (sénat), jusqu’au 11 mars.

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