Le printemps arabe s’invite dans les élections marocaines

Le printemps arabe s'invite dans les élections marocaines

Les Marocains s’apprêtent à vivre, ce 25 novembre, leurs énièmes élections législatives. Comme celles de 2007, elles seront vraisemblablement libres et transparentes, et devront déboucher sur la formation d’un gouvernement, dont le chef devra être choisi au sein du parti gagnant. Ce dernier désignera ses ministres, afin de gérer les finances du pays, mais aussi le commerce, l’industrie, l’enseignement, l’agriculture, etc. De ces élections découlera aussi la nouvelle configuration de la Chambre des représentants, qui devront voter, afin de rejeter ou de valider, les différents projets de lois que l’exécutif leur soumettra, et ce durant leurs mandats de députés. Pas moins de 30 partis sont en lice pour ces élections. La plupart d’entre eux, ne sont en fait que ce que l’on peut appeler des « hizbicules », fruits des égos surdimensionnés de leurs initiateurs. Seuls deux coalitions et un parti émergent du lot :

Tout d’abord, il y a la Koutla. Elle regroupe les trois partis dits « authentiques », tous issus de la mouvance nationaliste pré-indépendance (les conservateurs de l’ISTIQLAL, les socialistes de l’USFP, et les progressistes du PPS). Ces partis ont vu leur « capital sympathie » s’éroder au fil des ans, à cause de leur politique « participationniste », qui les a poussés l’un après l’autre, à intégrer les gouvernements successifs de sa majesté. Aujourd’hui leurs élites se sont embourgeoisées et leurs militants se font rares.

En second lieu, il y a le « G8 ». Rien à voir avec le groupe international! Ici, il regroupe tous les partis dits « administratifs », et qui sont, par ordre d’apparition sur la scène politique : le Mouvement populaire, berbère et rural à la fois; le RNI; l’UC et le PAM de l’ami du Roi. Ces partis n’ont ni assises populaires ni projets de société à défendre. Ce sont juste des bureaux de recrutement de notables capables de gagner les élections grâce au clientélisme et à l’achat massif des voix. Tous ces opportunistes n’ont aucune ambition politique au sens noble du terme, et tout leur dessein se résume à l’obtention de l’immunité parlementaire, capable de leur ouvrir la voie à toutes sortes d’abus de pouvoir, et autres passe-droits. Comme leur surnom l’indique, la création de ces  partis a toujours été initiée par le Makhzen, afin de casser l’opposition, depuis celle de l’Istiqlal, au lendemain de l’indépendance, jusqu’à celle plus actuelle des islamistes, en passant bien sur par celle des socialistes, dans les années quatre-vingt.

A côté des deux coalitions susmentionnées, il y a bien sûr le parti des islamistes modérés, le PJD. Ce parti a déjà participé aux précédentes législatives, mais il s’y était autocensuré en ne se présentant qu’à la moitié des circonscriptions du pays. Aujourd’hui, printemps arabe oblige, les islamistes se défont de leur profil bas, pour clamer haut et fort, qu’ils sont la voix du peuple, et que la primauté devrait leur échoir. Forts de leurs activités « d’entraide » aux couches sociales les plus défavorisées, leurs discours modérés, et leur « virginité » politique, la première place du podium paraît largement à leur portée ! Cependant, pour former le prochain gouvernement, et ne serait-ce que parce que les circonscriptions rurales, fidèles aux vieux notables, devraient leurs échapper, ils seront bien obligés de composer avec d’autres partis.

Et une fois leur gouvernement constitué, ils devront surtout composer avec le Roi, qui demeure toujours, le principal acteur politique du royaume, grâce entre autre, à sa main-mise sur le tentaculaire ministère de l’Intérieur. L’éventuelle cohabitation de la monarchie et du parti islamiste sera le premier enjeu de ces élections.

Le second -et peut-être le plus important- enjeu sera le taux de participation. Une désaffection des électeurs signifierait un désaveu cinglant de la transition démocratique lente et laborieuse, initiée par la monarchie, depuis plus d’une dizaine d’année.  Enfin, un fort taux d’abstention donnerait du corps au mouvement du 20 février, version locale du printemps arabe, qui ne cesse d’appeler au boycott pur et simple de ces élections.

Rendez-vous donc le 26 novembre, pour faire le décompte des gagnants et des perdants de ces premières élections post-révolutions!

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