Au Bardo, les femmes bien décidées à défendre leurs droits

Au Bardo, les femmes bien décidées à défendre leurs droits
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Le 22 novembre

 

« J’ai l’impression que tout cela n’est qu’une pièce de théâtre », juge Nahed Nahi, un voile turquoise en guise de couvre-chef. Pour cette étudiante en biologie, « femme tunisienne et musulmane, Ennahdha ne (la) représente pas ! » A ce moment précis, elle est violemment bousculée. « Dégage, dégage », hurlent de rage, les centaines de manifestants présents devant le palais beylical du Bardo, à Tunis.

 

Un mouvement de foule emporte les manifestants. Les voitures, qui tentaient de traverser la protestation organisée ce 22 novembre à l’occasion de la première séance de l’Assemblée constituante, sont prises au piège. La police se déploie en cercle et essaie de contenir les contestataires. Les slogans pleuvent. La colère se lit sur les visages écarlates: Souad Abderrahim, députée d’Ennahdha, arrive alors devant les grilles vertes du palais du Bardo.

 

Respecter du CSP

« Souad dégage. Au nom des femmes célibataires, dégage ! », s’écrie une femme devant les caméras alors qu’elle est priée par la police de se décaler. Derrière elle, une autre femme, voilée, constate que « la seule femme d’Ennahdha qui a pris la parole a critiqué les mères célibataires. Ce n’est pas le problème de la révolution. Les femmes d’Ennahdha ne représentent pas les Tunisiennes ».

Au Bardo, les femmes bien décidées à défendre leurs droits

Cette membre d’Ennahdha, qualifiée de modérée, avait fait une sortie remarquée le 9 novembre. Sur les ondes de la radio française qui émet en langue arabe, Radio Monte Carlo Doulaya, elle avait fustigé les femmes célibataires. Depuis, les Tunisiennes se sentent de plus en plus menacées.

Une écharpe rouge autour du cou, des lunettes aux montures fines vissées sur le nez, Meriem Regaya porte une banderole d’Amnesty International. A 25 ans, cette étudiante en médecine est venue défendre l’égalité entre les sexes. Sur sa banderole, elle demande le respect du Code du statut personnel. « Oui, j’ai peur. Ils vont tout réécrire et il est important qu’ils conservent nos droits. On veut qu’ils tiennent leurs promesses, ils ont dit qu’ils n’y toucheraient pas », s’inquiète-t-elle.

Au Bardo, les femmes bien décidées à défendre leurs droits

Retransmission télévisée des débats

 

Non loin de là, Barka, membre de l’Association tunisienne des femmes démocrates ainsi que de la Ligue des droits de l’Homme, manifeste « pour réclamer nos droits complets, la liberté, l’égalité des hommes et les femmes entre les régions. (…) Ennahdha avait un autre discours, ils disaient qu’ils ne remettraient pas en cause nos droits et maintenant ils parlent de « bâtard’, de califat ». Des craintes exprimées par de nombreux manifestants.

Au Bardo, les femmes bien décidées à défendre leurs droits

Outre les libertés, le mouvement du 24 octobre, qui réunit plusieurs mouvements issus de la révolution et est présidé par Olfa Lajili, souhaite que le mandat de l’Assemblée constituante ne dépasse pas un an mais réclame aussi une retransmission télévisée des  débats. Les députés de l’Assemblée constituante devraient s’atteler, en premier lieu, à rédiger l’article premier de la Constitution.

 

Les femmes, voilées ou pas, ne semblent pas prêtes de lâcher du lest sur leurs droits. Et comme l’ont répété mesdames Akrout, Khiri et Naanaa, également présentes dans la protestation : « on a dit dégage une fois, on le redira s’il faut. Ils ont un mandat d’un an et ensuite, ils dégagent ! »

 

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